«Le discours de Trump sur la “fraude électorale” était une blague de mauvais goût… et une menace»

Discours à la nation prononcé jeudi soir 16 juillet 2026 par Donald Trump.

Par Jeet Heer

Étonnamment, certains mensonges sont si scandaleux que même Sean Hannity [commentateur d’extrême droite] hésite à les cautionner.

Comme on pouvait s’y attendre, le discours à la nation prononcé jeudi soir 16 juillet 2026 par Donald Trump était un ramassis d’absurdités visant à promouvoir sa théorie du complot selon laquelle l’élection de 2020 lui aurait été volée. Trump colporte ce mensonge depuis le moment même où il a perdu cette élection et, comme l’a montré son dernier discours, même sa victoire en 2024 ne suffirait pas à l’empêcher de tenter de manipuler les lois électorales américaines en faveur du Parti républicain.

Le discours regorgeait d’allégations de complots obscurs ourdis par la Chine et l’«État profond», mais manquait cruellement de preuves concrètes. Si Trump a présenté la Chine comme la principale menace, il a également fait allusion à d’éventuelles pirateries électorales de la part de la Corée du Nord, de l’Iran et du Venezuela. Aucune de ces allégations n’était crédible.

En réalité, ce discours était à ce point honteusement truffé de mensonges que même certains des plus fidèles partisans du président ont décidé de s’en distancier. Avant le discours, des responsables républicains avaient déjà fait savoir à Politico(article du 16 juillet par Alex Gangitano, Megan Messerly and Myah Ward) leur inquiétude quant au fait que Trump perdait son temps à ressasser des théories du complot destinées à séduire sa base, plutôt que de proposer un message économique positif susceptible de rallier les électeurs modérés lors des élections de mi-mandat (3 novembre 2026).

Fox News s’est montrée encore plus prudente, comme le New York Times le rapporte:

«Fox News, qui a versé 787 millions de dollars pour régler un procès en diffamation lié à de fausses déclarations concernant l’élection de 2020, a adopté une approche prudente dans sa couverture des propos de Trump. Sean Hannity, un allié de Trump, a déclaré que les affirmations du président étaient «assez remarquables», mais a pris soin de ne pas cautionner les allégations de Trump. “Je suis sûr que toute personne soucieuse de la vérité voudra se pencher de près sur tout cela”, a déclaré Sean Hannity à ses téléspectateurs.»

Une correspondante de Fox News, Aishah Hasnie, a ensuite déclaré sans détour à l’antenne que la chaîne «n’est pas en mesure d’évaluer l’exactitude des déclarations et des allégations du président à l’heure actuelle».

La réaction tiède de tels larbins en dit long. Ils ont eu raison de ne pas vouloir être associés à ce discours.

Les allégations de Trump ne reposaient pratiquement sur rien. L’une des affirmations incendiaires qu’il a formulées était que «des renseignements bruts obtenus par le FBI en 2020, mais dissimulés par des fonctionnaires rebelles, indiquaient que les activités chinoises allaient jusqu’à inclure une tentative de fabrication de bulletins de vote illégaux en faveur de Joe Biden». Mais comme le New York Times du 17 juillet le souligne, ces «renseignements bruts» proviennent d’une information transmise au FBI par une personne n’ayant aucune connaissance directe des allégations formulées (une «sous-source», dans le jargon des forces de l’ordre). De plus, «des agents plus expérimentés se sont demandé si cette source, qui était nouvelle, obtenait des informations fiables ou s’il s’agissait de ragots aléatoires et erronés». L’une des raisons de se méfier de cette «sous-source» était qu’elle affirmait également que le gouvernement chinois exploitait des bases militaires clandestines aux États-Unis pour propager la Covid.

Des journalistes de médias tels que le New York Times et The Bulwark effectuent le travail nécessaire, mais fastidieux, de vérification des mensonges de Trump. Mais la principale objection à ce discours a été bien formulée par le sénateur [de Virginie, vice président du groupe démocrate au Sénat] Mark Warner, qui a déclaré:

«Les “révélations fracassantes” choquantes de Trump concernant la Chine sont totalement infondées. Le fait est que nos agences de renseignement ont unanimement conclu que la Chine n’avait même pas tenté de modifier un seul vote lors de l’élection de 2020. Une seule opinion divergente suggérait que la Chine aurait pu tenter d’influencer l’opinion des électeurs… mais cela est de notoriété publique depuis 2021.»

Le député républicain non-conformiste Thomas Massie [du Kentucky] a formulé une objection similaire en des termes plus imagés, en déclarant à MS NOW:

«Je ne pense pas que le problème soit que nos élections ne soient pas sécurisées, car nous contrôlons la Chambre des représentants, le Sénat, la Maison Blanche et, dans une certaine mesure, la Cour suprême. Je demande donc à mes collègues républicains: pourquoi vous plaignez-vous de fraude électorale? Nous avons remporté toutes ces fichues élections!»

Ce discours a peu de chances de convaincre quiconque n’est pas déjà un fervent partisan du mouvement MAGA. Outre le fait que Fox News s’efforçait visiblement de garder ses distances, il n’a pas été retransmis en direct par ABC, NBC ou CNN. Kaitlin Collins, de CNN, a donné une explication parfaitement rationnelle pour justifier la non-diffusion du discours:

«Nous suivrons ce que le président dira ce soir, comme nous le faisons toujours, mais nous ne le diffuserons pas en direct, étant donné que le président a maintes fois tenu des propos manifestement faux au sujet des élections.»

Fidèle à lui-même, Trump s’en est pris à deux de ces chaînes dans son discours, menaçant de révoquer les licences d’ABC et de NBC.

Mais même si ce discours était ridicule, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne soit pas dangereux. Il a avancé ces allégations farfelues à titre de mesure préventive visant à discréditer les résultats des élections de mi-mandat. Comme le souligne le politologue Norman Ornstein, Trump dispose de moyens considérables pour subvertir le processus électoral:

«Trump tente de préparer le terrain pour s’emparer des urnes dans des États et des circonscriptions clés en s’appuyant sur de fausses allégations d’ingérence étrangère.

Méfiez-vous de Trump qui pourrait déclarer l’état d’urgence et abuser de ses pouvoirs d’urgence. Il doit invalider les résultats électoraux légitimes. N’oubliez pas qu’il dispose également, en vertu de la loi sur les télécommunications de 1934, du pouvoir de prendre le contrôle des moyens de communication électroniques.

Le déploiement de l’armée et des forces de sécurité intérieure représente clairement un danger auquel nous devons faire face dans les bureaux de vote. Les gouverneurs des États démocrates, les secrétaires d’État, les maires et les procureurs généraux doivent s’y préparer, en mobilisant la Garde nationale ainsi que les forces de police d’État et locales pour protéger l’intégrité de ces lieux.»

Le scénario de Norman Ornstein est alarmant, mais il doit être pris au sérieux. Les mensonges contenus dans le discours de Trump ont clairement été proférés dans l’intention de saper la confiance dans le système électoral. Mais en tant que président, Trump a le pouvoir de faire bien plus que simplement prononcer des discours: il peut également tenter d’utiliser son autorité présidentielle, y compris sa fonction de commandant en chef [des armées], pour intimider les électeurs et électrices. Les prochaines élections de mi-mandat constitueront, tout comme l’élection de 2020 elle-même, un test pour la démocratie américaine. (Article publié sur le site The Nation le 17 juillet 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

Jeet Heer est correspondant chargé des affaires nationales pour The Nation et animateur du podcast hebdomadaire de The Nation, The Time of Monsters.

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