
Par Mario Osava (Rio de Janeiro)
Le climat et l’environnement sont des thèmes d’ores et déjà perdus lors des élections législatives de dimanche 4 octobre au Brésil. Lors de la campagne, l’écologisme n’a même pas réussi à susciter le débat nécessaire sur les phénomènes climatiques extrêmes qui frappent le pays et le monde entier.
«C’est décevant et regrettable» que la quasi-totalité des douze candidats à la présidence omettent la crise climatique ou ne l’abordent que de manière superficielle dans leurs programmes, a critiqué Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du Climat (OC-Observatório do Clima), une coalition regroupant 172 organisations de la société civile brésilienne.
Le constat de Marcio Astrini prend appui sur une évaluation de l’Observatoire, publiée le 10 septembre, portant sur les programmes des six candidats recueillant au moins 2% des intentions de vote dans les sondages.
La seule exception est le programme du président Luiz Inácio Lula da Silva, qui brigue un nouveau mandat, avec «un plan cohérent et plus approfondi qui trace une voie positive», souligne Marcio Astrini.
Parmi les 28 points de l’«agenda socio-environnemental» examinés, le programme de Lula comporte 16 engagements positifs et détaillés. L’opposant Flavio Bolsonaro, deuxième ou premier dans les derniers sondages, «ne présente qu’un seul engagement positif, tandis que sept de ses propositions sont clairement anti-environnementales», selon l’OC.
Ce candidat, actuellement sénateur, est le fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022), condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État en 2022, mais actuellement en résidence surveillée pour raisons de santé.
Tous deux sont à la tête de l’extrême droite qui nie le changement climatique, bien que le fils tente de se présenter comme un «modéré», un «Bolsonaro vacciné», afin de contourner le fort taux de rejet du bolsonarisme, notamment en raison du comportement de son père, lui aussi négationniste face à la pandémie de Covid-19 (2020-2023), qui a causé 716’000 décès au Brésil.
Dimanche 4 octobre, le Brésil élit son président, ses député·e·s, les deux tiers de ses sénateurs ainsi que les gouverneurs des 27 États et leurs assemblées législatives. Pour l’élection du président et des gouverneurs, un second tour aura lieu le 25 octobre si aucun candidat n’obtient plus de 50% des suffrages valides.
Des événements extrêmes tombés dans l’oubli
Le peu d’attention accordée aux questions climatiques est d’autant plus alarmant dans un Brésil traumatisé par des événements extrêmes, tels que les inondations de mai 2024 dans l’État méridional du Rio Grande do Sul, qui ont affecté 2,4 millions de personnes, faisant 185 morts et 23 disparus, et la pire sécheresse qu’ait connue l’Amazonie en 2025.
De plus, les élections du 4 octobre, avec un probable second tour de la présidentielle le 25, se déroulent en pleine période du phénomène El Niño, qui menace d’être le plus intense de l’histoire et de reproduire les effets de son précédent épisode, en 2023-2024. Il s’agit du réchauffement des eaux tropicales de l’océan Pacifique, qui perturbe le climat à l’échelle mondiale.
Les tragédies environnementales, y compris les catastrophes climatiques qui sont les plus visibles, ne mobilisent pas le monde politique, comme le montrent les élections.
L’agenda socio-environnemental présente un caractère diffus qui perd de son importance électorale face aux «problèmes immédiats et concrets, tels que les problèmes économiques», auxquels s’affronte la population, a reconnu Marcio Santilli, fondateur de l’organisation non gouvernementale Instituto Socioambiental.
«C’est un problème auquel nous devons faire face et qui est difficile à résoudre. Ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence de réaction cohérente face aux événements extrêmes. Porto Alegre a été inondée en 2024, mais sa population a réélu cette année-là le maire qui avait une responsabilité dans l’inondation de la ville», nous a-t-il déclaré depuis Brasilia.
Porto Alegre, qui compte 1,3 million d’habitants, est la capitale de l’État du Rio Grande do Sul; en 2024, plusieurs quartiers, le centre historique et l’aéroport y ont été inondés pendant près d’un mois. [Plus de 75’000 personnes se sont retrouvées dans des centres d’hébergement.]
Le maire Sebastião Melo, du Mouvement démocratique brésilien (parti centriste), a réussi à se faire réélire bien qu’il soit considéré comme responsable d’une grande partie de la catastrophe, pour n’avoir ni remis en état ni entretenu le système de digues et les autres infrastructures existantes destinées à prévenir les inondations, au cours de son mandat de 2021 à 2024.
Des tragédies sans impact électoral
«Cela prouve que les tragédies, à elles seules, ne suscitent pas de prise de conscience politique. Un travail persévérant et continu est nécessaire pour sensibiliser progressivement la population à la gravité et aux causes de la crise climatique, ainsi qu’à la nécessité de s’organiser pour y faire face», a déclaré Marcio Santilli.
Cependant, les questions climatiques sont apparues comme très importantes pour 78% des 1800 Brésiliens et Brésiliennes ayant participé, du 17 au 20 août 2026, à un sondage de l’Observatoire du Climat, réalisé par Ipsos, un institut international de sondage. 12% supplémentaires ont répondu «important», sans toutefois insister sur le «très» utilisé par la majorité.
Les gens reconnaissent que les phénomènes climatiques affectent leur vie, mais cela «ne se traduit pas par des votes lors des élections», a déploré Marcio Astrini à IPS depuis São Paulo.
«Au moment de voter, les priorités des Brésiliens et Brésiliennes – comme dans d’autres pays présentant des caractéristiques similaires – sont les grandes inégalités sociales, les taux élevés de pauvreté, le chômage, le logement, l’assainissement de base et la santé, qui constituent autant de problèmes de survie», a-t-il estimé.
Tout cela n’enlève rien à l’importance de la question climatique, qui aggrave les autres problèmes en détruisant des logements, en appauvrissant l’État et en grevant le budget public, privant ainsi celui-ci de sa capacité à investir dans les programmes sociaux, a-t-il précisé. «La question climatique relève de la responsabilité, notamment pour ne pas aggraver les autres difficultés auxquelles le Brésil est confronté. Et il n’est pas nécessaire qu’elle soit populaire pour bénéficier d’une attention particulière de la part des candidats lors des élections», a-t-il conclu.
Un écologisme impuissant
La réalité est que la faiblesse politique de l’écologisme ne laisse entrevoir aucune solution à la crise au Brésil et dans le monde. Les négociations menées lors des conférences annuelles des parties sur le climat, les COP, ne progressent pas sur des questions vitales, telles que la fin de l’extraction et de l’utilisation de combustibles fossiles et le financement des actions «d’adaptation» nécessaires.
Le président Lula lui-même, seul candidat à avoir présenté un programme «positif» et dont le gouvernement s’est distingué par la réduction de la déforestation amazonienne, soutient l’exploitation pétrolière dans la zone située à l’embouchure du fleuve Amazone, malgré les risques environnementaux locaux et la contribution au réchauffement de la planète. [Le forage par Petrobras, entreprise d’Etat, a commencé en 2025, après une longue procédure. Lula justifie ce forage au nom de «l’indépendance énergétique» et la «souveraineté nationale». Reste à vérifier la «rentabilité» de cette extraction, qui se situe à une profondeur de près de 3000 mètres. Des critiques argumentées sont nombreuses depuis fort longtemps.]
L’extrême droite, qui nie le changement climatique, semble avoir des chances de revenir au pouvoir au Brésil, Flavio Bolsonaro étant donné possible favori au second tour, car la plupart des autres candidats à la présidence sont conservateurs et lui apporteraient leur soutien, selon la plupart des analystes.
Le changement climatique et la crise environnementale occupent la neuvième place parmi les 14 priorités présentées dans le sondage OC/Ipsos, avec 19% des réponses. La sécurité publique et l’inflation ont atteint respectivement 49% et 41%. Chaque personne interrogée a cité trois thèmes.
Le Congrès national brésilien, dominé par des groupes conservateurs, est devenu une puissance clairement opposée aux politiques environnementales, climatiques et autochtones. Ces dernières années, il a adopté successivement des mesures de recul législatif dans ces domaines.
Sur 96 votes portant sur ces thèmes entre janvier 2023 et juillet 2026, 70% ont abouti à des mesures contraires à l’environnement. Il s’agit de 46 décisions qui entravent «la protection de la nature», la lutte contre la déforestation et la délimitation des terres autochtones, ou qui facilitent l’adoption de projets nuisibles à l’environnement.
Les deux reculs les plus graves, selon les experts, sont la loi établissant un «cadre temporel» pour la reconnaissance des terres autochtones et la loi dite «de la dévastation», qui facilite l’octroi de permis pour des travaux ayant un impact socio-environnemental et entrave les contrôles environnementaux.
Le «cadre temporel», adopté en décembre 2023, stipule que seules sont considérées comme terres autochtones celles qui étaient occupées physiquement par les peuples autochtones au 5 octobre 1988, date de promulgation de la Constitution brésilienne en vigueur. Il est jugé inconstitutionnel par les juristes, mais reste en vigueur car la Cour suprême fédérale hésite à le déclarer inconstitutionnel.
La législature parlementaire actuelle est dominée par la «bancada ruralista», groupe de l’agronégoce, de droite, qui rassemble 345 élus sur un total de 591 députés et sénateurs. Les ruralistes bafouent les procédures de vote en adoptant la procédure d’urgence, face à la faible résistance de certains partis de gauche.
«La composition de l’actuel Congrès est si médiocre que j’ai du mal à imaginer qu’elle puisse empirer», a déclaré Marcio Santilli. Il n’y aura pas de changement: même si le Congrès est renouvelé, les nouveaux représentants auront tendance à suivre la même orientation politique actuelle, «très défavorable à l’agenda environnemental et climatique», selon Marcio Astrini.
«La question environnementale n’est pas une priorité électorale car elle est considérée comme quelque chose d’extérieur à l’être humain, étranger aux enjeux politiques et économiques», selon Liszt Vieira, un écologiste de longue date, ancien député de l’État de Rio de Janeiro et ancien président du Jardin botanique local.
«Rares sont ceux qui associent politique et environnement lorsqu’ils votent; pour les autres, la politique est une chose et la protection de la nature en est une autre», a-t-il indiqué pour expliquer le décalage entre les préoccupations environnementales exprimées par la population et le vote lors des élections. (Article publié sur le site IPS Agencia de Noticias, le 28 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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