
Par Franco Turigliatto
Dans ce contexte de «contraintes» – objectifs de dépenses d’armement: voir article publié le 20 octobre –, la responsabilité d’élaborer la loi de finances (Budget) incombe à Giorgia Meloni et à son ministre de l’Economie et des Finances, Giancarlo Giorgetti (Lega). Elle devait être présentée avant le 15 octobre, mais son report a été annoncé car des négociations sont en cours avec l’UE pour obtenir davantage de flexibilité, c’est-à-dire un déficit plus élevé [le déficit devait se trouver au-dessous du «plafond» de 3% fixé par l’UE : soit 2,8%-2,9%.]
La loi de finances
Pour l’instant, le dépassement budgétaire autorisé par l’UE s’élève à 29 milliards, dont environ 15 pour les dépenses militaires et 14 pour la transition énergétique. L’Italie demande non seulement que ces 14 milliards puissent être affectés à la couverture de la hausse des prix des produits énergétiques, mais aussi une augmentation supplémentaire, soit plusieurs milliards supplémentaires à cette même fin.
Ils souhaiteraient élaborer une Loi de finances permettant des dispositions visant à limiter des factures d’énergie et des interventions fiscales tant en faveur des salarié·e·s (peut-être une exonération fiscale sur les augmentations salariales prévues par les conventions collectives) qu’en faveur – surtout – de la petite et moyenne bourgeoisie, bastion électoral fondamental du gouvernement. Pour rappel, cette Loi de finances est la dernière avant les élections. Pour les capitalistes, un nouveau cadeau est déjà prêt: le renforcement d’un hyper-amortissement pour les entreprises, et cela ne fait l’objet d’aucune discussion.
Le projet de plan budgétaire a été transmis à la Commission européenne et au Parlement; il en ressort que l’enveloppe globale (mesures impliquant baisses d’impôts et hausses de dépenses publiques) se situe à hauteur de 23,5 milliards d’euros, qu’il y aura des mesures en faveur des familles et des entreprises et que les ressources proviendront des banques, des jeux d’argent et d’une révision des dépenses de 0,05% du PIB, soit 4,5 milliards, qui passera à 0,08% les années suivantes, ce qui correspond à des coupes dans les dépenses sociales. Les négociations avec l’UE se poursuivent toutefois, de sorte que la véritable loi de finances sera adoptée plus tard et la seule certitude est que 15 milliards de dette seront consacrés aux dépenses militaires.
Programme alternatif et «Campo largo»
En résumé: les différences socio-économiques entre classes, les injustices sociales, les richesses colossales accumulées par une minorité «combinées» à la pauvreté de plus en plus répandue d’une majorité n’ont jamais été aussi marquées depuis des décennies en Italie. A cela s’ajoute aujourd’hui la course morbide à l’armement. L’impôt sur le revenu des personnes physiques pèse très largement sur les épaules des travailleuses et des travailleurs, des retraitées et des retraités, tandis que les classes moyennes et la grande bourgeoisie, ainsi que les capitaux, bénéficient de divers privilèges fiscaux.
L’Institut national de la statistique (Istat) certifie que les salaires réels ont baissé de 9,4% entre 2021 et 2026 [1]. L’accès au logement pour de larges couches de la population devient de plus en plus difficile sous le poids de loyers exorbitants qui engloutissent une grande partie des salaires. Le système de santé publique est de plus en plus sous-financé au profit du secteur, ce qui a déjà conduit quelque six millions de personnes à renoncer à se soigner. L’inflation met en difficulté des couches de plus en plus larges de la population: 5,4 millions de personnes vivent dans la pauvreté absolue. Le logement, le salaire, la santé, l’aide sociale et même l’école pour tous sont remis en cause, c’est-à-dire les conditions mêmes d’une vie sociale
En partant d’un tel constat de souffrances endurées par de larges couches de la population, il ne semblerait pas impossible, au-delà des difficultés accumulées à la suite d’un délitement des forces socio-politique de gauche, de construire une forte opposition sociale et politique. Or, jusqu’à présent, les deux principaux partis de l’opposition parlementaire, le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S), n’en ont pas fait la démonstration sur leur propre terrain. Certes, ils ne sont pas en première ligne pour mener une lutte sociale, mais ils n’ont pas non plus été capables d’élaborer un programme quelque peu attractif sur le terrain social et économique.
Pourtant, pour une opposition de gauche – ne serait-ce qu’une opposition sociale-démocrate élémentaire – mener une campagne politique ne semblerait pas impossible, car des mouvements et des revendications sur de nombreux thèmes se manifestent déjà sous diverses formes, même si elles sont encore partielles: exigence de fortes hausses salariales, y compris en termes de salaire minimum et l’application nouvelle échelle mobile face à l’inflation, une fiscalité «équitable et proportionnelle», ainsi que des mesures énergiques pour garantir à nouveau la santé publique et le droit au logement. Sans même mentionner le rejet de l’augmentation des dépenses militaires, les droits des migrant·e·s – qui ne sont rien d’autre que les droits de tous et toutes – et l’unité de tous les travailleurs/travailleuses, en mettant fin à l’infamie des centres de détention. Bien sûr, il faudrait indiquer d’où devrait provenir l’argent: des capitalistes. Il faudrait également indiquer que toutes les lois antidémocratiques visant les jeunes et les mouvements sociaux devraient être abrogées.
Le PD et le M5S, hier comme aujourd’hui, sont en concurrence et envisagent de recourir à des élections primaires pour décider qui dirigera la coalition: la secrétaire du PD (Elly Schlein) ou le président du M5S (Giuseppe Conte). La coalition en cours de formation a été baptisée «Campo largo» pour signifier la volonté d’ouverture, en particulier envers les petites formations bourgeoises du centre. En font partie pour l’instant: le Parti démocrate, le Mouvement 5 étoiles, l’Alliance de gauche-Verts (AVS) de Nicola Fratoianni (Gauche écologie et liberté) et Angelo Bonelli (Europa Verde).
Ils ont encore beaucoup de mal à définir un programme commun sur le plan économique, mais encore plus sur les questions internationales. Ils semblent avoir atteint un certain degré d’unité pour rejeter le réarmement européen, mais ils sont divisés sur la question de l’envoi d’armes à l’Ukraine: le PD y est favorable, tandis que le M5S s’y oppose. La guerre en Ukraine reste le point d’achoppement qui divise un peu toutes les forces de gauche.
En réalité, ils ont du mal à élaborer un programme de réformes effectives, car beaucoup d’entre eux ne peuvent envisager – étant donné leur insertion sociale qui nourrit une orientation idéologico-politique – de remettre en cause jusqu’au bout les politiques libérales-capitalistes des trente dernières années, celles-là mêmes qui ont engendré la pauvreté et la démoralisation sociale, ouvrant ainsi la voie à la démagogie réactionnaire des droites. Aucun de ces forces ne songe à «dépasser le capitalisme» – ce n’est pas dans leur ADN –, mais ils ne veulent même pas suivre l’exemple des socialistes américains (DSA) en adoptant un programme alternatif de réformes sociales. Comme si cela ne suffisait pas, les composantes les plus modérées et les plus ferventes partisanes de l’OTAN au sein du «Campo largo» sont largement mises en avant par certains médias. Leur principale préoccupation est de bloquer toute proposition au sein de la coalition qui soit un tant peu antilibérale et réformiste. Pour une partie importante du PD, pour l’extrême centre, soit une série de petites formations centristes, parmi lesquelles le sénateur blairiste Matteo Renzi [après avoir quitté le PD, il a créé Italia Viva], pour les «vieux pontes» comme Romano Prodi, «l’alternative» à la droite n’est que le retour aux politiques «libérales» précédentes qui ont conduit à la catastrophe actuelle, rendant crédible l’extrême droite et démobilisant de larges secteurs de travailleurs et travailleuses. On connaît le proverbe grec: «Les dieux rendent aveuglent ceux qu’ils veulent perdre». Ces protagonistes sociaux-libéraux n’envisagent rien d’autre que de défendre ce système capitaliste et se relancer eux-mêmes, même si cela peut signifier «perdre les classes populaires». Ils s’activent pour reprendre pied et exerceront leurs projets dits pragmatiques si un gouvernement du «Campo largo» venait à se former.
Les dynamiques des mouvements sociaux
Les choix et les impérities du «Campo largo» risquent d’aboutir à une nouvelle victoire électorale de l’extrême droite, événement des plus dangereux: un nouveau mandat gouvernemental permettrait à ces forces de mener à bien leur projet de restauration institutionnelle, politique et idéologique, y compris le bouleversement complet des institutions démocratiques, impliquant une régression autoritaire dont les conséquences sont aujourd’hui difficilement prévisibles. Mais elles seront à coup sûr fort graves pour l’avenir des classes populaires. Seules la lutte et la mobilisation sociale peuvent contribuer à affaiblir le gouvernement et créer les conditions de la défaite des partis qui le soutiennent.
Il est donc positif que la prise de conscience politique de divers secteurs sociaux se soit renforcée: le développement et la pérennité d’un mouvement de masse significatif constituent l’élément décisif pour surmonter avec succès cette phase délicate de transition. Les luttes en Espagne et en France jouent un rôle moteur décisif; elles sont devenues un exemple et un point de référence, en particulier parmi les jeunes: nous assistons également en Italie ces jours-ci à un développement soudain et rapide de la lutte étudiante ainsi qu’à des épisodes de rébellion de la part des jeunes et des très jeunes (dont beaucoup sont victimes de discrimination raciale) des banlieues des grandes villes du nord, ainsi qu’à la possibilité d’un automne conflictuel et de lutte, qui plus est avec une dimension internationale.
Nous écrivons donc dans un contexte d’accélération sociale qui, de jour en jour, peut modifier le cours des événements. Mais c’est aussi pour cette raison qu’il vaut la peine de faire le point sur certains éléments de ce qui s’est passé ces derniers mois.
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Il y a un an, le mouvement de masse s’était exprimé contre la guerre génocidaire menée contre la population palestinienne de Gaza. Il s’exprima par de grandes manifestations et même par des grèves unitaires, mais il n’avait pas pu se confirmer ni se développer dans les luttes revendicatives salariales et contre la loi de finances, notamment en raison de la division irresponsable des forces syndicales. À l’automne 2025, un écart important était également apparu entre l’ampleur des manifestations de rue et le succès des grèves sur les lieux de travail. Le slogan «bloquons tout», relancé par la suite à plusieurs reprises, n’a pas réussi à se concrétiser, si ce n’est sous la forme d’une présence dans la rue. La CGIL, principal syndicat du pays, a toujours appelé à la grève générale contre les lois de finances néo-libérales, mais il s’est agi de grèves de routine, avec quelques pics de participation dans certains secteurs (transports, certaines usines métallurgiques) et des manifestations parfois importantes, mais avec des taux d’adhésion à la grève limités.
Dans l’enseignement, bien qu’il s’agisse de l’un des secteurs les plus combatifs et toujours présent dans la rue, la participation aux grèves, tant celle des syndicats de base que celle de la CGIL, n’a guère dépassé les 10% au niveau national. Les politiques de concessions et d’abandon menées par les directions syndicales depuis de nombreuses années ont engendré démoralisation, individualisme et sentiment d’impuissance; ainsi, lorsqu’une grève est décidée, il n’est pas facile de la préparer et de trouver d’emblée un écho large dans de nombreux lieux de travail.
Au printemps 2026, les mouvements sociaux ont redonné vie à certaines mobilisations anti-autoritaires et anti-guerre (No Rearm Europe et No Kings), avec des manifestations féministes et la poursuite des actions de solidarité avec la Palestine, mais tous ont eu du mal à s’exprimer de manière permanente et organisée au niveau territorial et, a fortiori, à constituer une opposition adéquate sur le plan politique global.
Il convient d’apporter quelques précisions concernant les syndicats. L’UIL (Unione Italiana del Lavoro), troisième force syndicale, après une phase d’unité d’action avec la CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro) – au cours de laquelle elle avait promu quelques grèves peu efficaces – dans le contexte des grandes manifestations en faveur de la Palestine, auxquelles la CGIL a activement participé, s’est détachée et est revenue aux côtés de la CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori).
Au cours des dernières décennies, la CGIL, la plus grande organisation de masse du pays, porte une lourde responsabilité pour avoir cautionné ou pour ne pas avoir voulu s’opposer selon des modalités qui s’imposaient, aux politiques néo-libérales des gouvernements de centre-gauche et de centre-droit. Ces dernières années, elle a adopté un comportement oscillant, marqué par divers revirements. Pour défendre une identité de classe, elle a développé une propagande générale sur les principaux thèmes sociaux, en promouvant même des référendums abrogatifs nationaux sur certains d’entre eux, qui n’ont toutefois pas atteint le quorum (50% plus une voix) de participation des électeurs/trices inscrits pour être pris en compte et n’ont donc pas été validés. Elle a accepté un système de relations (de partenariat social) avec les forces patronales qui s’est avéré préjudiciable et n’a donc pas réussi à remporter de succès notables dans les luttes revendicatives difficiles menées par ses fédérations professionnelles, qui ont souvent signé des conventions collectives très contestables.
Par contre, elle a organisé de grandes manifestations nationales pour montrer sa force numérique et organisationnelle, mais celles-ci ne pouvaient pas modifier les rapports de force entre les classes, et encore moins entraver l’action du gouvernement et/ou inquiéter les organisations patronales. Il en découle une attitude en dents de scie, dans l’espoir que les prochaines élections puissent faire émerger un gouvernement «ami» de centre-gauche, avec lequel dialoguer.
Les syndicats de base, dont le plus important est l’USB (Unione Sindacale di Base), ont joué un rôle moteur et positif dans les mobilisations en faveur de la Palestine. Ils ont également été les protagonistes de luttes sectorielles et d’entreprise significatives, mais leur action reste limitée, d’autant plus dans le contexte de difficultés générales que rencontre la classe laborieuse. Ils organisent une partie combative des travailleurs et des travailleuses, mais ce faisant, ils accentuent des pratiques et des orientations sectaires (parfois compréhensibles face à l’immobilisme des bureaucraties des syndicats confédéraux), qui ne sont toutefois pas très utiles pour construire une mobilisation de classe unitaire.
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L’automne présente un agenda ininterrompu d’initiatives, de manifestations et même de grèves, dont les protagonistes sont des secteurs de la classe ouvrière, des jeunes et des femmes, mobilisés non seulement par les organisations syndicales, mais aussi par diverses structures et comités. Toutes les facettes des conditions de vie des classes laborieuses et populaires étant attaquées, il y a chaque jour mille bonnes raisons de se mobiliser: pour les salaires et l’emploi, pour la défense de l’environnement, contre la guerre et les dépenses militaires, contre les coupes dans les dépenses de santé et sociales, contre les conditions infligées au système scolaire, aux élèves, étudiant·e·s et enseignant·e·s, contre les lois réactionnaires et antidémocratiques, pour la défense des droits des migrant·e·s, contre la violence faite aux femmes et contre le patriarcat, pour la Palestine et en solidarité avec les opprimé·e·s et les exploité·e·s.

L’agenda est bien rempli, porté par le vent international et internationaliste qui souffle depuis les mobilisations en Espagne, au Portugal et en France. Celles-ci insufflent un nouvel élan et de nouveaux espoirs aux jeunes, pour qui les occupations d’écoles semblent se multiplier dans tout le pays, tandis que samedi 10 octobre, de nouvelles grandes manifestations en faveur de la Palestine ont eu lieu dans 20 villes d’Italie.
De plus, plusieurs événements phares ont eu lieu ou sont déjà prévus. Samedi 17 octobre, une grande manifestation nationale a eu lieu à Rome, organisée par la CGIL en collaboration avec une centaine d’associations, sur les thèmes du travail, du droit au travail et au logement, pour la santé publique, contre le réarmement, pour la défense de l’environnement (en d’autres termes, un programme réformiste et démocratique). «Nous avons besoin d’un avenir différent de celui qui nous est proposé», tel est le message lancé par le secrétaire de la CGIL, Maurizio Landini: «Les gens vont mal. Et s’endetter pour acheter des armes, c’est priver les jeunes de leur avenir». Ou encore: «Nous voulons unir les luttes, de celle d’Ilva à celle des étudiants qui campent. Le syndicat est à leur service». Ilva [sise à Tarante, dans les Puilles] est la grande aciérie qui risque d’être définitivement fermée. La manifestation a connu une participation massive de tous les secteurs professionnels et de toutes les régions du pays; le chiffre de 100 000 participant·e·s, annoncé depuis la tribune, ne semble donc pas très éloigné de la réalité.
Maurizio Landini comprend bien mieux que d’autres les dynamiques sociales en cours et celles à venir. Il ne veut pas que son syndicat se fasse prendre au dépourvu par les événements comme cela a été le cas il y a un an; il veut essayer de les gérer et même de les contrôler; il œuvre pour lui-même, pour la crédibilité et le rôle de son syndicat. Et bien sûr aussi pour construire les perspectives électorales du «Campo largo». Mais il contribue, en même temps, à susciter et à élargir une participation de masse plus importante, ainsi qu’à briser le climat qui a dominé jusqu’à présent dans de larges secteurs populaires, celui marqué par «On ne peut rien faire».
D’autant plus que, le 30 octobre, le principal syndicat de base, l’USB, organise une grève générale autour d’un programme de revendications radicales; cette date coïncide avec la journée internationale de grève et de mobilisation des travailleurs portuaires «Contre le transit d’armes et de matériel de guerre, les politiques de réarmement et l’utilisation des infrastructures portuaires à des fins logistiques militaires». Le 20 novembre est également prévue la grève européenne des étudiant·e·s contre la guerre, le réarmement et le service militaire obligatoire. Et le 25 novembre aura lieu la mobilisation internationale contre les violences faites aux femmes.
Ce qui est nouveau et important, c’est qu’à l’issue du défilé du 17 octobre, sous un tonnerre d’applaudissements, Landini a annoncé que la CGIL convoquerait, le même jour que la grève des étudiants, une grève générale contre le projet de loi de finances du gouvernement, pour les salaires et l’emploi: c’est un choix bien plus significatif que tout ce qui peut être dit lors de meetings ou d’une manifestation nationale.
Mais attention, comme toujours, la CGIL est un Janus à deux visages. Elle agit également sur un autre plan: en union avec la CISL et l’UIL, elle négocie actuellement avec la Confindustria [la principale organisation patronale] et d’autres organisations patronales un accord-cadre sur la représentation syndicale et la négociation collective. Il s’avère plus que jamais discutable et négatif, et contre lequel s’est exprimée la gauche syndicale «Le Radici del sindacato» au sein de la CGIL.
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Il est impossible de prévoir si ces luttes parviendront à trouver toutes les convergences nécessaires, à se nourrir les unes des autres, à développer une capacité de lutte revendicative et politique au quotidien sur les lieux de travail et d’études ainsi que sur les territoires, et à s’exprimer par une capacité d’auto-organisation partant de la base.
D’autant plus que la réaction du gouvernement a été extrêmement violente face à ces nouvelles mobilisations de jeunes, en particulier face à la rébellion de très jeunes gens (apparus presque de «nulle part», mais qui sont l’expression d’une crise sociale très profonde), qui ont envahi le centre de Milan les 17 et 18 octobre, dans ce qui s’apparentait presque à une émeute, en résistant même longtemps aux charges de la police.
Le gouvernement Giorgia Meloni a adopté un énième décret sur la sécurité qui introduit de nouvelles infractions, alourdit les peines, étend la garde à vue aux mineurs, inflige de lourdes amendes aux parents des jeunes incriminés et militarise les villes en y déployant des forces de l’armée, comme l’a dénoncé l’ancien chef de la police Franco Gabrielli lui-même.
Le gouvernement accélère sa dérive autoritaire et répressive, se trouvant aussi sous la pression de la grève et du blocage des routes par les transporteurs routiers (une catégorie traditionnellement favorable au gouvernement, mais en révolte face à la hausse du prix du carburant) qui empêchent l’approvisionnement des supermarchés, notamment dans le Sud, causant de graves désagréments à la population,
Une phase particulièrement dure de la lutte des classes s’ouvre, dont l’issue est incertaine. L’objectif est plus que jamais de résister à la contre-offensive réactionnaire et de susciter une mobilisation si forte et si large qu’elle mette sérieusement en difficulté l’action du gouvernement, qu’elle commence à modifier les rapports de force entre les classes et qu’elle s’oppose au climat idéologique réactionnaire qui continue de régner dans le pays.
Il s’agit de mobiliser des secteurs de plus en plus larges de la classe laborieuse et des classes populaires, en suscitant un doute face à un attentisme provoqué par un désarroi passé et une mise en question des «slogans» réactionnaires et diviseurs de l’extrême droite, au travers d’une reconstruction, à la fois, de la crédibilité efficace des luttes revendicatives immédiates et d’un nouvel espoir d’une alternative systémique, autrement dit changer l’avenir que les classes dominantes nous réservent dans cette crise dramatique de civilisation qui secoue le monde. Ce qui se passe en Italie est plus que jamais lié au reste des luttes en Europe, mais c’est désormais la dimension immédiate à partir de laquelle construire la mobilisation sociale qui s’oppose aux politiques des gouvernements et des Etats capitalistes, y compris cette institution proto-étatique hybride qu’est l’Union européenne. (Article reçu les 19 et 20 octobre; traduction par la rédaction de A l’Encontre)
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[1] Le système actuel de négociation salariale est régi par des modalités qui prévoient, dans les contrats de travail, des augmentations salariales liées uniquement à l’indice des prix, sans toutefois tenir compte de la hausse des prix des produits énergétiques. Non seulement toute amélioration réelle des salaires est interdite, mais leur diminution est planifiée; tous les gains de productivité profitent exclusivement aux entreprises.

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