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18
décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Salle de concert du Bataclan, Paris, 13 novembre 2015

Près de la salle de concert du Bataclan, Paris, 13 novembre 2015

Entretien avec David Thomson
conduit par Joseph Confavreux

David Thomson est journaliste à RFI (Radio France International), spécialiste du djihadisme. Il a récemment publié Les Français jihadistes, aux éditions des Arènes.

Que peut-on dire des commandos qui ont mené les attaques à Paris vendredi soir?

Il faut rester prudent, parce qu’on a pour le moment très peu d’indications sur le profil des attaquants, mais s’il s’avère qu’on est face à des commandos comprenant des étrangers, syriens ou égyptiens, c’est une première. Quoi qu’il en soit, on a vu à l’œuvre des commandos entraînés et même si, en théorie, cet entraînement a pu avoir lieu n’importe où, il est probable que cette formation ait eu lieu sur le territoire administré par l’Etat islamique (EI) entre la Syrie et l’Irak.

Cela va poser des questions sur comment ces personnes ont pu entrer en France, s’armer et se doter de ceintures explosives. Jusqu’à présent la focale était mise sur les francophones et Français capables de revenir en France, mais s’il y a des étrangers dans les commandos, les services chargés de cette surveillance, qui sont déjà dans l’incapacité de tout faire, vont être complètement débordés.

Il faut savoir qu’au sein de l’EI, les groupes chargés des opérations kamikazes ne sont pas choisis au hasard. Même s’ils sont volontaires, ils sont sélectionnés en fonction de leur détermination, de leur force psychologique, afin qu’ils ne risquent pas de flancher. Il existe à l’intérieur de l’Etat islamique des katibas de kamikazes, qui s’entraînent ensemble en vue d’un objectif, et c’est à cela que nous avons assisté hier soir à Paris, avec les ceintures d’explosifs mais aussi ces rafales de kalachnikov tirées depuis une voiture, qui constituent un mode opératoire initié en Irak et correspondant à l’iconographie de l’EI dont une des vidéos «culte» montre précisément ce genre d’opération.

La France avait déjà connu des attaques incitées par la propagande de l’EI, comme cela avait été le cas en Isère, ou lors de l’attaque ratée de Villejuif. Mais c’est la première fois que l’EI mène en France une telle opération, commanditée, avec une revendication officielle qui signifie que l’attentat a été préparé et que les cibles ont été choisies en fonction de critères précis. Le choix de viser le stade de France, «lors du match des deux pays croisés, la France et l’Allemagne» et où «l’imbécile» François Hollande était présent, comme il est marqué dans la revendication officielle, ne doit rien au hasard.

Pourquoi est-ce la France qui est aujourd’hui visée?

La France est frappée parce qu’elle est devenue la principale cible de l’Etat islamique. C’est le changement de stratégie de la France, qui a décidé en août 2014 de rejoindre la coalition internationale, qui explique le changement de stratégie de l’EI, qui est passé depuis plus d’un an à une stratégie de djihad global, comparable à ce que faisait Al-Qaïda, et non plus à une stratégie de gain territorial et militaire. En septembre 2014, pour la première fois, le porte-parole officiel de l’EI, Abou Mohammed al-Adnani, enjoint aux membres de l’EI de tuer, par tous les moyens et partout, les ressortissants des pays membres de la coalition.

Pour autant, la stratégie de djihad global faisait partie de la génétique de tous les combattants de l’EI avec lesquels je me suis entretenu depuis des années. Tous rêvaient de faire des attentats en France, même avant que la stratégie de l’EI ne passe d’un djihad régional à un djihad global. Mehdi Nemmouche revient pour commettre ses attentats en Europe avant qu’il existe une consigne en ce sens de l’EI. Il ne faut donc pas tout lier aux opérations extérieures de la France.

Au sein de la coalition anti-Etat islamique, la France est davantage menacée que d’autres pays, y compris des pays qui mènent plus de frappes comme la Grande-Bretagne, pour plusieurs raisons. Historiquement, c’est une ancienne puissance coloniale, notamment au Maghreb, or les Maghrébins sont nombreux dans les rangs de l’EI. La France est aussi le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de ressortissants au sein de l’EI. Au sein de l’EI, tous les combattants francophones combattent ensemble – Français, Belges, Maghrébins – et fournissent potentiellement beaucoup plus de volontaires que les anglophones par exemple.

Il existe aussi tout un tas de raisons symboliques qui font que la France est perçue comme l’ennemi de l’islam, avec la laïcité, la loi sur le voile. Enfin, c’est un pays plus facile à frapper que la Grande-Bretagne qui possède, avec la Manche, une barrière naturelle.

Pourquoi cibler des bars et une salle de concert?

Ces derniers mois, des combattants de l’EI en Syrie avaient diffusé l’idée de frapper des salles de concert. La raison est d’abord utilitaire, puisqu’il s’agit de tuer un maximum de gens en un minimum de temps. En outre, les salles de concert constituent pour l’EI le cœur de l’illicite, la musique, la débauche, l’idolâtrie. Mais tout peut constituer une cible aujourd’hui pour l’Etat islamique: écoles, casernes militaires, commissariats. L’idée est de semer la terreur dans le quotidien et d’appliquer ce qu’ils jugent être une loi du Talion vis-à-vis des frappes françaises en Syrie et en Irak.

51NeVvMhIPL._SX329_BO1,204,203,200_De quoi est faite en ce moment l’activité sur les réseaux des djihadistes français avec lesquels vous êtes en contact?

Dès vendredi soir, ils ont posté des photos de leur passeport français à côté de leur kalachnikov. Ils sont ravis et en extase, et beaucoup m’ont dit qu’ils pensaient que ce genre d’attentat leur faisait de la publicité et que beaucoup de gens allaient les rejoindre.

Peut-on dire que le choix de l’EI d’attaquer au cœur de Paris est peut-être aussi la conséquence d’un recul militaire et territorial au Moyen-Orient?  

Il est vrai que les attentats coïncident avec un recul militaire puisque, la veille de l’attentat, l’EI a perdu la ville de Sinjar et El-Howl, situées sur un axe stratégique. Mais cet attentat a été planifié bien avant la perte de ces deux villes. Et il me semble beaucoup trop tôt pour parler de recul militaire de l’EI. Juste après la bataille de Kobane, l’EI avait pris Palmyre.

Je constate qu’à chaque fois que l’EI fait une opération spectaculaire, on dit que c’est une réaction à une défaite sur le terrain militaire. Moi je vois surtout une montée en puissance et une cohérence. Dans le Sinaï, l’armée égyptienne n’arrive pas à faire face à l’insurrection militaire de l’EI. En Libye, l’EI administre des villes entières. Et l’armée nigériane n’arrive pas à faire reculer Boko Haram, qui est devenue la branche africaine de l’EI. Aucun pays ne sait comment éradiquer l’Etat islamique. (Publié sur Mediapart, le 14 novembre 2015)

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