Etats-Unis dossier. «La terreur anti-immigré·e·s règne» (1)

Centre de détention pour familles – avec enfants – de l’ICE à Dilley, Texas. Géré par la firme CoreCivic, il détient jusqu’à 2400 personnes. (Capture de vidéo France 24)

Par Dianne Feeley

À Austin (Texas), un agent de l’ICE a tiré sur un livreur de repas après que celui-ci eut été percuté et contraint de s’arrêter par une camionnette banalisée de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Wilber Rafael Garces Perez, originaire du Venezuela, est entré légalement aux États-Unis et a déposé une demande d’asile. Il se trouve actuellement en détention dans un bâtiment contrôlé par l’ICE, où ses graves blessures par balle ne sont pas soignées comme il se doit.

À Springfield, dans l’Ohio, la communauté haïtienne vit dans la terreur et le traumatisme alors que ses membres sont arrêtés en vue de leur expulsion – certains s’étant construit une vie aux États-Unis depuis des décennies – suite à la révocation par le régime Trump de manière péremptoire leur statut de protection temporaire [1].

Partout dans le pays, au moins 166 immigrés ont été expulsés vers des «pays tiers» où ils n’ont aucun lien, comme la République centrafricaine où ils sont détenus dans des «hôtels-prisons» et battus et torturés s’ils osent s’exprimer.  Un reportage a été publié par New Lines Magazine le 21 septembre 2026 sur huit immigrés – une femme et 7 hommes ne se connaissant pas – expulsés depuis les Etats-Unis, après trois jours de détention dans un centre contrôlé par l’ICE, vers l’Ouganda, un pays qu’ils ne connaissaient pas.

Ce ne sont là que quelques exemples des atrocités quotidiennes commises par l’ICE et la police des frontières, malgré l’indignation et les protestations au sein de nos communautés.

État des lieux de la répression

L’ICE n’a jamais été en mesure d’atteindre l’objectif national fixé par Stephen Miller [chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche depuis le 20 janvier 2025 et conseiller à la Sécurité intérieure], ce psychopathe raciste, qui consistait à arrêter 3000 immigré·e·s par jour. Après un an et demi passé à essayer tantôt une tactique, tantôt une autre, le quota quotidien a été ramené à 2000, ce qui reste déjà suffisamment terrible, révoltant.

Divers médias ont fait état du nombre croissant de personnes arrêtées: 43 000 en juin, 49 000 en juillet et près de 51 000 en août. Cela représente moins de 1650 par jour, mais constitue néanmoins une augmentation du nombre d’arrestations (Deportation Data Project, 16 octobre 2026), due en grande partie à la coopération des polices locales. Toutefois, ce chiffre n’atteint toutefois pas le niveau d’arrestations et d’expulsions sous Barack Obama [janvier 2009-janvier 2017], le «champion des expulsions».

Il est bien plus coûteux politiquement de s’en prendre à des personnes qui vivent dans le pays depuis des années que d’expulser celles qui se présentent aux frontières. C’est ici qu’ils ont fondé des familles qui les aiment et les soutiennent; ils ont des membres de leur communauté et des collègues qui les apprécient.

En fermant pratiquement les frontières et en empêchant les demandes d’asile, l’administration Trump a mis au point divers plans pour intercepter, placer en détention et expulser les immigré·e·s. Alors qu’elle prétend se débarrasser des «pires des pires», les témoignages successifs révèlent des personnes ordinaires, porteuses de rêves et d’espoirs.

Où l’ICE et la police des frontières trouvent-elles ces personnes qui semblent être en situation irrégulière? On les trouve dans les aéroports, à l’arrivée ou au départ avec leurs familles. On les intercepte alors qu’elles se rendent au travail; elles se présentent aux bureaux de l’ICE ou devant les tribunaux pour leurs rendez-vous de routine en matière d’immigration.

La plupart ont des dates d’audience lointaines pour leur procédure d’asile, et certains sont titulaires d’une carte verte [Green Card: carte de résident permanent permettant de travailler et de circuler]. Ils sont pris pour cible par une administration qui a décidé que leurs idées ne correspondaient pas à celles de Trump.

Cette dernière catégorie comprend les cas médiatisés: celui de Mahmoud Khalil –– un Palestinien de 31 ans né dans un camp de réfugiés en Syrie et préparant un master à l’université de Columbia [il était détenteur d’une Green Card, il a été arrêté le 8 mars 2025 et libéré le 8 juin 2025 après 104 jours de détention; sa défense [2] a été débouché sur une procédure qui est encore en cours]; et celui de Salah Sarsour, 53 ans, président de la Société islamique de Milwaukee, leader communautaire, père et grand-père, né en Cisjordanie [3].

Vient ensuite la catégorie du statut de protection temporaire (TPS), destinée aux personnes dont le pays est en proie à une guerre, à des troubles civils ou à une catastrophe environnementale. Environ 350 000 Haïtiens ont obtenu ce statut en 2010, lorsqu’un tremblement de terre a détruit une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, et ses environs.

Pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, Haïti a subi deux coups d’État appuyés par les États-Unis il y a 30 ans et n’a pas réussi à retrouver sa stabilité relative. En raison de la violence des gangs, aucun vol n’atterrit à Port-au-Prince, car ceux-ci contrôlent la piste – pourtant, la Cour suprême des États-Unis a statué que Trump avait le droit de supprimer le statut TPS, ce qu’il s’est empressé de faire.

La majorité des juges de la Cour a fait fi des propos ouvertement racistes de Trump à l’égard de ce pays qu’il a qualifié de «trou à rats». De même que le vice-président J.D. Vance, Trump a accusé de manière grotesque les Haïtiens vivant et travaillant à Springfield, dans l’Ohio, de manger des chiens et des chats.

Privés de leur TPS, les Haïtiens ont perdu leur emploi et 161 d’entre eux ont été expulsés menottés vers Haïti en août 2026. Alors que les organisations humanitaires s’efforcent d’aider ce premier groupe, l’équipe de Trump prévoit d’expulser 250 Haïtiens chaque semaine.

Les personnes qui ne disposaient que du statut TPS n’étant plus autorisées à travailler, cela entraîne déjà de graves pénuries de personnel dans le secteur des soins. D’autres, dont les demandes d’asile sont en cours d’examen, ont été convoquées au Département de la Sécurité intérieure (DHS) pour des entretiens et ont été équipées de bracelets électroniques.

Quoi de neuf?

Même si davantage d’immigré·e·s ont été expulsés sous les deux mandats de l’administration Obama, l’administration Trump a mis au point tout un ensemble de nouvelles règles en matière d’immigration ou d’interprétations inédites de la loi sur l’immigration. Le deuxième mandat Trump ne parvient pas à masquer sa cruauté inhérente à sa rhétorique.

L’administration a fermé les frontières, empêche les demandeurs d’asile de déposer leur demande, licencie les juges de l’immigration qui rendent des décisions en leur faveur et, une fois les personnes arrêtées, les jette dans des centres de détention plutôt que de les libérer jusqu’à l’audience et au jugement.

Même lorsqu’ils ont été contraints de renoncer à prendre d’assaut des bâtiments depuis des hélicoptères ou à inonder les villes de brigades de voyous masqués, les agents de l’ICE ont eu recours à d’autres tactiques terrorisantes. Ils ont mis en place une campagne médiatique visant à encourager les immigrés à s’auto-expulser plutôt que d’être enlevés sans avertissement et séparés de leurs enfants.

Cette administration a élaboré une stratégie consistant à placer les immigré·e·s qu’elle arrête dans des centres de détention, avec pour objectif d’accueillir 100 000 immigrés. Ces établissements privés à but lucratif sont généralement gérés par des entreprises déjà spécialisées dans le système pénitentiaire, notamment le GEO Group et CoreCivic.

Selon Operation Immigration, 245 centres de détention et prisons de comté à travers les États-Unis accueillent actuellement près de 66 000 personnes, pour un coût annuel de 3,2 milliards de dollars. La durée moyenne de séjour est d’environ deux mois. Depuis 2025, 56 personnes sont décédées dans l’un de ces centres.

Sous la direction de l’ancienne secrétaire du DHS, Kristi Noem [limogée en mars 2026], l’ICE a lancé son «initiative de réorganisation de la détention», achetant 11 entrepôts à des prix exorbitants pour y héberger des immigrés. Mais entreposer des immigrés n’est pas aussi simple que de stocker des colis.

Les communautés se sont mobilisées pour empêcher l’ouverture de ces établissements en exigeant divers audits et des certificats de conformité. Elles ont souligné que les entrepôts ne disposaient pas des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement requises, et que certains se trouvaient dans des zones inondables. En l’espace de quelques mois, le projet a été abandonné et sept de ces entrepôts, achetés pour 700 millions de dollars, sont désormais à vendre ou ont été restitués au gouvernement.

Pourtant, après avoir créé le plus grand système de détention au monde, le DHS sollicite désormais frénétiquement des contrats auprès d’entreprises qui seraient chargées de construire de toutes pièces des centres «intégrés» où les immigrés seraient détenus, jugés puis expulsés. Le Project Salt Box (21 septembre 2026) a obtenu des documents et analysé ce fonctionnement rationalisé.

Dès le début, les personnes hébergées dans ces centres de détention ont protesté contre les conditions épouvantables: repas immangeables, absence de contact avec leur famille ou leurs avocats, absence totale de soins de santé et mauvais traitements infligés par les gardiens.

Ces mauvaises conditions permettent non seulement de maximiser la marge bénéficiaire, mais servent également à terroriser les immigré·e·s incarcérés et leurs familles. Certains immigrés ont rapporté que des gardiens leur avaient dit qu’ils avaient la possibilité de sortir de là en acceptant de s’auto-expulser! Plusieurs centres ont été le théâtre de grèves de la faim et de grèves du travail prolongées, tandis que l’ICE et le personnel des centres affirment que tout va bien.

Des journalistes ont retrouvé la trace d’immigrés qui ont été expulsés. Certains se sont «auto-expulsés» vers leur pays d’origine car, compte tenu de leurs besoins médicaux particuliers, ils craignaient de mourir en détention. Mais ceux qui sont expulsés vers des pays où ils ne connaissent personne se voient accorder quelques mois pour trouver où aller. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes.

Il s’agit là d’un crime contre l’humanité qui se poursuit, et que seule la résistance populaire parvient à ralentir. C’est pourquoi 15 militants de Minneapolis, dont des syndicalistes, font l’objet d’accusations de «complot» à la suite de la mobilisation de masse qui a chassé l’«Opération Metro Surge» de cette ville. (Publié sur le site du magazine Against the Current, novembre-décembre 2026; traduction-éditions rédaction A l’Encontre)

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[1] Le statut de protection temporaire (TPS) est un programme du gouvernement qui permet aux ressortissants de certains pays de rester aux États-Unis lorsqu’il n’est pas sûr pour eux de retourner dans leur pays d’origine. La personne bénéficiant d’un statut TPS valide peut vivre et travailler aux États-Unis pendant une durée limitée. Toutefois, le 25 juin 2026, la Cour suprême a examiné l’affaire Trump vs Miot, relative à Haïti. et a rendu la décision suivante: l’administration Trump est autorisée à mettre fin au TPS pour les ressortissants d’Haïti. Néanmoins, l’affaire est encore en cours. Bien que l’administration Trump est sur la dynamique de supprimer le statut de TPS pour la plupart des pays. (Réd.)

[2] Lucas Minisini, dans un article du Monde du 9 mars 2026, souligne le contenu politique motivant l’arrestation de Mahmoud Khalil: «Malgré son rôle public de négociateur entre les étudiants engagés dans les manifestations [pour le peuple palestinien, à l’université Colombia] – progressivement interdites dans le pays au nom de «la lutte contre l’antisémitisme» – et la direction de son université, le militant a été décrit à plusieurs reprises, sans preuve, par Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, comme un «grand supporteur du Hamas» qui devrait être reconduit loin des Etats-Unis. Le chef de la diplomatie avait révoqué sa « carte verte ». Pour justifier sa décision, M. Rubio a cité un texte de loi datant de 1952 qui permettrait de chasser tout individu représentant un «danger pour la politique étrangère» du pays.» (Réd.)

[3] Selon The Guardian du 30 septembre 2026: «Un juge de l’immigration a statué que le président de la plus grande mosquée du Wisconsin pouvait être expulsé en vertu d’une loi controversée datant de la guerre froide, que l’administration Trump a cherché à appliquer à l’encontre de ressortissants étrangers s’étant ouvertement exprimés en faveur des droits des Palestiniens.

Salah Sarsour, résident permanent aux États-Unis depuis près de trois décennies, a été placé en détention par le service américain de l’immigration et des douanes (ICE) en mars. Il a été remis en liberté après qu’un juge fédéral eut estimé qu’il avait probablement été placé en détention en représailles à son engagement en faveur des droits des Palestiniens, ce qui, selon ce juge, rendait sa détention illégale.»

Dans l’argumentation du DHS (Department of Homeland Security) pour valider l’expulsion de Salah Sarsour est invoqué sa condamnation par un tribunal militaire d’Israël, en 1989, pour avoir lancé un cocktail Molotov sur des logements militaires; de tels tribunaux militaires condamnent quasi à 100% les Palestiniens tombant sous diverses accusations. (Réd.)

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«États-Unis: Expulsions de personnes étrangères vers des pays d’Afrique» (2)

«Un agent de l’ICE m’a demandé de signer un document concernant mon expulsion vers le Tchad. J’ai refusé. L’agent a répond: “Peu importe, je vais le signer moi-même.” J’ai dit: “Je veux parler à mon avocat”, mais il a répliqué: “C’est trop tard.” Finalement l’avion a atterri au Cameroun. Avant de monter dans l’avion, nous avions demandé où nous allions, et ils nous ont répondu: “Vous le saurez quand vous arriverez.”» – Témoignage de Tesfay T., un Éthiopien de 35 ans expulsé par les États-Unis vers le Cameroun. © 2026 John Holmes pour Human Rights Watch

Par Human Rights Watch (8 octobre 2026)

Ces personnes migrantes ont été privées du droit à une procédure régulière; certaines d’entre elles ont fini par retourner dans leur propre pays, malgré le danger couru

  • Les États-Unis ont envoyé plus de 500 personnes, non expulsables vers leur propre pays en raison du danger auquel elles y seraient exposées, vers différents pays d’Afrique où elles n’ont aucun contact, sans leur donner de véritable possibilité de contester leur expulsion vers ces pays.
  • Certaines personnes ont été détenues à leur arrivée. Beaucoup, sinon la plupart, n’ont eu d’autre choix concret que de rentrer dans leur pays d’origine, malgré les risques qu’elles y courent.
  • Les États-Unis devraient cesser d’expulser des demandeurs d’asile et des réfugiés vers des pays tiers qui n’ont pas la capacité de mettre en œuvre des procédures d’asile complètes et équitables, et ces pays devraient refuser d’accueillir des personnes dans ces conditions.

(Washington) – L’administration Trump a expulsé des centaines de personnes étrangères hors des États-Unis vers des pays africains où elles n’ont aucun contact, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; ces personnes ne pouvaient pas être expulsées vers leurs propres pays, en raison du danger auquel elles y seraient exposées. Pourtant, plusieurs d’entre elles ont fini par n’avoir d’autre choix concret que de retourner dans leur pays d’origine, malgré les risques qu’elles y courent.

Le rapport de 125 pages, intitulé « “To Scare People”: US Expulsions of Third-Country Nationals to Countries in Africa » (« “Faire peur aux gens” : Expulsions par les États-Unis de ressortissants de pays tiers vers des pays d’Afrique »), indique que les autorités américaines ont expulsé plus de 500 personnes étrangères vers des pays tiers en Afrique, tout en leur refusant la possibilité de contester leur expulsion ou d’exprimer leurs craintes à ce sujet. Certains pays africains ont ensuite arbitrairement détenu des personnes dont ils avaient accepté l’entrée sur leur territoire, et d’autres ont transféré des personnes vers des pays où elles risquaient d’être persécutées ou torturées, en violation du principe de non-refoulement qui est inscrit dans le droit international.

« L’expulsion de personnes vers des pays où elles n’ont jamais mis les pieds fait partie d’une politique américaine visant à infliger des souffrances humaines afin de dissuader les migrations vers les États-Unis », a déclaré Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme États-Unis de Human Rights Watch. « Puisque le gouvernement américain utilise ces accords pour se soustraire à ses propres responsabilités et priver les personnes de leurs droits à une procédure régulière, les gouvernements africains qui ont signé ces accords devraient les résilier ou les suspendre. »

Entre février et juillet 2026, des chercheurs de Human Rights Watch ont mené des entretiens à distance et, dans certains cas, en personne avec 24 personnes étrangères expulsées par les États-Unis vers 6 pays d’Afrique, dont ces personnes n’étaient pas originaires: le Cameroun, l’Eswatini, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, et le Soudan du Sud.

Screenshot

Certaines des personnes expulsées vers ces pays risquent d’y subir des persécutions et d’autres préjudices graves. Les États-Unis ont envoyé au moins douze personnes s’identifiant comme lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres (LGBT) dans des États africains qui criminalisent les relations entre personnes de même sexe, ou les démonstrations d’affection en public entre personnes de même sexe. Parmi ces personnes figuraient des réfugiés qui avaient obtenu la protection des États-Unis en raison du risque probable de persécution dans leur pays d’origine, du fait de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Après leur expulsion, elles se sont retrouvées dans une situation où il n’était ni sûr de rentrer dans leur propre pays, ni possible d’obtenir une protection efficace dans le pays d’accueil africain.

Les personnes interrogées ont systématiquement décrit des traitements abusifs lors de leur vol d’expulsion des États-Unis, lors duquel elles ont été menottées, parfois pendant 18 heures ou plus, et ont reçu peu ou pas d’informations sur leur destination.

Le sort réservé aux personnes expulsées des États-Unis à leur arrivée était différent d’un pays à l’autre. Certaines d’entre elles n’ont pas eu accès aux médicaments ou aux traitements nécessaires pour des problèmes de santé graves.

Un homme éthiopien âgé de 35 ans, qui avait fui vers les États-Unis après avoir été emprisonné et torturé dans son propre pays, s’était vu refuser l’asile parce qu’il avait franchi la frontière de manière irrégulière ; cependant, un juge de l’immigration américain lui avait accordé une « suspension d’expulsion » (« withholding of removal »), c’est-à-dire une interdiction de le renvoyer en Éthiopie en raison de la probabilité qu’il y soit à nouveau torturé. Cet homme a expliqué que, lorsqu’il a refusé de signer un formulaire de « départ volontaire » (« voluntary departure ») pour être envoyé au Tchad, un agent de l’ICE l’a signé à sa place.

« Nous étions enchaînés et menottés, aux jambes, aux mains, au ventre » pendant le vol, a-t-il raconté. « Nous ne pouvions pas nous lever. Quand j’ai eu besoin d’aller aux toilettes, ils n’ont même pas enlevé les chaînes. »

L’avion a atterri au Cameroun, et non au Tchad; au Cameroun, cet homme a reçu à plusieurs reprises la visite de représentants de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En mars dernier, il a ainsi résumé leurs conversations à Human Rights Watch: « Chaque fois qu’ils viennent, ils me demandent la même chose: “Voulez-vous rentrer chez vous?” Mais chaque fois, je leur réponds: “Je n’y retournerai pas. Cessez de me poser cette question. Je ne veux pas mourir” ».

La menace d’expulsion vers un pays tiers fait partie de la politique d’expulsions massives de l’administration Trump. Dans la pratique, les transferts vers des pays tiers sont utilisés pour effrayer les personnes et les inciter à partir avant d’être plongées dans la spirale infernale de la détention et de l’expulsion vers des destinations inconnues. Un responsable américain anonyme a déclaré à la Commission des relations étrangères du Sénat qu’en réalité, l’objectif des transferts de ressortissants de pays tiers était d’instaurer la peur: « Avec des pays comme les Palaos ou l’Eswatini, l’idée est que l’administration peut menacer les personnes de les abandonner littéralement au milieu de nulle part », a expliqué le responsable. « Le but est de faire peur aux gens. »

Le gouvernement américain viole ses obligations nationales et internationales en matière de non-refoulement en envoyant des personnes dans des lieux où elles risquent d’être persécutées, torturées ou de subir d’autres préjudices graves, ou bien où elles pourraient faire l’objet d’une expulsion ultérieure et être confrontées à de tels risques, a déclaré Human Rights Watch. Il prive également les personnes concernées d’une possibilité réelle de contester leur expulsion vers ces pays et d’exprimer tout risque d’abus auquel elles pourraient être exposées si elles y étaient envoyées. En décembre, la Cour suprême des États-Unis entendra les débats visant à déterminer si la politique d’expulsion vers un pays tiers enfreint la clause de Due Process (procédure régulière) de la Constitution américaine ou si elle enfreint de toute autre manière des interdictions légales d’expulser des personnes vers un pays où elles risquent la torture. La Cour a pour l’instant autorisé le gouvernement à poursuivre les expulsions vers des pays tiers.

Les États-Unis devraient cesser d’expulser des demandeurs d’asile et des réfugiés vers des pays tiers qui n’ont pas la capacité de mettre en œuvre des procédures d’asile complètes et équitables et en l’absence d’accords formels et transparents qui garantissent un accès à de telles procédures.

Ces gouvernements devraient également respecter le principe de non-refoulement et garantir la dignité, la sécurité et les droits fondamentaux de toutes les personnes relevant de leur compétence, y compris des ressortissants de pays tiers dont ils ont accepté le transfert.

«Plusieurs de ces gouvernements africains sont non seulement complices des abus commis par les États-Unis, mais ont eux-mêmes violé les droits humains de ces personnes expulsées, notamment en les plaçant en détention arbitraire et, dans certains cas, en les renvoyant dans des pays où elles couraient un danger », a conclu Michael Garcia Bochenek. « Ces pays ne devraient pas détenir de personnes sans fondement juridique clair, et ne devraient renvoyer aucun individu vers son pays d’origine ou vers un autre pays où il serait exposé à un risque de persécution, de torture ou d’autres préjudices graves.»

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