
Editorial Esquerda Online
Le peuple brésilien, sous l’impulsion de la jeunesse qui est descendue dans la rue dès le lendemain du premier tour, a démontré qu’il était possible de vaincre le néofascisme lors de ces élections. En réaction au résultat amer du 4 octobre, conséquence d’une sous-estimation de la puissance de feu du bolsonarisme, des millions de personnes se sont mobilisées dans la rue et sur les réseaux sociaux pour empêcher le retour du néofascisme au pouvoir central et la recolonisation impérialiste par les États-Unis (voir l’article publié sur ce site le 14 octobre 2026).
Il est impossible de prédire le résultat de dimanche prochain, 25 octobre. Mais l’entrée en scène du mouvement de masse – s’organisant à partir de groupes de parents et de lieux de vie jusqu’aux lieux de travail et d’études, participant à des manifestations dans les grandes et petites villes et se battant pour chaque voix à sa portée – a rendu possible un renversement de situation qui semblait auparavant hautement improbable. L’ampleur de ce mouvement, qui mobilise des millions de personnes, et la clarté de ses objectifs politiques suggèrent que le pays vit aujourd’hui le plus grand soulèvement de mobilisations de gauche depuis le mouvement «Fora Collor» [mobilisation pour la destitution et la démission du Fernando Collors de Melo, président entré en fonction en mars 1990; elle a abouti en décembre 1992]. Toute personne qui défend la souveraineté nationale et la démocratie a le devoir de participer et de renforcer cet essor en cours, avec toute son énergie, son engagement et son dévouement, jusqu’à la fermeture des urnes le 25 octobre. La victoire est possible, et rien n’est plus important que de se battre pour qu’elle se concrétise.
Le mouvement de masse a imposé une voie
Jusqu’aux 15 derniers jours du premier tour, une ligne tiède de la campagne, sous-estimant le bolsonarisme, avait prévalu. Mais cette orientation a commencé à s’inverser lorsque Lula est passé à l’offensive en interdisant les paris [qui conduisent à un endettement privé massif]. Sous la pression des résultats, la campagne de Lula s’est réorientée après le premier tour. D’une part, le rajeunissement de la communication de campagne – soutenue par la nouvelle génération de parlementaires élus – et la centralisation de la mobilisation numérique via WhatsApp, ont marqué un tournant décisif dans l’action sur les réseaux sociaux avec l’«Armée de Lula» [lancé par le député André Janones, du Minais Gerais, membre du parti Rede Sustentabilidade, allié du PSOL). D’autre part, l’ampleur des mobilisations de rue, les plus importantes de l’histoire dans plusieurs villes, a ouvert le chemin à Lula pour faire concrétiser une série de mesures d’intérêt populaire, telles que l’annulation de la dette des MEI [pour un montant de 2,5 milliards de dollars des micro-entrepreneurs], le «Pé-de-Meia» universitaire [aide financière du gouvernement fédéral pour étudiant·e·s. adoptée par le gouvernement fédéral] et la «Tarifa Zero» le week-end [gratuité des transports publics urbains le samedi et le dimanche, mesure adoptée par quelque 140 villes].
Le point fort, bien sûr, est la fin du système de 6×1 [la fin du système 6×1 implique la mise en place de deux jours de repos rémunérés par semaine au lieu d’un seul actuellement et réduit la limite de la semaine de travail de 44 à 40 heures]. Après des mois de blocage au Sénat, et face à l’opposition acharnée des partisans de Bolsonaro, cette victoire historique de la classe laborieuse brésilienne est devenue réalité grâce à la pression exercée par la montée en puissance de la mobilisation ces dernières semaines. Les conditions du combat se sont améliorées. En combinant la rue et les réseaux sociaux, il est possible de gagner.
La contre-offensive bolsonariste
Le bolsonarisme a répondu au soulèvement populaire en donnant un avant-goût de ce que pourrait être son gouvernement s’il l’emportait: en s’appuyant sur ses alliés au sein du pouvoir judiciaire pour promouvoir la censure et la persécution des organisations syndicales et étudiantes, ainsi que des attaques contre le droit d’association et les libertés démocratiques. L’ingérence des États-Unis et de Trump dans le processus électoral est également de plus en plus évidente, la plateforme Meta agissant de manière explicite en faveur du candidat bolsonariste [1]. Flavio Bolsonaro est le candidat du fascisme et de la soumission à l’empire. Ses alliés sont puissants et ne doivent en aucun cas être sous-estimés.
Mais il faut noter que la riposte bolsonariste est aussi une reconnaissance de l’impact de la mobilisation populaire. Désormais, ils s’attachent à mesurer leurs forces dans la rue, et disposent d’un poids social leur permettant de se battre également sur ce terrain. Nous devons rester vigilants face aux mouvements d’extrême-droite: ils préparent une contre-offensive sur tous les fronts pour la dernière semaine. Nous devons être prêts à y répondre par une offensive encore plus décidée. Les événements des sept prochains jours auront des répercussions pendant des années dans l’histoire du Brésil et du monde.
Dernière ligne droite
Il n’est pas exagéré d’affirmer que les élections brésiliennes détermineront le destin de toute l’Amérique du Sud pour les années à venir. Nous sommes confrontés à la plus grande puissance militaire de la planète et à son projet de soumission et de guerre contre les peuples du monde. Le peuple brésilien s’est soulevé et résiste à l’offensive de l’impérialisme et du néofascisme. La mobilisation et l’engagement massifs de ces dernières semaines constituent la seule voie vers la victoire et, même si nous ne pouvons pas prédire l’issue, les conditions d’une victoire d’une ampleur sans précédent sont en train de se mettre en place. Quel que soit le résultat, la mobilisation de forces d’une telle ampleur ne s’évanouira pas dimanche 25 octobre.
Ainsi, toutes les forces populaires et tous les secteurs démocratiques ont devant eux une seule tâche pour les jours à venir: œuvrer sans relâche pour la victoire, rendue possible par la force du peuple dans la rue et sur les réseaux sociaux. Rien n’est plus important que de soutenir et de développer, de toutes nos forces et sur tous les fronts, la dynamique en cours.
Dans les jours qui restent, chaque vote déjà rallié doit être rappelé et consolidé. Chaque covoiturage pour dimanche doit être organisé. Chaque conversation en suspens avec les indécis ou ceux qui se sont abstenus doit avoir lieu. Plus important encore: chaque mobilisation unitaire, qu’elle soit numérique ou de rue, doit être renforcée. Chaque démonstration de force a le pouvoir d’entraîner des foules dans son sillage.
Le moment est décisif et exige de la vigilance, de l’unité et, surtout, de l’action contre les ennemis des peuples. La participation active des masses au processus électoral est la meilleure arme contre le néofascisme. Tout est possible lorsque le mouvement de masse prend son destin en main. Nous lutterons sans réserve pour la victoire du peuple brésilien. (Editorial du site Esquerda Online du courant Resistencia du PSOL, le 19 octobre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
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[1] Selon le quotidien Le Monde du 19 octobre «La justice électorale a donné vingt-quatre heures à Meta pour prouver que la plateforme réserve un traitement égalitaire sur ses réseaux aux campagnes du président sortant, Luiz Inacio Lula da Silva, et de son adversaire d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Dans le cas contraire, Meta, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp, devra payer une amende d’un million de reales (environ 176 000 euros) par jour, selon un document du tribunal consulté par l’Agence France-Presse (AFP).» (Réd.)

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