
Par Franco Turigliatto
Le 4 septembre dernier, Giorgia Meloni a tenu à célébrer à Bari, dans un grand déploiement médiatique et théâtral, ses quatre ans à la tête du gouvernement italien, devenu le plus durable de toute l’histoire de la République (1413 jours au pouvoir, soit un de plus que le deuxième gouvernement de Silvio Berlusconi:11 juin 2001-23 avril 2005). Ce n’était pas la fête du gouvernement, mais celle de son parti, Fratelli d’Italia (FdI), force dominante au sein de la coalition dont font également partie la Ligue de Salvini, Forza Italia et le petit parti Noi moderati. Les dirigeants de ces formations ne se sont connectés qu’à distance pour saluer «l’événement». Giorgia Meloni a vanté la stabilité du gouvernement, qu’elle qualifie de première «grande réforme», ainsi que son action qui aurait permis au pays de regagner une nouvelle crédibilité en Europe.
La nouvelle loi électorale
Afin de poursuivre «son travail» le 9 octobre 2026, Meloni a fait adopter par un parlement «blindé» – grâce au vote de confiance et malgré l’opposition des partis de centre-gauche – une nouvelle loi électorale profondément antidémocratique et anticonstitutionnelle, qui aggrave encore les multiples lois adoptées au cours des 35 dernières années pour garantir la stabilité des gouvernements de la bourgeoisie.[1]
Qu’est-ce qui a poussé FdI à imposer cette nouvelle législation alors que la précédente lui avait garanti un succès électoral considérable et une large majorité parlementaire? L’ancienne loi – appelée «Rosatellum» d’après le député Ettore Rosato du Parti Démocratique (PD) qui l’avait proposée – reposait sur l’attribution de 37% des sièges selon le système majoritaire et les autres selon le système proportionnel, mais avec des seuils d’éligibilité (quorum) élevés. La division des forces du centre-gauche, le PD et le M5S (Mouvement 5 étoiles), avait permis en 2022 à la coalition de droite de remporter pratiquement tous les sièges uninominaux et, par conséquent, d’obtenir une forte majorité parlementaire. Les prochaines élections, prévues pour l’automne 2027, mais que Giorgia Meloni souhaitera peut-être avancer au printemps, s’annoncent sous un autre scénario politique en raison de l’unité quasi certaine de toutes les forces de centre-gauche, ce qui, selon les sondages, engendre une grande incertitude quant à la coalition qui pourrait l’emporter.
Avec cette nouvelle loi, G. Meloni se fixe trois objectifs: a) remporter les prochaines élections en toute sécurité, b) affirmer pleinement l’hégémonie de FdI au sein de la coalition de la droite et de l’extrême droite, c) et consolider le processus de modification des institutions dans un sens autoritaire et présidentialiste, ce qui a toujours fait partie des projets de son parti. Cet objectif est d’ailleurs de plus en plus partagé par des secteurs importants de la classe dominante.
La nouvelle loi électorale se présente comme proportionnelle, mais elle est en réalité majoritaire: la coalition qui arrive en tête et qui obtient au moins 42% des voix bénéficie d’une prime majoritaire démesurée de 70 sièges à la Chambre (400 députés) et de 35 au Sénat (200 sénateurs) afin de garantir au moins une majorité de 55% dans les deux chambres du Parlement. [2]
Comme l’a écrit un constitutionnaliste: «L’idée de fond reste que les élections devraient servir à élire non pas le Parlement, mais le gouvernement, en le dotant d’une majorité absolue inébranlable». [3]
Il s’agit d’une loi dont les dispositions pénalisent fortement les femmes. Elle rend presque impossible le choix des candidats par le biais de l’attribution des préférences, qui occupe une place très importante dans la tradition électorale italienne. Elle confirme le seuil de 3% pour obtenir des élu·e·s. Elle augmente de manière disproportionnée le nombre de signatures nécessaires pour présenter des listes par les forces politiques qui ne font pas déjà partie du Parlement, excluant même la possibilité de la signature numérique, une mesure visant notamment à empêcher la présence de la gauche radicale.
Il est exigé que les listes ou les coalitions précisent «le nom et le prénom de la personne à désigner comme candidate au poste de président du Conseil des ministres». Il s’agit d’une disposition en contradiction flagrante avec la Constitution, qui attribue au président de la République la prérogative de nommer le Premier ministre, après avoir entendu les propositions des groupes parlementaires et vérifié quelle majorité parlementaire est possible. Il appartient ensuite aux Chambres d’accorder ou non leur confiance au gouvernement constitué. Pour surmonter cette contradiction, Giorgia Meloni a fait inscrire dans la loi «le pouvoir de nomination revenant au président de la République en vertu de l’article 92, alinéa 2, de la Constitution reste inchangé», mais la contradiction demeure! L’objectif est toutefois évident: il s’agit de créer un contexte politique propice à la transformation du régime politique vers un système instituant un pouvoir d’ «d’ hyper-premier ministre». L’objectif final de la prochaine législature est de bouleverser complètement la Constitution de 1948.
Il s’agit d’une mesure qui présente de nombreux éléments d’inconstitutionnalité, qui seront soumis à l’appréciation de la Cour constitutionnelle, mais qui est également complexe en ce qui concerne la répartition des sièges de député·e·s, de sorte qu’il n’est pas du tout certain que tout se passe bien pour G. Meloni et ses alliés. La situation pourrait se compliquer particulièrement si aucun des camps n’atteignait les 42% ou si deux vainqueurs différents se dégageaient entre la Chambre des députés et le Sénat. Dans ce cas, la répartition des sièges se ferait uniquement sur une base proportionnelle, sans prime majoritaire. C’est ce qu’espèrent certaines formations du centre politique, qui auraient ainsi davantage de marge de négociation. Il semble toutefois peu probable que ce scénario se produise.
Il convient toutefois de souligner que la décision prise en 1993 d’abroger l’ancienne loi proportionnelle, qui avait très bien fonctionné pendant plus de 40 ans, pour adopter pas moins de cinq lois successives visant à assurer la «stabilité du gouvernement», correspondait aux orientations politiques et économiques de la bourgeoisie italienne, c’est-à-dire au plein déploiement des politiques néo-libérales, au processus massif de privatisation des entreprises publiques, à la contre-réforme du système de sécurité sociale, à la suppression de l’indexation des salaires, ainsi qu’à un système de rémunération contractuel des travailleuses et travailleurs qui fait qu’aujourd’hui les salaires sont inférieurs à ceux d’il y a 30 ans [4]. Cette période correspond également à la mutation définitive de l’ancien PCI (Parti communiste italien), qui a changé de nom et abandonné ses références social-démocrates traditionnelles pour se tourner vers le social-libéralisme.[5]
Les politiques du gouvernement de droite et d’extrême droite
Le gouvernement de droite et d’extrême droite bénéficie encore d’un large soutien, en particulier au sein de la petite et moyenne bourgeoisie. Il est soutenu par des secteurs désormais majoritaires de la grande bourgeoisie et profite de la présence de vastes couches populaires démoralisées et passives («passivité» dont les causes sont multiples et qui nécessiterait une analyse en tant que telle), y compris des secteurs de la classe ouvrière qui «subissent» l’idéologie réactionnaire de la droite. Il bénéficie du soutien total de la CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori, d’inspiration sociale-chrétienne) le deuxième syndicat italien, dont le secrétaire, Luigi Sbarra, à la fin de son mandat, en février 2015, a intégré directement le gouvernement [comme sous-secrétaire chargé du Mezzogiorno, sous les ordres de Giorgia Meloni]. Le taux d’abstention est très élevé et la participation oscille désormais, selon le type d’élections, entre 50 et 60%, dont l’analyse, complexe, doit être faite du point de vue des travailleuses et travailleurs [6].
Giorgia Meloni et ses acolytes ont connu un moment de grande difficulté l’automne dernier lors des manifestations contre la politique génocidaire en Palestine et en solidarité avec le peuple palestinien; celles-ci ont été menées par les jeunes, mais elles ont également mobilisé de larges secteurs de la classe laborieuse. Le rôle non seulement des gouvernements européens, mais aussi du gouvernement italien dans le soutien à l’action meurtrière et de nettoyage ethnique du gouvernement sioniste était évident aux yeux de la population. Dès lors la mobilisation s’est également exprimée directement contre le gouvernement Meloni.
Cette dynamique sociale positive s’est également répercutée sur le plan politique au printemps (22-23 mars 2026), lors du référendum sur la réforme de la magistrature (une réforme institutionnelle voulue par la droite pour asservir totalement cet organe au gouvernement). Au cours des mois précédant le scrutin, la victoire du gouvernement était considérée comme acquise, mais elle s’est finalement transformée en défaite grâce à la participation électorale de vastes secteurs de la jeunesse. [Voir: Italie-dossier référendum. «Le vote populaire rejette le projet séditieux de la droite»]. L’absence de mobilisation sociale au cours des mois suivants a toutefois permis à la coalition de droite de reprendre l’initiative politique.
Ce gouvernement aux âmes noires, expression de «La continuité du mal» – comme la définit l’historien de l’art Tommaso Montanari [7] – qui a toujours traversé notre pays, a retrouvé vigueur et initiative, adoptant un décret-loi après l’autre sur les deux terrains qu’elle juge les plus propices pour obtenir consensus et soutien: l’ordre public et la répression contre les mouvements sociaux et les jeunes qui se révoltent contre l’hypocrisie, le mensonge et la violence du pouvoir d’une part, et d’autre part, les campagnes racistes contre les migrant·e·s. Le dernier acte en date a été le honteux décret «d’urgence», sollicité par la Ligue de Salvini, qui fixe un plafond pour le nombre d’élèves étrangers non italophones dans les classes d’école, une mesure clairement islamophobe et qui s’en prend une fois de plus aux jeunes et aux enfants eux-mêmes.

Cette campagne réactionnaire des forces au pouvoir s’est encore renforcée lorsqu’à l’extrême droite, un ancien général des parachutistes, Roberto Vannacci (député européen) par ailleurs pro-russe, qui a servi en Irak et en Afghanistan, élu initialement dans les rangs de la Ligue de Salvini, s’est mis à son compte en fondant son propre parti, Futuro Nazionale, avec lequel il déploie sans restriction une propagande fasciste, raciste, nationaliste, homophobe, patriarcale et islamophobe. Il a recueilli un large soutien (on lui attribue environ 7% des intentions de vote, soit le même niveau que Forza Italia), en prenant des voix tant à la Ligue qu’à FdI. D’où la course vers la droite de Meloni et Salvini pour ne pas perdre de soutien. Au fond, Roberto Vannacci dit ouvertement ce que beaucoup, au sein des deux autres partis, ne peuvent pas exprimer pleinement pour des raisons d’opportunité et de fonction. Roberto Vannacci constitue un obstacle certain pour Meloni: sans l’intégrer lui aussi dans l’alliance de la droite, le résultat électoral deviendrait encore plus incertain [8].
Ces dernières années, Giorgia Meloni a pleinement mis en œuvre les politiques néo-libérales de l’UE, tout en sachant, selon les circonstances, manœuvrer tactiquement dans la conduite de ses relations tant avec les États-Unis de Trump qu’avec les élites européennes et la Commission européenne. C’est de là que découle sa crédibilité auprès de larges secteurs de la bourgeoisie italienne, confirmée ces derniers jours par sa participation à l’assemblée de la Confindustria lombarde à Milan: «Un climat de forte entente avec les dirigeants industriels», ont commenté les journaux. [Voir à ce propos l’article de Fabrizio Burattini sur le site alencontre.org en date du 6 juillet 2026.]
En effet, ces dernières années, le gouvernement a favorisé la liberté totale des entreprises et des capitaux, garantissant une grande flexibilité et l’exploitation de la main-d’œuvre; il a protégé de vastes secteurs de la petite et moyenne bourgeoisie commerciale, entre autres celui du secteur touristique, mais aussi les entreprises manufacturières et les professions libérales, cela grâce à des amnisties fiscales et à d’autres mesures économiques ad hoc, laissant ainsi une large place à l’évasion fiscale.
En ce qui concerne la situation des travailleurs et travailleuses, elle est restée marquée par la précarité, par l’existence de vastes secteurs de travail au noir, par de faibles salaires et par le refus d’instaurer un salaire minimum adéquat prévu par la loi, mais surtout par une organisation administrative de «l’immigration économique» qui aboutit à une «fabrique volontaire de sans-papiers» qui les contraint à subir une hyper-précarité, entre autres dans le secteur agricole, qui les soumet à une surexploitation terrifiante, victimes qu’ils sont de contrôles mafieux et chantages, dénués qu’ils sont de tous les droits les plus élémentaires. Voir à ce propos l’étude d’Anna Frisone: «L’exploitation des migrants saisonniers: politiques xénophobes et réseaux criminels», Chronique internationale de l’IRES, n° 188, décembre 2025.
La manière dont le gouvernement de Giorgia Meloni a tenté d’apporter sa réponse aux salarié·e·s a consisté à défiscaliser certains éléments du salaire, ce qui a entraîné des augmentations très modestes, immédiatement grignotées par l’inflation. Quant aux allègements fiscaux ils pèsent sur les recettes publiques ce qui s’exprime par une réduction des dépenses sociales, avec leurs répercussions pour la majorité laborieuse. De fait, ce sont des mesures qui profitent davantage aux entrepreneurs qu’aux salarié·e·s. Le gouvernement a également durci certaines normes relatives à la sécurité au travail, en limitant les responsabilités des sociétés mères dans les activités sous-traitées à des petites entreprises. En Italie, trois personnes en moyenne meurent chaque jour au travail: un massacre quotidien insupportable. Il touche des ouvriers âgés du bâtiment italiens qui remontent sur les échafaudages et tombent, ainsi que de plus en plus de migrants, parfois même retrouvés morts sur leur lieu de travail puis jetés dans la rue par leurs patrons ou les mafieux à leur service. On peut lire l’analyse approfondie d’Anna Frisone sur le gouvernement Meloni et le monde du travail dans la Chronique internationale de l’IRES de septembre 2026: «L’extrême-droite au pouvoir: quels impacts pour le monde du travail».
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Ces derniers jours, le gouvernement a fait adopter une mesure modifiant les structures institutionnelles du pays: il a signé avec quatre régions du Nord ce qu’on appelle l’«autonomie différenciée», une mesure qui transfère à ces régions des prérogatives législatives sur des questions sociales et économiques d’une importance capitale qui devraient pourtant relever d’une législation nationale unique. C’est une mesure qui divise le pays, favorise les régions les plus riches et pénalise en particulier les régions du Sud. Le Parlement devra encore se prononcer sur cette mesure, mais l’issue ne fait aucun doute.
Dès son premier jour au pouvoir, l’exécutif de Meloni a désigné les jeunes, leurs luttes et leurs modes de vie comme l’ennemi à combattre par une série ininterrompue de mesures répressives. Nous en sommes désormais à six décrets d’urgence: des mesures qui multiplient les types d’infractions, alourdissent les sanctions administratives, dont beaucoup sont désormais soumises à des sanctions pénales: notamment pour les piquets de grève, les barrages routiers et, a fortiori, pour les occupations d’écoles ou d’usines. Or, il existait déjà toute une série de dispositions réglementant ces «événements». Aujourd’hui, les pouvoirs ont réussi à réintroduire également la garde à vue préventive, cette norme fasciste renvoyant aux tragiques vingt années du régime de Mussolini.
Ainsi, ces derniers jours ont vu s’ouvrir les premiers procès engagés sur la base de ces nouvelles normes, impliquant, en Toscane, plusieurs dizaines de travailleurs et de syndicalistes, ayant participé à des grèves et à des manifestations, l’automne dernier, contre le génocide en Palestine. Et l’exécutif s’apprête à faire adopter une loi qui, sous prétexte de lutter contre l’antisémitisme, non seulement criminalise toute critique à l’égard du gouvernement israélien, mais porte atteinte plus généralement à la liberté d’expression.
C’est dans ce contexte déjà très dégradé que s’inscrit la course au réarmement décidée par les bourgeoisies européennes dans le but de sortir de la crise du capitalisme européen. Le choix du réarmement était déjà en filigrane depuis quelques années, mais l’agression de l’impérialisme russe contre l’Ukraine a permis de le développer pleinement et avec un certain crédit.
C’est une opération qui nécessite de nombreuses mystifications et une idéologie aussi triviale qu’à prétention universelle, recourant à ce type d’aphorisme : «Si tu veux la paix, prépare la guerre», comme si l’histoire séculaire du continent ne montrait pas que c’est là le chemin le plus court vers des conflits atroces. D’autant plus que la fabrication de missiles coûtera très cher, et que ce coût devra peser sur les épaules des classes populaires. Dès lors, il s’agit de détourner la prise de conscience et la colère de ces dernières vers d’autres cibles: le nationalisme et le racisme sont des armes aisées à manier, et quoi de mieux qu’une idéologie raciste éculée contre les migrants, contre les «envahisseurs» qui menacent notre «civilisation blanche», patriarcale, chrétienne et sécuritaire. Le gouvernement italien est donc tout à fait disposé à mener cette offensive politique et idéologique et a déjà mis en place, depuis un certain temps, une campagne spécifique dans les écoles. D’une part, il poursuit le processus de privatisation des établissements scolaires engagé par les gouvernements précédents; d’autre part, il met en œuvre un processus de restauration idéologique, tente de restreindre la liberté d’enseignement et s’efforce de réécrire l’histoire elle-même. On assiste à une présence de plus en plus massive de dirigeants d’entreprise dans les écoles, mais aussi de représentants de l’armée et de la police. Là encore, on ne peut s’empêcher de rappeler la devise fasciste «Livre et mousquet, fasciste parfait» [« Libro e moschetto, fascista perfetto » l’un des slogans les plus célèbres pour définir l’idéal de la jeunesse sous le régime fasciste] comme fondement de l’éducation des jeunes, dans le but de les convaincre de se mettre volontiers au service de l’armée et de mourir dans les guerres (celles qui se profilent) pour la patrie.
Dans les années à venir, il sera très difficile pour Giorgia Meloni, mais aussi pour d’autres futurs gouvernements, de faire face aux exigences de Trump, de l’OTAN et de l’UE visant à garantir l’augmentation effrénée des dépenses militaires à hauteur de 5% du PIB. Pour l’Italie, cela signifie qu’il faudra dépenser chaque année 10 milliards de plus que l’année précédente pour atteindre, dans dix ans, en 2035, le chiffre extravagant de 145 milliards d’euros par an! Aujourd’hui, nous en sommes à 45 milliards. Il ne fait aucun doute que les classes dominantes comptent puiser dans les salaires, les retraites, les dépenses sociales et la santé afin de dégager les ressources nécessaires pour y faire face: un retour à un sombre passé. (Article reçu le 19 octobre 2026; traduction-édition par la rédaction d’A l’Encontre. La 2e partie sera publiée le 21 octobre)
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[1] La Constitution de 1948, expression de la victoire de la Résistance contre les nazis-fascistes, a donné naissance à une République parlementaire dotée d’un bicaméralisme parfait: la Chambre des députés et le Sénat, composés à l’origine de 630 députés et 300 sénateurs, disposent de pouvoirs égaux, de sorte que les lois doivent être approuvées, après débat, par les deux chambres. En séance conjointe, les deux branches du Parlement élisent le président de la République. Une modification constitutionnelle de 2020 a réduit à 400 le nombre de membres de la Chambre des députés et à 200 celui du Sénat. Au fil des ans, dès les gouvernements de centre-gauche, mais encore davantage sous les gouvernements de droite, et sous des formes extrêmes, la tendance a été à une prédominance de plus en plus forte du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif. Désormais, presque toutes les lois émanent du gouvernement et non des parlementaires. Et les propositions de loi sont pour la plupart débattues dans une seule chambre, la seconde se contentant de les confirmer, presque sans débat. Pire, de nombreux projets de loi du gouvernement voient le jour sous forme de décrets-lois qui entrent immédiatement en vigueur, et les Chambres sont appelées à les ratifier dans un délai de 60 jours. Pour l’instant du moins, si le Parlement ne les vote pas, les décrets-lois deviennent caducs. Demain, qui sait?
[2] Un résumé, assez détaillé, de la nouvelle loi électorale est présenté par le constitutionnaliste Francesco Pallante, sur le site «Volere la Luna».
[3] Les arrêts de 2014 et 2017 de la Cour constitutionnelle n’excluent pas la possibilité de primes majoritaires, même s’ils précisent ensuite que «dans un régime parlementaire, tout système électoral, s’il doit certes favoriser la formation d’un gouvernement stable, ne peut qu’être avant tout destiné à garantir la valeur constitutionnelle de la représentativité du Parlement».
[4] L’ancienne loi proportionnelle garantissait une forte représentation tant politique que territoriale des partis. Même les forces politiques secondaires étaient prises en compte: il suffisait d’obtenir 1,5% des voix dans l’une des deux principales circonscriptions, Rome ou Milan, pour pouvoir participer au décompte national des voix obtenues et à la répartition des sièges qui en découlait. Ainsi Démocratie prolétarienne (Democrazia Proletaria), tel était le nom de la coalition de la gauche révolutionnaire, réussit ainsi à entrer au Parlement en 1976 avec six élus; après l’échec de 1979 (la coalition formée n’a obtenu que 0,8% des suffrages), elle remporta sept députés en 1983 et huit députés en 1987, ainsi qu’un sénateur, pour la première fois. En 1991, Democrazia Proletaria, a fusionné avec le Parti de la refondation communiste (Partito della Rifondazione Comunista, PRC).
[5] Le 3 février 1991, le PCI a décidé de sa dissolution tout en promouvant la constitution du Parti démocratique de la gauche (PDS). En 1998, le PDS a fusionné avec quelques petites formations de gauche et a changé de nom pour devenir les Démocrates de Gauche (DS). Enfin, en octobre 2007, les DS ont fusionné avec la Margherita (des héritiers de l’ancienne Démocratie chrétienne, qui fut pendant des décennies le principal parti de la bourgeoisie italienne) pour fonder le Parti démocratique (PD). Les courants politiques du PCI qui, en 1991, avaient refusé la dissolution du parti et le changement de nom ont, d’abord, constitué le Movimento per la Rifondazione Comunista, puis, dans la foulée, à la suite d’une fusion avec d’autres formations communistes et de gauche, ont fondé le Parti de la refondation communiste (PRC).
[6] Anna Frisone écrit à ce propos: «Cette dynamique s’explique par un sentiment profond d’abandon. La gauche est perçue comme une force gérant les intérêts des centres urbains et des classes éduquées, tandis que Giorgia Meloni occupe l’espace symbolique de la «défense des petits». En utilisant une rhétorique anti-élites, elle parvient à faire oublier que ses réformes favorisent principalement le patronat (voir infra). L’abstention n’est donc pas seulement un manque d’intérêt, mais une forme de protestation silencieuse face à un système qui semble incapable d’enrayer la dégradation du niveau de vie. Pour la Confederazione Generale Italiana del Lavoro (CGIL, Confédération générale italienne du travail), cette situation impose une réflexion urgente sur la capacité des organisations syndicales à recréer un lien entre citoyenneté et travail.» (Chronique internationale de l’IRES, septembre 2026, p. 40)
[7] https://www.feltrinellieditore.it/opera/la-continuita-del-male/ Pourquoi la droite italienne est-elle encore fasciste?
[8] Les sondages sont incertains et évoluent chaque jour. Nous en citons un (datant du 10 octobre) pour donner une idée des rapports de force. FdI est crédité de 27,8% (il dépassait même les 30% par le passé), le PD de 21,1%, le M5S de 12,7%, Forza Italia de 7,4%, Futuro Nazionale de 7,4%, l’Alliance Verts-Gauche de 6,2%, Azione de 2,8%, Italia Viva (Renzi) de 2,5%, Più Europa 1,6%. Mais, selon le supermedia Youtrend/Agi du 15 octobre 2026 il aurait recueilli 7,2%, à cette date, Forza Italia 7,4%, FdL 27,2% et la Lega 6% (Il Fatto Quotidiano, 18 octobre 2026).
En ce qui concerne la dite gauche radicale, Rifondazione a proposé au centre-gauche un «Front constitutionnel», c’est-à-dire une forme de convergence assortie d’un accord électoral technique, sans que le parti n’adhère au «Fronte Largo». Près de la moitié du parti s’y oppose toutefois. «Potere al Popolo» avait exprimé son intention de se présenter de manière indépendante. La nouvelle loi électorale, qui impose un nombre élevé de signatures à recueillir, rend cet objectif difficile à atteindre.

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