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Syrie. Est-ce possible de «quitter Alep en sécurité»?

Publié par Alencontre le 9 - décembre - 2016

alepPar Benjamin Barthe

La bataille d’Alep approche de son dénouement. Alors que les troupes pro-gouvernementales se sont emparées de plus de 80% des quartiers rebelles, des tractations sont en cours, entre diplomates russes, américains et turcs, pour permettre l’évacuation des civils et des combattants, retranchés dans un dernier carré, dans le sud de la métropole.

Bien que leurs représentants affichent en public leur détermination à résister, les rebelles, à bout de force après trois semaines de bombardements qui ont fait des centaines de morts et conscients qu’ils n’ont plus aucun moyen de renverser la situation, sont prêts à quitter la partie orientale de la ville, qu’ils avaient conquise à l’été 2012. «Ils savent qu’Alep est perdue, explique Basel Al-Junaidy, un analyste syrien basé dans le sud de la Turquie et en contact étroit avec l’opposition armée. Ils ne le disent pas haut et fort, pour des questions d’honneur. Mais ils ont demandé à leurs dirigeants à l’extérieur de négocier leur départ.»

Les modalités de cette opération, forcément délicate, font l’objet d’intenses discussions entre John Kerry, patron de la diplomatie américaine pour encore quelques semaines, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Les deux hommes se sont entretenus à deux reprises, mercredi 7 et jeudi 8 décembre, en marge de la réunion de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à Hambourg.

«Ils sont tombés d’accord pour continuer de discuter de la mise sur pied d’un cadre pour un cessez-le-feu et plus précisément de l’acheminement de l’aide humanitaire et de la possibilité que les gens puissent quitter Alep en sécurité», a expliqué un diplomate américain.

Pour permettre l’ouverture de couloirs d’évacuation à peu près sûrs, Moscou tente d’obtenir de Damas une suspension de ses bombardements sur les quartiers Est. Annoncée par M. Lavrov, jeudi soir, depuis Hambourg, cette pause tarde à se concrétiser sur le terrain, puisque vendredi matin (le 9 décembre 2016), des sources, jointes à l’intérieur d’Alep-Est, faisaient état de la poursuite des raids aériens et des bombardements.

8500 civils évacués

Malgré tout, près de 8500 civils ont pu être évacués jeudi 8 décembre, selon l’agence russe TASS. Même si des dizaines de milliers de civils sont parvenus ces deux dernières semaines à rejoindre la partie ouest d’Alep, sous contrôle gouvernemental, à au moins deux reprises, des groupes tentant de fuir les combats ont été bombardés par l’artillerie et l’aviation syrienne.

Washington, de son côté, a pris langue avec les groupes armés d’Alep affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL), la branche modérée de l’insurrection. «Les Américains leur ont dit qu’il leur fallait évacuer la ville, qu’ils leur garantissaient des corridors de sortie, pour eux et leur famille, et qu’il n’y avait pas d’autre solution», assure Sinan Hatahet, un autre analyste syrien, en lien avec les rebelles.

Difficile de savoir quand ces tractations pourraient aboutir. Jan Egeland, chargé du volet humanitaire de la crise syrienne aux Nations unies, a affiché jeudi son pessimisme, en affirmant que Washington et Moscou ont des positions «diamétralement opposées». Les discussions pourraient buter sur le lieu de réinstallation des rebelles. Selon nos informations, les groupes armés liés à l’ASL, qui forment le gros des combattants d’Alep [1], préféreraient être transférés dans la campagne au nord de la ville, une zone où l’ASL est encore dominante. Dans les précédents cas d’évacuations, notamment celles menées dans la Ghouta, la banlieue agricole de Damas, les anti-Assad ont toujours été conduits dans la province d’Idlib, une région placée sous la coupe du front Fatah Al-Cham, une émanation d’Al-Qaida.

La poursuite des bombardements sur Alep, en dépit de l’annonce de M. Lavrov, conduit aussi à se demander si le régime syrien est véritablement disposé à laisser les rebelles sortir vivants ou du moins libres d’Alep. Dans une interview accordée jeudi au quotidien damascène Al-Watan, le président Bachar Al-Assad ironisait sur l’empressement des Américains à vouloir sauver «leurs agents, les terroristes». «Le régime a le dessus, rien ne peut arrêter l’avancée de ses troupes, faisait remarquer vendredi matin une source onusienne. Il n’est pas impossible que ce soit la guerre jusqu’au bout.»

Une crainte partagée par les casques blancs. Dans un communiqué diffusé jeudi, cette organisation de secouristes civils opérant à Alep-Est, qui figurait parmi les candidats au prix Nobel de la paix, a mis en garde contre les risques d’arrestation et d’«exécution ou de torture» de ses membres, s’ils ne sont pas évacués «dans les quarante-huit heures». (Article publié dans Le Monde daté du 10 décembre 2016, page 4; titre de la rédaction de A l’Encontre).

____

[1] Brita Haji Hassan, élu président du Conseil local d’Alep-Est en 2013, déclare dans le quotidien Le Temps du 9 décembre:

«L’essentiel des combattants sont des Syriens qui ont pris les armes contre le régime pour défendre leur ville après que leur mère, leur père ou leur sœur ont été tués. Ils n’ont rien à voir avec des terroristes.» Il conclut: «Faut-il négocier la survie des êtres humains? Nous réclamons une aide aux civils au nom de l’humanité, au-delà de tout intérêt politique des Etats. Mais le monde ne veut rien entendre. Il regarde le massacre, en silence.»

[2] Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, lors d’une conférence de presse tenue à Genève ce 9 décembre 2016, a déclaré: «Nous sommes sérieusement préoccupés par la sécurité des civils à Alep, ceux qui sont encore dans les zones contrôlées par l’opposition comme ceux qui ont fui vers les zones contrôlées par le gouvernement». Il a ajouté: «Bien qu’il soit difficile de vérifier les faits dans une situation changeante et dangereuse, nous avons entendu des allégations très inquiétantes selon lesquelles des centaines d’hommes auraient disparu après être passés dans les zones contrôlées par le gouvernement.» (Rédaction A l’Encontre)

 

Manifestation à Genève, le 2 décembre 2016

Manifestation à Genève, le 2 décembre 2016

 

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