
Par Absi Smisem
[Plusieurs villes syriennes ont été le théâtre de manifestations vendredi 23 octobre pour dénoncer les incursions israéliennes dans le sud de la Syrie, notamment à Damas devant la représentation de l’ONU. La colère y est croissante face aux meurtres, aux arrestations et aux destructions de biens civils perpétrés par les Israéliens.
La mobilisation fait suite au meurtre quelques jours plus tôt d’un homme en situation de handicap, tué par les forces israéliennes lors d’une incursion dans un village proche de Deraa. Selon le correspondant d’Enab Baladi, il a été abattu à son retour à son domicile, alors qu’une patrouille militaire israélienne fouillait les maisons du village et avait déployé des tireurs embusqués sur les toits.
Pour rappel, le Réseau syrien pour les droits de l’homme a recensé, entre le 8 décembre 2024 et le 6 octobre 2026, 453 incursions terrestres israéliennes en Syrie: 69 personnes tuées et 162 cas de détentions arbitraires.
Dernièrement les incursions se sont intensifiées. Il y a eu notamment l’arrestation de 7 personnes par les forces israéliennes ce 27 octobre. Ce mois-ci un homme a été tué criblé de balles par l’armée d’occupation, tandis que 2 autres hommes ont été tués en marchant sur des mines.
Il y a quelques jours, un agriculteur s’est vu détruire ses 400 oliviers par les forces israéliennes. L’arrachage était délibéré, à l’aide d’engins mobilisés pour accompagner l’incursion militaire.
Comme tous les agriculteurs de la région il rencontrait déjà des difficultés à se rendre sur ses terres en raison des opérations d’intimidation constantes de l’occupant depuis des années: tirs, fouilles, destructions inopinées sur un rythme quasi quotidien. Face à ces situations dramatiques l’Etat syrien est incapable de réagir. – Sources: Enab Baladi]
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Les manifestations et les rassemblements massifs qui se sont déroulés vendredi 23 octobre dans plusieurs provinces syriennes — de Damas à Homs et Hama, en passant par Deraa, Quneitra, Hassaké et Raqqa — marquent un tournant notable dans la réaction de la population face à l’intensification sans précédent des agressions et des incursions israéliennes dans le sud du pays.
Cette mobilisation populaire intervient dans le contexte du drame effroyable provoqué par le meurtre d’un homme handicapé Mouaz Salama al-Baïr, après avoir été enlevé et ligoté.
Elle a permis de libérer une colère longtemps contenue, nourrie par les incursions israéliennes quotidiennes en territoire syrien et les abus systématiques de leurs opérations de contrôle et d’inspection.
La stratégie consistant à faire du rejet populaire syrien un moyen de pression politique et morale est la véritable portée de cette mobilisation. Face à la faiblesse de ses options militaires et à une marge de manœuvre diplomatique limitée dans un contexte régional et international complexe, le gouvernement syrien trouve dans ce mouvement populaire un exutoire. Il est le moyen de légitimer son refus catégorique des tentatives visant à imposer une nouvelle réalité dans le sud du pays.
La forte mobilisation devant le siège des Nations unies dans la capitale syrienne vendredi dernier apporte incontestablement au gouvernement une sorte de soutien populaire. Elle permet de montrer au monde que les attaques ne constituent pas seulement une atteinte à la souveraineté nationale, mais qu’elles touchent la société syrienne dans toute sa diversité.
Il est probable que ce mouvement de protestation prenne de l’ampleur et adopte des formes plus organisées, avec la facilitation et le soutien indirects de l’État. Cela pourrait se traduire par l’organisation de sit-in à proximité de la ligne de séparation, la mobilisation de comités populaires et locaux chargés de surveiller les violations et de protester contre celles-ci, ainsi que par le renforcement du discours médiatique et politique en appui des revendications de la rue.
Le gouvernement cherche ainsi à faire passer un message: la poursuite des incursions et des enlèvements de civils risque d’attiser les tensions dans l’ensemble de la région et de créer, pour la puissance occupante, une situation d’usure et de pression permanente difficile à supporter.
Quant à la capacité de ces manifestations à freiner les agissements israéliens, leur effet direct sur les décisions militaires prises sur le terrain peut sembler limité, Israël profitant de l’instabilité politique et sécuritaire actuelle. Leur véritable portée réside toutefois dans leur influence indirecte. En faisant entendre la voix de la population, elles incitent les instances internationales et les parties garantes des accords de désescalade à accentuer la pression diplomatique sur Tel-Aviv.
Elles empêchent également la puissance occupante d’habituer progressivement la population à ses incursions et de lui faire accepter cette situation comme une réalité ordinaire. Elles réaffirment ainsi que le sud de la Syrie demeure réfractaire à tout arrangement sécuritaire unilatéral imposé.
Il appartient désormais au gouvernement de prendre des mesures supplémentaires pour renforcer la capacité des habitants des zones frontalières à tenir bon. Cela passe notamment par une présence accrue de l’État dans les domaines civils et les services publics, afin que les habitants ne restent pas abandonnés à leur sort. Même si les circonstances ne permettent pas à leur gouvernement de les défendre militairement, il doit leur montrer qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour les soutenir et leur permettre de rester sur leurs terres.
Parmi les mesures prioritaires figurent l’indemnisation des habitants pour les dégâts causés à leurs biens et à leurs terres agricoles par les incursions quotidiennes de la puissance occupante, ainsi que le renforcement des services de santé et d’éducation.
Il s’agit également de contrecarrer les forces d’occupation qui proposent constamment leurs services aux habitants afin de donner l’impression que leur gouvernement manque à ses obligations et néglige leur région, historiquement délaissée sous l’ancien régime syrien. (Article paru dans Al-Araby Al-Jadeed en date du 25 octobre 2026; traduction de l’arabe pour A l’Encontre par Suzanne Az)

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