France. La grève chez Leroy-Somer (II)

Par correspondant

Le mardi 30 décembre à 14 heures, 9 salariés de Leroy-Somer étaient convoqués devant le tribunal des référés d’Angoulême (préfecture du département de la Charente), accusés par la direction de divers «délits» dont le principal était bien évidemment le blocage des portes des usines de Rabion et de la Fonderie de l’entreprise Leroy-Somer, qui produit des moteurs pour Schindler (voir article publié en date du 28 décembre et A l’Encontre TV).

Environ 150 personnes les ont accompagnés pour les soutenir dans la grande salle d’audience! Autant dire qu’il y avait de l’ambiance et que cela a plombé d’autant la plaidoirie de l’avocat du patron. Les défenseurs des salariés se sont montrés par contre très convaincants pour dénoncer la tentative d’intimidation des grévistes. Ils ont dénoncé l’indigence des arguments de la direction sur le plan juridique et montré que les travailleurs étaient dans leur bon droit en se défendant par la grève.

Les deux avocat·e·s ont été applaudis chaleureusement après leur plaidoirie.

La juge a mis sa décision en délibéré jusqu’au mercredi 31 décembre à 9 heures. L’avocate des salariés viendra donc nous en faire part sur le piquet de grève. Bien évidemment tout le monde est confiant dans la décision qui, on l’espère tous, nous sera favorable.

Quoi qu’il en soit, l’initiative patronale a produit l’effet principal de renforcer le moral des grévistes et d’accroître leur nombre au piquet de grève. Après l’annonce du jugement, se tiendra une assemblée des grévistes pour décider de la suite du mouvement. L’objectif reste toujours de tenir jusqu’au lundi 5 janvier pour aborder la reprise après les vacances en position de force et de se donner les moyens d’étendre la grève dans tous les départements de l’usine. Le moral est là pour y arriver

Le 31 décembre 2014, nous apprenons la décision du tribunal a été un sale coup contre la grève. Comme on pouvait malheureusement s’y attendre, la juge a ordonné de laisser libres les entrées pour permettre la circulation des camions. Tout blocage en coûterait 500 euros à celui (ou ceux) qui s’en rendrait coupable. En contrepartie, les 9 camarades assignés sont relaxés… Bien que l’avocate et la représentante de l’Union départementale de la CGT aient voulu voir là un «succès», les grévistes l’avaient eux, salement amère! Evidemment c’est un mauvais coup qui a cassé un peu le moral. Des camarades très investis en ont pleuré.

L’assemblée générale (AG) qui a suivi a tenté de rebondir en essayant de tracer une perspective pour la rentrée de lundi 5 janvier, car les Négociations annuelles obligatoires (NAO) doivent commencer le 7 janvier 2015. La discussion a tourné sur la possibilité d’une intervention devant toutes les boîtes de Leroy-Somer avec un tract et un appel à tenir des AG pour continuer le mouvement. Ça se met en place, mais pas facile quand même.

Peu après cette AG on a vu débarquer deux huissiers venus constater si le dégagement des portes se faisait bien. Il avait été décidé qu’on ne pouvait faire autrement que ce que la «justice» avait ordonné, mais sans zèle. Donc les huissiers ont constaté que des camarades (pas nombreux) commençaient à enlever (pas bien vite) les tas de cendre devant les portes. Naturellement les gros brasiers dans les bennes, beaucoup trop chauds, ne pouvaient être touchés et aucun des présents ne savait conduire les fenwicks (chariots élévateurs)…

Ils sont repartis et nous n’avons plus vu personne. La direction n’a pas tenté de coup de force, par exemple faire rentrer un camion. Elle n’a pas montré de volonté de fermer les portes de l’usine, ce qui nous aurait privés de local pour le réveillon.

Donc, ce soir le 31 décembre, c’est un peu le statu quo: le portail de Rabion Sud n’est plus gardé par les grévistes, celui de Rabion Nord est encore encombré de tas de cendre et le portail de la fonderie a encore un brasero en activité pour éviter aux grévistes de prendre trop froid. Le réveillon devrait avoir lieu, mais il est difficile de dire si beaucoup de grévistes seront là.

Il reste que ce que les grévistes ont fait est quelque chose «d’extraordinaire» comme disent les camarades, du «jamais vu» à Leroy-Somer et qu’il y a de quoi en être fier. D’autant que cela n’est sans doute pas fini, car le mécontentement persiste et les NAO, qui commencent le 7 janvier, peuvent être l’occasion qu’il s’exprime à nouveau. (2 janvier 2015).

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Ci-dessous le tract de solidarité avec les grévistes de Leroy-Somer
distribué par les syndicalistes CGT de Schindler-France

Cliquez ici: 2014-12-31 solidaritegreveLeroySomer

 

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