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Brésil. La «via crucis» des travailleurs endettés

Publié par Alencontre le 4 - avril - 2013

AgenciaBrasil mecanico 450x338Par Waldemar Rossi

A quelque niveau de l’Etat que ce soit, le chauvinisme est une des pratiques perverses des occupants du pouvoir. Il suffit de la plus petite amélioration, même passagère, de n’importe quel indicateur économique, pour que les gouvernants et leurs laquais proclament au monde entier que, grâce aux politiques appliquées, les choses sont en train de s’améliorer. Ils essaient de se protéger des rayons du soleil avec un tamis, trompant ainsi les crédules et toutes ces personnes qui sont en train de suffoquer sous le poids de leur situation familiale. Ainsi, par exemple, quand ils parlent de croissance du taux d’emploi, ils vendent l’illusion selon laquelle le pays avance sur le bon chemin et que «tous nous serons heureux dans un futur très proche», que tous nous aurons un travail et que les familles cesseront de vivre dans l’amertume. Au milieu de cette tirade, ils stimulent les travailleurs à acheter, acheter et acheter encore. Qu’importe l’achat, par ailleurs. Et le résultat pervers de tout cela ne tarde pas à se produire.

Des données de la Banque Centrale de l’Etat fédéral du Brésil montrent que 22,44% du revenu familial est consacré au paiement de dettes et que malgré cela le défaut de paiement reste très élevé chez les travailleurs. Avec les salaires très bas en vigueur, on ne peut même pas entretenir une famille type en satisfaisant à ses besoins de base. Alors quand intervient la publicité commerciale pour encourager – de manière tout à fait déloyale – à la consommation, elle conduit les moins prudents à la consommation non réfléchie, grâce surtout aux achats à paiement échelonné [pratique qui est à l’œuvre au Brésil pour des habits, des souliers jusqu’à un téléviseur, un réfrigérateur etc.]. Ainsi, au moment où l’on s’y attend le moins, les dettes font éclater le budget familial, conduisant les chefs de famille au désespoir ou au défaut de paiement, ce que personne ne désire.

En effet, le travailleur n’est en règle générale pas un mauvais payeur. Il valorise sa dignité et fait tout pour maintenir celle-ci intacte. Il aime être une référence sensée pour ses enfants et son entourage. Avec une telle préoccupation, il prend donc des initiatives pour rechercher des revenus supplémentaires. S’il est en emploi, il propose de faire des heures supplémentaires, même sur les jours de congé ou le dimanche. Il commence alors à compromettre sa vie familiale : il part tôt de la maison, revient très tard, dort peu et ne se repose donc pas assez, vit sa routine même pendant les weekends, commence à devenir stressé, met en péril sa santé, ne suit plus l’éducation de ses enfants, ne donne pas à son conjoint l’attention qu’il lui doit, bref, sa vie familiale tout entière est touchée. Et, pire encore, si ce travailleur tombe malade, il perd son emploi.

D’autres chiffres récents complètent les informations ci-dessus, montrant l’intensité de cette vie «crucifiée» : «Presque un quart des travailleurs qui cherchent un emploi temporaire en cette fin d’année [2012] ont comme objectif celui d’avoir un revenu supplémentaire pour payer des dettes. Parmi eux, plus de la moitié (59%) ont déjà en emploi et n’ont jamais eu d’emploi temporaire auparavant», révèle la recherche faite par l’entreprise Vagas Tecnología (Estadão, 5/11/2012 – Economia, page B1). Toutes ces personnes ont donc une double journée de travail. Deux mois vécus de cette façon suffisent à provoquer fatigue et épuisement, physique et psychologique. Les conséquences négatives de cette situation ne sont pas difficiles à prédire.

Dilma et Lula: passage de témoin...

Dilma et Lula: passage de témoin…

Au début de cet article, nous avons évoqué le discours trompeur des politiciens et de leurs fidèles serviteurs, discours que nous qualifions de pervers. Pervers pour diverses raisons: parce que les emplois actuels ne sont pas garantis, puisque le licenciement du travailleur est devenu une routine du système capitaliste. Parce que le «turnover» (rotation) de la main-d’œuvre est chaque année plus criant et qu’à chaque nouvel emploi correspond une baisse de salaire. Parce que le délai entre un emploi perdu et un emploi retrouvé est toujours, dans le meilleur des cas, de quelques mois et que si le travailleur a déjà plus de 50 ans, il aura encore beaucoup plus de difficultés à trouver un travail. Que sans travail, le travailleur n’aura pas de salaire et que sans salaire, il n’aura pas de quoi subvenir aux besoins de sa famille. Résultat fréquent: inquiétudes, irritations, plaintes, mésentente au sein du couple, conflits entre parents et enfants. Combien de foyers se sont-ils déjà défaits dans des circonstances de ce type? Combien de personnes ont-elles cherché «consolation» dans la boisson ? Combien de jeunes se sont-ils initiés aux drogues? Combien de jeunes filles se sont-elles adonnées très jeunes à la prostitution?

Mais la perversité la plus grande est celle de cacher à l’ensemble de la société que le niveau de vie effectif des travailleurs et travailleuses est en train de baisser progressivement, que son pouvoir d’achat est en train de «tomber plus bas que les tabelles officielles», que, depuis des années maintenant, ses droits fondamentaux sont peu à peu rabotés, et que l’on ne lui fournit pas les données comparatives qui lui permettraient de comprendre le processus corrosif que subit son niveau de vie [son pouvoir d’achat effectif]. Cette non-information conduit le travailleur à l’adaptation, au «conformisme», à l’acceptation fataliste de sa vie misérable.

Mais selon les discours de nos politiciens, tout va bien et va aller mieux encore. Passent les années, entrent et sortent les gouvernants et les politiques publiques… mais rien ne change ni ne bouge. Tout est fait pour que le capital accumule plus de valeur encore et que les richesses produites socialement se concentrent dans les mains de moins en moins nombreuses de voleurs légalisés. La cruauté se fait plus forte parce que le peuple continue à légitimer des gouvernants illégitimes [allusion au gouvernement du PT, en l’occurrence de la présidente Dilma Rousseff] et à légitimer ce système politico-économique qui exclut et qui avance en générant une misère et une barbarie croissantes. Il est irritant de voir des gens qui devraient consacrer leur vie à la formation de la conscience critique du peuple [syndicat comme la CUT] travailler main dans la main avec le pouvoir ou fermer les yeux face à des injustices si nombreuses et fréquentes! (Traduction A l’Encontre)

Waldemar Rossi, métallurgiste à la retraite, est coordinateur de la Pastorale Ouvrière de l’Archidiocèse de São Paulo. Cet article a été publié dans Correio da Cidadania.

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