Royaume-Uni. «Nous avons battu les partis des donateurs milliardaires»: discours de victoire d’Hannah Spencer

Hannah Spencer.

[Le Green Party of England and Wales a gagné une circonscription traditionnelle acquise au Labour lors d’une élection parlementaire partielle au sud de Manchester. Le Labour en deux ans a perdu la moitié de ses voix dans la circonscription de Gorton and Denton, considéré comme un fief jusqu’alors imprenable, bien que depuis un certain temps l’orientation droitière de Keir Starmer enterre le Labour qui est arrivé en troisième position derrière l’extrême droite Reform UK. Voici les principaux résultats: Green Party, Hannah Spencer, 40,7% des suffrages, gagnant 28% par rapport à 2024; Reform UK, Matt Goodwin, 28,7% des suffrages, gain de 15%; Labour, Angeliki Stogia, 25,4%, perte de 25%. La victoire de Hannah Spencer s’inscrit dans la percée du dirigeant du Green Party Zack Polanski, qui a adopté des modalités de campagne politico-électorales assez proches de celles de Zoran Mamdani à New York. Nous publions ci-dessous le discours d’Hannah Spencer dont le caractère classiste revalorise le sens radical d’une intervention sociale et politique face à l’apparente alternative représentée par Reform UK. Réd. A l’Encontre]

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Je n’ai pas grandi en rêvant de devenir politicienne. Je suis plombière. Et il y a deux semaines, pendant toute cette période, j’ai également obtenu mon diplôme de plâtrière. Car même dans le chaos, même sous pression, je fais avancer les projets. Je ne suis pas différente de toutes les personnes présentes dans cette circonscription. Je travaille dur. C’est ce que nous faisons tous et toutes.

Sauf que les choses ont beaucoup changé au cours des dernières décennies. Parce qu’avant, travailler dur rapportait quelque chose. Cela permettait d’avoir une maison. Une bonne vie. Des vacances. Cela menait quelque part.

Mais aujourd’hui, travailler dur, qu’est-ce que cela rapporte? Parce que si vous parlez à n’importe qui ici, il vous le dira. Les gens qui travaillent dur mais qui n’arrivent pas à mettre de la nourriture sur la table. Qui ne peuvent pas acheter d’uniformes scolaires à leurs enfants. Qui ne peuvent pas payer leur chauffage. Qui ne peuvent pas vivre de la pension pour laquelle ils ont travaillé dur. Qui ne peuvent même pas rêver de prendre des vacances. Jamais. Parce que la vie a changé. Au lieu de travailler pour avoir une bonne vie, nous travaillons pour remplir les poches des milliardaires. On nous saigne à blanc. Je ne pense pas qu’il soit extrême ou radical de penser que travailler dur devrait permettre d’avoir une bonne vie. Et que si vous n’êtes pas en mesure de travailler, vous devriez quand même avoir une belle vie.

Et il est clair que je ne suis pas la seule à le penser. Parce que j’ai clairement exprimé ma position et mon engagement envers les classes populaires, la classe ouvrière, la communauté dont je suis issue. Des milliers de personnes m’ont dit, sur le pas de leur porte et dans les urnes, qu’elles en avaient assez d’être déçues et méprisées. Qu’elles en avaient assez que leur travail acharné enrichisse d’autres personnes.

J’ai vécu dans cette circonscription pendant l’une des périodes les plus difficiles et les plus éprouvantes de ma vie. J’ai vu à quel point la collectivité était forte pour maintenir la cohésion. Mais j’ai vu à quel point la vie est plus difficile lorsque tout autour de vous est en ruine. Les déchets, les décharges sauvages, l’air pollué. Et lorsque j’ai déménagé, cela m’est apparu encore plus clairement. C’est pourquoi je me bats, pour la collectivité dans laquelle j’ai vécu et où je travaille encore. Parce que je refuse catégoriquement d’accepter que nous devions déménager et quitter nos collectivités pour avoir de bonnes écoles, des commerces florissants et un air pur. Je n’accepterai pas une société où avoir plus d’argent vous garantit une espérance de vie plus longue.

Et donc lorsqu’il s’est agi de me battre pour les gens d’ici, de me présenter à cette élection, comment aurais-je pu ne pas me battre? Parce qu’ici, c’est ce que nous faisons. Nous nous battons les uns pour les autres. Dans cette circonscription très diversifiée, où nos luttes ne sont pas toujours les mêmes, mais où nous savons à quel point la vie peut être difficile. Et nous restons solidaires. Quels que soient nos convictions, nos origines, notre couleur de peau ou notre niveau d’éducation. Nous nous soutenons les uns les autres.

À ceux et celles qui ont voté pour moi: je sais que c’est maintenant que je dois gagner votre confiance. Je ne tiendrai pas pour acquis un vote obtenu en une nuit, ni ne présumerai qu’il se reproduira. Je gagnerai votre confiance. Et à ceux et celles qui n’ont pas voté pour moi: je travaillerai toujours dur pour vous, je serai toujours honnête et je serai toujours intègre.

À nos communautés musulmanes, qui ont subi cette semaine une tentative d’attaque pendant le ramadan. Alors que j’étais accueilli par des femmes dans une mosquée de Longsight, quelqu’un, un peu plus loin dans la rue, est entré dans une mosquée avec une hache. Alors que nous étions réunis et que nous mangions ensemble, un acte terroriste aurait facilement pu avoir lieu. Et je ne peux pas et ne veux pas accepter cela ce soir sans dénoncer les politiciens et les personnalités qui divisent, qui font constamment de nos collectivités des boucs émissaires et les rendent responsables de tous les problèmes de la société. Mes amis et voisins musulmans sont comme moi, des êtres humains.

Et bien sûr, à nos collectivités ouvrières blanches. Le milieu dont je suis fière d’être issue. Nous savons ce que c’est que d’être méprisés. Peut-être parce que nous n’avons pas bien réussi à l’école. Parce que nous faisons des travaux manuels salissants. Parce que nous sommes exclus des endroits où nous devrions être. Aux habitants de Denton, qui se sentent laissés pour compte et isolés. Je vous comprends et je vous entends. Et je me battrai pour vous.

Car même si nos communautés sont parfois étiquetées de différentes manières, ce que tout le monde semble avoir sous-estimé ici, c’est à quel point nous sommes tous similaires. Nous avons des points communs. Nous nous entendons bien, nous nous soutenons les uns les autres. Les fissures qui commençaient à apparaître peuvent être réparées. Et je crois que c’est en offrant aux gens de l’espoir et une chance de faire les choses différemment. De faire mieux.

Et à Layla. La petite fille que j’ai eu le plaisir de rencontrer et de prendre dans mes bras cette semaine. Je t’ai promis que j’essaierais d’améliorer le monde dans lequel tu grandis. Je t’ai dit que je n’étais pas parfaite, mais que je faisais toujours de mon mieux. J’essaie toujours de faire ce qui est juste.

Nous avons montré que nous n’avons pas à accepter d’être dressés les uns contre les autres. Nous pouvons exiger mieux. Ensemble. Nous avons montré que nous n’avons pas à recourir à des moyens déloyaux pour lutter pour le changement. Nous avons mené une campagne porteuse d’espoir, soutenue par des milliers de bénévoles et de militant·e·s. Nous avons vaincu les partis des donateurs milliardaires [à la droite de Reform UK et y compris à des membres du Labour].

Il se passe quelque chose de passionnant, et je vous invite à y prendre part. Rejoignez le Parti vert afin que nous puissions répandre l’espoir et remporter aussi la victoire partout ailleurs dans le pays. Notre force grandira à mesure que nous serons de plus en plus nombreux à nous rassembler.

Et nous y sommes parvenus, côte à côte, épaule contre épaule. Comme nous l’avons toujours fait dans cette circonscription. Parce que nous sommes à Manchester. Et ici, nous faisons les choses différemment. (Publié par The Guardian, le 27 février 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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