
Par Oren Ziv
[Selon Arab News du dimanche 23 août 2026, pour le 15e jour consécutif, les colons, dans le quartier de Ras Al-Ain à Qusra, ont continué à encercler les trois maisons tandis que les forces israéliennes empêchaient les habitants d’entrer ou de sortir de la zone. Les trois familles sont confrontées à des pénuries d’eau, les colons ayant bloqué les routes menant à leurs habitations et empêché l’acheminement de l’eau. Par ailleurs, des colons ont installé deux mobil-homes supplémentaires dans le village de Burin, au sud de Naplouse. Burin et les villages voisins situés au sud de Naplouse ont été la cible d’attaques répétées et de saisies de terres par des colons israéliens, notamment par la création d’avant-postes non autorisés et l’imposition de restrictions à l’accès des Palestiniens à leurs terres agricoles. – Réd. A l’Encontre]
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Depuis dix jours, Qusai Abu Ridi observe depuis son balcon les colons israéliens et les soldats qui les accompagnent assiéger sa maison.
Les colons sont arrivés à Qusra – situé à environ 30 kilomètres au sud-est de Naplouse, en Cisjordanie occupée – le 9 août, et ont installé une tente juste devant la maison d’Abu Ridi. Au cours des jours suivants, ils ont coupé les canalisations d’eau et les lignes électriques et bloqué les routes environnantes, piégeant Abu Ridi et son fils de 18 ans à l’intérieur, avec des provisions qui s’amenuisaient. Ils ont également assiégé deux autres maisons du village, toutes situées dans la zone B de la Cisjordanie – où les colons étendent rapidement leur contrôle territorial bien que l’Autorité palestinienne conserve en apparence le contrôle civil [selon la formule des accords d’Oslo].
Cette méthode de nettoyage ethnique, par laquelle les colons établissent un avant-poste juste devant les maisons palestiniennes pour tenter de forcer les familles à partir et de s’emparer de leurs biens, a réussi à maintes reprises au sein de la Cisjordanie, notamment à Qusra et dans les villages voisins. Ce qui est inhabituel dans ce cas précis, c’est que cette opération a suscité une attention soutenue avant même que le processus ne soit achevé, y compris de la part des médias israéliens qui couvrent rarement l’occupation du point de vue des Palestiniens.
Les vidéos d’Abu Ridi ont également bénéficié d’une couverture médiatique internationale considérable, exerçant sur le gouvernement et l’armée israéliens une pression d’une ampleur rare ces dernières années. Le frère d’Abu Ridi, Loui, propriétaire de la maison, est citoyen américain – et l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a qualifié les colons assiégeant Qusra de «terroristes israéliens».
Cette attention, notamment en Israël, s’explique en partie par l’évidence de de ce qui se passe. L’armée n’avance ici aucune allégation concernant un suspect palestinien armé, ni ne recourt à la description habituelle de «tensions» réciproques. Les élections israéliennes imminentes [le 27 octobre] et la surveillance internationale croissante de la violence des colons peuvent également contribuer à expliquer cet intérêt.
Mais cet épisode est devenu particulièrement révélateur en raison du fossé entre ce que l’armée israélienne affirme vouloir faire et ce qui se passe réellement sur le terrain.
L’armée affirme vouloir expulser les colons et a déployé des troupes en nombre dans la zone, qu’elle a également déclarée zone militaire interdite. Le chef du Commandement central, Avi Bluth, officier de l’armée responsable de la Cisjordanie, s’est rendu personnellement sur place à deux reprises.
Pourtant, alors qu’elle fait irruption dans les maisons des résidents palestiniens et transforme certaines d’entre elles en postes militaires, l’armée n’a pris que peu de mesures contre les colons. Des soldats ont été filmés en train de prier avec des colons, de boire du café avec eux et de leur serrer la main alors qu’ils patrouillaient dans la zone à bord de quads, ce qui met en évidence l’impunité totale dont ils jouissent. Au moment où nous écrivons ces lignes, la tente a été démontée et la famille a réussi à rétablir l’accès à l’eau et à l’électricité, mais les colons continuent de circuler librement dans la zone située à l’extérieur de la maison d’Abu Ridi, sous la protection de l’armée.
Le groupe se compose de plusieurs dizaines de jeunes colons, soutenus par un petit nombre de colons plus âgés et armés ainsi que par des soldats de la Défense régionale [unité et brigade situées en Cisjordanie et à Jérusalem]. Il ne s’agit certainement pas d’une force que l’armée israélienne n’est pas en mesure de contrôler.
Compte tenu de toute l’attention internationale portée à ce qui se déroule à Qusra, on aurait pu s’attendre à ce que l’armée éloigne au moins temporairement les colons, ne serait-ce que pour donner l’impression de faire respecter la loi et d’assurer une certaine «gouvernance». Au lieu de cela, cet épisode met en lumière les politiques officielles et officieuses en vigueur depuis longtemps en Cisjordanie.
Les colons bénéficient d’une liberté extraordinaire pour pénétrer sur les terres et dans les communautés palestiniennes – que ce soit lors de «randonnées», pour faire paître leurs moutons, ou pour installer des avant-postes et mener des attaques. Ce système semble si profondément ancré tant dans l’armée que dans la police que même les ordres des hauts commandants ne sont pas nécessairement appliqués sur le terrain.
«L’armée pourrait les expulser en 10 minutes»
Cette réalité était flagrante le week-end [du 15-16 août]. Vendredi matin 14 août, le magazine +972 a filmé de jeunes colons se tenant à côté d’une tente récemment dressée près d’une des maisons palestiniennes, tandis que des soldats discutaient avec eux de manière décontractée. Ce n’est qu’à l’arrivée d’une unité de la police des frontières que les colons se sont enfuis dans les oliveraies voisines – pourtant, personne n’a tenté de les arrêter.
Ce jour-là, une centaine de militants, pour la plupart israéliens de gauche, accompagnés d’équipes de presse venues du monde entier, ont réussi pour la première fois à s’approcher de la maison. Ils avaient transporté à pied, sur environ un kilomètre, de la nourriture, des bouteilles d’eau et des médicaments, qu’ils ont déposés près du portail. Mais les soldats et les agents de la police des frontières les ont empêchés de s’approcher de la maison elle-même, et le groupe s’est retiré après que la police eut menacé de le disperser par la force. (Seul le député Ofer Cassif [du parti Hadash, Front démocratique pour la paix et l’égalité, le seul député juif de cette petite coalition] a pu franchir le barrage en invoquant son immunité parlementaire.)
Depuis lors, les colons ont continué à circuler dans la zone, dressant une tente, arpentant les abords du mur d’une des maisons et terrorisant une équipe d’agents municipaux venus réparer une conduite d’eau qu’ils avaient endommagée. «Les colons ont attaqué les agents sous les yeux de l’armée», nous a déclaré Abu Ridi. «Pendant ce temps, les militants venus [vendredi] n’ont pas été autorisés à s’approcher.»
S’exprimant par téléphone avec +972 depuis son domicile dimanche 16 août, Abu Ridi a indiqué qu’un nouveau contingent de soldats de l’unité de commandos Egoz [force d’élite de l’armée] était arrivé pour remplacer les troupes du Golani [force d’infanterie prestigieuse, son histoire se confondant avec la création de l’Etat], ce qui laisse supposer que le commandement de l’armée n’était pas satisfait des opérations de ces dernières. «Nous espérons qu’ils contribueront à mettre fin à ce cirque», a-t-il déclaré. «Mais jusqu’à présent, rien n’a changé. Nous sommes toujours assiégés. S’ils le voulaient, ils pourraient les faire partir en dix minutes», a poursuivi Abu Ridi. Au lieu de cela, il estime que les autorités tentent de laisser passer la vague d’attention grandissante: «Elles espèrent que les gens se lasseront, que le monde oubliera et que les médias cesseront d’en parler. Elles pourront alors s’emparer des maisons et l’avant-poste réapparaîtra. C’est ce que je redoute.»
Lundi 17 août, son frère Loui est arrivé en avion des États-Unis et s’est rendu directement à Qusra. À son arrivée devant sa maison assiégée, il a déployé un grand drapeau américain sur le toit – un signe fort de la protection que, selon lui, ce symbole lui apportera aux yeux de l’armée et du gouvernement israéliens, même si ce n’est pas le cas face aux colons.
«J’étais terrifié pour mon frère et son fils, craignant pour leur sécurité. À présent, je vais craindre pour ma propre sécurité», a déclaré Loui après son débarquement à l’aéroport Ben Gourion. Il avait quitté la maison en janvier, et son frère s’y était installé en mars, craignant que les colons ne tentent de s’en emparer, avant même que le siège actuel ne commence. Il a ajouté qu’il était en contact avec l’ambassade des États-Unis et un membre du Congrès, mais qu’il n’avait encore constaté aucune mesure concrète visant à protéger sa famille et leurs biens.
«Nous ne sommes pas les seuls à faire face à cette situation. Des centaines de Palestiniens à travers la Cisjordanie sont confrontés à la même situation – c’est une pratique courante», a-t-il ajouté mardi 18 août. «Mes amis du [village voisin de] Jalud ont déjà été contraints de partir et les colons se sont emparés de leur maison. S’ils réussissent ici, ils descendront probablement la rue et s’empareront de la maison de mon voisin, se rapprochant de plus en plus du [centre du] village.
«Cela ne devrait arriver à personne. Tout le monde devrait pouvoir vivre en paix. Les enfants devraient pouvoir mener une vie normale – sans craindre que quelqu’un ne les attaque pendant la nuit.»
Ruqaya Hassan, 28 ans, vit dans une autre des maisons assiégées à Qusra, près de la propriété d’Abu Ridi. Les colons ont encerclé la propriété pendant plusieurs jours, et ont même «tiré sur [la maison] et nous ont attaqués [à coups de pierres] alors que nous étions prisonniers.»
Il y a quelques jours, l’une des filles de Ruqaya Hassan a eu besoin de soins médicaux d’urgence. Les colons encerclant la maison de la famille de toutes parts, il était impossible de partir avec leur propre voiture. Ce n’est qu’à l’arrivée d’une ambulance que Ruqaya Hassan et ses deux filles ont réussi à sortir. «Nous étions piégées à l’intérieur. C’était dangereux même pour l’ambulance d’arriver jusqu’à nous.»
Son mari est resté à la maison, craignant que les colons ne s’en emparent s’il partait. Mais l’armée a ensuite ordonné au mari de Hassan de partir et a elle-même pris possession de la maison. Il séjourne désormais chez Abu Ridi.
Après que sa fille eut reçu des soins, Hassan a tenté de rentrer chez elle – pour découvrir que la maison était «pleine de soldats qui l’avaient transformée en poste militaire». En conséquence, Hassan et ses filles sont hébergées dans une autre maison du village. «Les soldats sont venus pour évacuer les colons de la zone, mais ils les voient et ne font rien.»
Une stratégie systématique
La plupart des reportages sur Qusra, tant en Israël qu’à l’étranger, ont présenté ce siège comme un incident isolé. Or, il s’inscrit dans une transformation bien plus vaste en cours dans cette partie de la Cisjordanie: un réseau d’avant-postes de colons prenant le contrôle de dizaines de milliers de dounams de terres agricoles palestiniennes et s’emparant de maisons aux abords de villages tels que Jalud, Qaryut, Jurish et Qabalan — avec des conséquences souvent mortelles.
Rien qu’en mars, les frères Muhammad et Fahim Muammar ont été tués à Qaryut par un colon servant dans l’armée, et Amir Odeh a été tué par un colon armé à Qusra, sur la route menant aux habitations désormais assiégées.

Comme l’a montré Dror Etkes, du groupe de surveillance des colonies Kerem Navot, sur une carte qu’il a publiée sur les réseaux sociaux, Jabal Ein Eina – où se trouve le principal avant-poste de colons de la région, Tel Talpiot [près du village de Qusra], a été établi en janvier – se trouve à un point stratégique entre six villages palestiniens de la zone B. De là, les colons peuvent exercer un contrôle sur de vastes étendues de terres villageoises, enfermant les communautés palestiniennes à leurs zones bâties tout en créant une contiguïté territoriale avec d’autres colonies et avant-postes de la région.
Depuis la création de Tel Talpiot, les colons opérant depuis cet avant-poste ont pris pour cible à plusieurs reprises les habitants désormais assiégés à Qusra, chassant des familles de leurs maisons et endommageant des habitations et d’autres biens.
Le domicile de Mahmoud Tubasi a été le théâtre d’un incident similaire le mois dernier à Jalud, non loin de là. En avril, des colons de Tel Talpiot ont établi un avant-poste près de sa maison, qu’ils ont ensuite tenté d’incendier. En juillet, ils se sont emparés d’une autre maison située entre sa propriété et le village, et ont assiégé Tubasi et sa famille pendant plus de deux semaines.
«Ils m’ont encerclé pour que je ne puisse pas sortir chercher de la nourriture et de l’eau», nous a-t-il déclaré vendredi 14 août à Qusra, où il s’était rendu pour soutenir les familles piégées chez elles. «Ils ont coupé la conduite d’eau et le câble électrique.»
Le 22 juillet, des colons armés se sont présentés chez lui et ont lancé un ultimatum à sa famille: «Vous avez une heure pour partir en toute sécurité, sinon vous mourrez dans cette maison.» Tubasi, sa femme et leurs deux fils ont décidé qu’ils n’avaient d’autre choix que de partir. Des colons occupent désormais son domicile.
Pour lui, la similitude avec ce qui se déroule actuellement à Qusra est indéniable. «Ils m’ont fait subir exactement la même chose: siège, coupure de l’électricité et de l’eau, puis expulsion. Le problème, c’est que l’armée les protège. Elle ne les expulse pas; elle expulse les résidents [palestiniens]. Leur but est de s’emparer des terres et des maisons, de tout saisir et de nous expulser.»
Cette fois-ci, cependant, l’attention médiatique portée à Qusra lui donne un peu d’optimisme. «J’espère qu’ils n’y parviendront pas.»
«Nous n’avons pas le droit de nous défendre»
Le danger lié à toute tentative d’atteindre le quartier assiégé de Qusra était déjà évident il y a plusieurs mois. Fin février, des colons sont descendus de Tel Talpiot à bord d’un quad et ont violemment agressé trois militants du groupe israélien «Looking the Occupation in the Eye», qui raccompagnaient des habitants jusqu’à leur domicile.
L’une des personnes blessées, Yael Levkovitz, est revenue à Qusra vendredi pour se joindre à la marche vers les maisons assiégées. «Pendant trois jours, je suis restée assise à lire les messages, et je me suis dit que je devais être ici», nous a-t-elle déclaré
«C’est la première fois que je reviens à Qusra depuis l’attaque. Je suis venue ici le cœur qui battait très fort. Mais cette fois-ci, il y a beaucoup de monde et de soldats, ce qui n’était pas le cas à l’époque.»
Ibrahim Luzi, un autre habitant du quartier, était également présent lors de la marche de vendredi – il était revenu pour voir l’état de la maison qu’il avait été contraint de quitter en mars, après des mois d’attaques de plus en plus violentes menées par des colons. Il a déclaré à +972 que sans la présence des militants, il n’aurait même pas pu s’y rendre.
Les colons avaient saccagé la propriété, démoli une partie du mur, brisé les fenêtres et mis le bazar à l’intérieur. «J’ai construit cette maison en plus de 20 ans et j’y ai vécu pendant un an», a expliqué Luzi. Mais la violence des colons a rendu de plus en plus difficile le maintien de sa famille sur place.
«Une nuit, alors que je dormais, ils sont entrés par la fenêtre et nous ont aspergés, moi et toute ma famille, de gaz. Il n’y avait personne pour nous protéger.»
Le fils de Luzi est en prison depuis quatre mois, après avoir été arrêté alors qu’il tentait de protéger la maison contre les colons. «[Les colons] ont toute liberté d’action et l’armée est de leur côté, mais nous n’avons pas le droit de nous défendre», a-t-il déploré.
Selon Luzi, un officier de l’armée a clairement fait savoir quelles étaient ses priorités. «L’officier m’a dit qu’il était là uniquement pour protéger [les colons]. Je lui ai dit qu’ils entraient dans la maison, et il m’a répondu qu’il ne pouvait pas m’aider.»
Au cours du week-end du 15-16 août, dans le contexte des événements survenus à Qusra, le ministre de la Défense, Israel Katz, a annoncé qu’il avait donné instruction à l’armée d’élaborer un plan visant à transférer à la police israélienne la responsabilité du maintien de l’ordre civil en Cisjordanie. Il s’agit là d’une mesure qui, comme l’a admis avec jubilation le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, constitue «une avancée significative vers [l’application de] la souveraineté israélienne» et l’annexion de la Cisjordanie.
L’armée intervient déjà rarement de manière efficace contre les pogroms et le harcèlement perpétrés par les colons; en général, les soldats n’arrivent qu’une fois les attaques commencées et laissent les auteurs s’en aller librement. Quoi qu’il en soit, confier davantage de pouvoirs répressifs à la police n’est guerre susceptible d’offrir une grande protection aux Palestiniens: la police israélienne en Cisjordanie a elle-même ouvertement évité d’intervenir contre les agresseurs israéliens.
Malgré l’attention internationale récemment portée à Qusra, Luzi ne voit guère de raisons de croire que la situation changera fondamentalement. «Jusqu’à présent, rien n’a changé. Il n’y a aucun espoir avec le gouvernement de Smotrich.»
+972 et Local Call ont contacté l’armée israélienne pour obtenir ses commentaires. Sa réponse sera ajoutée dès qu’elle aura été reçue. (Article publié par le magazine +972 le 18 août 2026 et antérieurement en hébreu sur Local Call; traduction rédaction A l’Encontre)
Oren Ziv est photojournaliste, reporter pour Local Call et membre fondateur du collectif photographique Activestills.

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