Etats-Unis. «Les dix facteurs clés qui ont influencé le vote des Américains lors des élections de mi-mandat»

(Washington Post)

Nous publions ci-dessous la présentation par le Washington Post du 4 novembre 2026 (article publié à 6 heures du matin, heure de Washington, soit 12 heures en Suisse) d’un sondage effectué auprès de 90’000 personnes qui ont voté de manière anticipée, plus de 58 millions avaient déjà voté avant le mardi 5 novembre. Ce panel comportait aussi les électeurs et électrices identifiés comme électeurs potentiels. Les résultats du sondage ont été pondérés afin de correspondre aux dernières estimations des résultats électoraux. Ce sondage et son interprétation n’établit qu’une sociologie partielle du corps social et des votants, en mettant entre parenthèses la structure de classe. Il présente donc le choix de diverses strates des votant·e·s et renvoie à une présentation d’un Parti démocrate comme une entité homogène, sans tenir compte des différenciations internes, de la place de courants comme Democratic Socialists of America, etc. Néanmoins, alors que l’essentiel des votes ont été dépouillés, il permet d’établir une première description des différentes motivations de vote recensées dans un tel sondage. Le résultat quasi complet des votes confirment les lignes de force ressortant de ce sondage et qui sont confirmées par le même type d’approche post-résulats donné par le New York Times (voir graphique ci-dessous).

L’obtention par les démocrates d’une majorité à la Chambre des représentants et au Sénat laisse toutefois ouverte la question centrale d’une alternative à une politique d’extrême droite qui est installée. (Réd. A l’Encontre)

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Par Dan Balz, Dan Keating, Carroll Doherty et Scott Clement

La vague de victoires démocrates lors des élections de mardi 3 novembre 2026 a été alimentée par un mécontentement généralisé face à la situation économique et à la direction prise par le pays, selon un sondage mené auprès de plus de 90’000 électeurs aux élections de mi-mandat par l’institut de recherche NORC, en partenariat avec le Washington Post et d’autres commanditaires (voir la méthodologie du sondage en fin d’article). Le sondage a révélé que les démocrates avaient réalisé des gains significatifs au sein d’un large éventail de groupes démographiques depuis 2024, notamment parmi les électeurs et électrices hispaniques et les jeunes. De plus, les taux de désapprobation élevés du président Donald Trump – y compris dans de nombreux États où il s’était imposé haut la main en 2024 – ont aidé les démocrates à remporter plusieurs sièges clés au Sénat, leur permettant ainsi de prendre le contrôle de la chambre.

Voici les 10 principales conclusions de ce sondage.

1. L’impopularité de Trump pénalise les candidats républicains à la Chambre des représentants et au Sénat

Le taux de popularité de Trump, qui avait atteint un creux dans les sondages préélectoraux, s’est avéré être un facteur majeur dans les résultats de mardi, pesant sur les candidats républicains à la Chambre des représentants et au Sénat dans tout le pays.

Le sondage auprès des électeurs/électrices a révélé que son taux de popularité s’élevait à 39% d’avis favorables et 61% d’avis défavorables, 50% des personnes interrogées déclarant qu’elles désapprouvaient fortement le président. Bien que légèrement supérieur à celui de certains sondages préélectoraux, ce chiffre était inférieur à son taux de 44% en 2018, année où les démocrates avaient réalisé des gains importants, et inférieur au taux de 42% de Biden il y a quatre ans. La plupart des compétitions électorales serrées à la Chambre des représentants se déroulaient dans des circonscriptions républicaines et là le taux de popularité de Trump y était presque identique à celui observé à l’échelle nationale.

Les électeurs et électrices qui approuvaient son action ont massivement voté pour les républicains, tout comme une petite majorité de ceux qui se disaient plutôt désapprobateurs de son travail. Parmi la quasi-majorité qui se disait fortement désapprobatrice de sa gestion de la présidence, plus de 9 sur 10 ont soutenu les démocrates à la Chambre des représentants. Le taux de popularité de Trump était négatif, même dans les États «rouges» (républicains) qu’il avait remportés haut la main il y a deux ans, mais qui ont élu au Sénat des démocrates mardi.

2. Les démocrates renversent la tendance et rattrapent l’avantage du Parti républicain sur l’économie

L’économie était le sujet dominant pour les électeurs et électrices – et cela s’est avéré être un atout majeur pour les démocrates lors des élections de mi-mandat. Plus de la moitié des électeurs ont cité l’économie et l’emploi parmi les trois principaux enjeux auxquels le pays est confronté, soit davantage que ceux qui ont mentionné la santé, la guerre en Iran ou l’immigration. Parmi ceux qui ont cité l’économie et l’emploi, les démocrates disposaient d’une avance de 15 points. Les démocrates disposaient d’une avance bien plus importante sur la question des soins de santé – plus de 30 points –, qui occupait la deuxième place parmi les 12 enjeux inclus dans le sondage NORC auprès des électeurs. Et parmi le tiers des ceux qui ont cité la guerre en Iran comme l’un des principaux enjeux nationaux, plus de 6 sur 10 ont soutenu les démocrates à la Chambre des représentants, contre environ un tiers qui a soutenu les républicains.

Les républicains ont largement recueilli les faveurs des électeurs qui se concentraient sur l’immigration et la criminalité, deux points forts traditionnels du Parti républicain. Mais ces enjeux étaient considérés comme prioritaires par moins d’électeurs que l’économie ou les soins de santé. Ce qui souligne à quel point les républicains ont perdu du terrain sur le plan économique: les électeurs qui citaient l’économie et l’emploi comme un enjeu national majeur il y a deux ans accordaient plus de 20 points à Trump par rapport à l’ancienne vice-présidente Kamala Harris.

Les démocrates seront sous pression pour répondre aux préoccupations des électeurs et électrices concernant le pouvoir d’achat lorsqu’ils prendront le contrôle du Congrès l’année prochaine. Près de 3 électeurs sur 10 souhaitent que des mesures et actions soient prises concernant les prix des produits alimentaires, tandis qu’un nombre presque équivalent s’est dit préoccupé par le coût des soins de santé et le prix de l’essence.

3. Les électeurs et électrices en difficulté financière se tournent vers les démocrates

La vision négative qu’ont les Américains de l’économie nationale – et leurs propres difficultés financières – a eu un impact majeur sur le vote aux élections de mi-mandat. Près de trois fois plus d’électeurs et électrices ont jugé l’économie «plutôt mauvaise» ou «très mauvaise» que ceux qui l’ont jugée «en bonne santé». Ceux qui se disent insatisfaits de la situation économique – environ 6 électeurs sur 10 – ont soutenu les candidats démocrates à la Chambre des représentants à plus de 2 contre 1. Les républicains ont été massivement plébiscités par les électeurs satisfaits de l’économie, mais ceux-ci ne représentaient qu’environ 2 électeurs sur 10.

La tendance est similaire dans l’évaluation que font les électeurs de leur propre situation financière. La plupart des électeurs et électrices ont déclaré que les finances de leur famille restaient stables, tandis qu’environ 3 sur 10 ont indiqué qu’elles se détérioraient. Seul environ 1 sur 10 a le sentiment de réellement s’en sortir. Les républicains ont dominé au sein de ce petit groupe qui affirme aller de l’avant.

Les électeurs ayant déclaré connaître des difficultés financières ont favorisé les candidats démocrates avec une avance d’environ 30 points.

Il s’agit d’un changement frappant par rapport à l’élection présidentielle de 2024, où les électeurs partageant ce sentiment avaient soutenu Trump face à Harris avec une avance de 30 points.

4. Les électeurs indépendants basculent vers les démocrates

Sans surprise, les républicains et les démocrates ont massivement soutenu les candidats de leur parti lors des élections de mi-mandat. Mais les électeurs – environ un sur cinq – qui ne s’identifient à aucun des deux partis ont favorisé les candidats démocrates avec une avance de plus de 20 points, une marge bien plus importante que celle qui avait permis à Kamala Harris de l’emporter face à Trump.

Les électeurs indépendants ont également joué un rôle clé dans les victoires démocrates au Sénat, en particulier dans les États où Trump s’était imposé avec une large avance en 2024. Au Kansas, près de 7 électeurs indépendants sur 10 ont soutenu le démocrate Adam Hamilton, tandis qu’au Texas, le démocrate James Talarico a remporté près des deux tiers des voix des électeurs indépendants.

5. Les démocrates font une percée modeste parmi les électeurs et électrices de Trump et ils remportent les voix des abstentionnistes de 2024

Comme indiqué, la loyauté envers le parti est restée un facteur déterminant lors des élections de mi-mandat. Pourtant, mardi, les électeurs et électrices de Kamala Harris ont été légèrement plus nombreux à soutenir les candidats démocrates que les électeurs de Trump à voter pour les candidats républicains. Dans les quatre États où les démocrates ont remporté des sièges au Sénat – l’Iowa, le Kansas, la Caroline du Nord et le Texas –, environ 1 électeur de Trump sur 10 a soutenu le candidat démocrate au Sénat. Ceux qui n’avaient pas voté à l’élection présidentielle – environ 15% des électeurs cette année – ont favorisé les candidats démocrates avec une avance d’environ 20 points.

6. Les électeurs hispaniques et blancs se tournent vers les démocrates

A l’échelle nationale, les démocrates ont remporté plus de 6 voix hispaniques sur 10 lors des élections à la Chambre des représentants, inversant ainsi les gains réalisés par Trump en 2024. L’avance des démocrates était similaire à celle qu’ils avaient obtenue auprès des Hispaniques lors des élections de mi-mandat de 2018, au cours du premier mandat de Trump.

Un changement peut-être plus surprenant réside dans l’affaiblissement des républicains au sein du groupe bien plus important des électeurs blancs. Les Blancs se sont répartis de manière presque égale entre les deux partis, ce qui marque un revirement par rapport à l’avance de 10 points dont disposaient les républicains il y a deux ans et représente un écart plus faible que lors des précédentes élections de mi-mandat. Ce recul a concerné aussi bien les hommes que les femmes blancs. Les hommes blancs ont voté à 52% contre 45% en faveur des républicains. Les femmes blanches ont offert une victoire serrée aux démocrates, effaçant ainsi l’avance de 10 points dont bénéficiaient auparavant les républicains.

Les électeurs noirs ont maintenu leur soutien historiquement fort aux démocrates, votant à 83% contre 13% pour ce parti, ce qui représente une légère augmentation par rapport à il y a deux ans, mais une marge inférieure à celle enregistrée par les démocrates en 2018.

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Le New York Times du 4 novembre a publié son enquête/sondage sur la base des résultats électoraux sur le vote des différents «groupes» et leur déplacement en faveur des démocrates.

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7. Ce sont les jeunes électeurs et électrices qui se sont le plus tournés vers les démocrates, mais le parti a même remporté le vote des électeurs et électrices seniors

Les jeunes électeurs, qui s’étaient tournés vers Trump il y a deux ans, sont revenus massivement vers les démocrates lors de l’élection à la Chambre des représentants, avec un écart de plus de 20 points de pourcentage. C’est parmi les plus jeunes électeurs, âgés de 18 à 24 ans, que le soutien a été le plus fort: ils ont voté pour les démocrates à raison d’environ deux contre un. Le parti a remporté une part légèrement moindre des électeurs âgés de 25 à 29 ans, avec environ 60%. Les électeurs dans la trentaine ont favorisé les démocrates à 57% contre 38%. Les électeurs dans la quarantaine, qui s’étaient répartis de manière égale il y a deux ans, ont voté cette année à 53% contre 43% en faveur des démocrates. Les électeurs âgés de 65 ans et plus avaient donné à Trump une avance de quatre points il y a deux ans, mais se sont tournés cette année en faveur des démocrates avec une avance de six points.

8. Les démocrates rattrapent leur retard auprès des électeurs et électrices de la classe ouvrière

Les démocrates ont effacé l’avance des républicains parmi les électeurs sans diplôme universitaire, remportant de justesse ce groupe avec environ 49% contre 47%, selon les résultats préliminaires du sondage. Trump avait remporté ce groupe avec plus d’une douzaine de points de pourcentage il y a deux ans, mais celui-ci a légèrement favorisé les démocrates cette année. Les républicains ont tout de même remporté le vote des électeurs et électrices blancs sans diplôme universitaire avec 55% contre 42%, mais cette avance était inférieure de plus de moitié à celle enregistrée par Trump auprès de ce groupe en 2024.

9. Les démocrates ont remporté le vote des hommes

C’est chez les hommes, qui ont longtemps favorisé les républicains, que les démocrates ont enregistré leur plus grand gain. Il y a deux ans, les hommes avaient plébiscité Trump à 55% contre 43%, mais cette année, ils ont voté légèrement en faveur des démocrates, à 50% contre 47%. De leur côté, les femmes ont voté à 56% contre 41% pour les démocrates, augmentant ainsi leur soutien aux démocrates de quatre points de pourcentage.

10. Les électeurs et électrices, d’humeur morose, sont favorables à des changements radicaux

Les frustrations des électeurs et électrices allaient bien au-delà de leur profond mécontentement face à la situation économique. Plus de 6 électeurs sur 10 sont insatisfaits de la façon dont les choses évoluent dans le pays et un peu plus de la moitié estiment que les beaux jours de l’Amérique sont derrière elle. Cela a alimenté un puissant désir de changement radical. Seul environ un électeur sur cinq s’est déclaré satisfait du statu quo: environ la moitié souhaite un changement «substantiel», tandis que plus d’un quart estime que le pays a besoin d’un «bouleversement complet et total».

Les électeurs et électrices qui réclament un changement ont généralement soutenu les démocrates. Par exemple, parmi ceux qui souhaitent un bouleversement complet, les électeurs ont préféré les démocrates aux républicains avec une avance colossale de 56 points. (Article publié par le Washington Post le 4 novembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

Méthodologie. Il s’agit des résultats préliminaires de l’enquête menée dans le cadre du projet «NORC Civic Health & Elections», parrainée par le Washington Post et d’autres partenaires. Ces résultats s’appuient sur des entretiens menés auprès de plus de 90’000 électeurs/électrices inscrits aux États-Unis, sélectionnés à partir de trois sources différentes: les fichiers d’électeurs inscrits au niveau des États fournis par Catalist LLC, le panel «AmeriSpeak» de NORC (Université de Chicago), constitué selon un échantillonnage probabiliste [il garantit la représentativité statistique et permet d’extrapoler les résultats à l’ensemble de la population avec un niveau de confiance mesurable], et six panels en ligne à participation volontaire. L’enquête a été menée en ligne et par téléphone, les électeurs et électrices ayant été invités à y participer par carte postale, appel téléphonique en direct, SMS ou e-mail. Les résultats présentés concernent les électeurs et électrices ayant voté par anticipation et ceux identifiés comme électeurs potentiels; ils ont été pondérés afin de correspondre aux dernières estimations des résultats électoraux nationaux et au niveau des États. De plus amples informations sur les méthodes d’enquête sont disponibles sur le site web du NORC. (Traduction rédaction A l’Encontre)

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