Iran. A l’occasion du quatrième anniversaire de l’assassinat de Jina (Mahsa) Amini et du soulèvement populaire de 2022 (1)

Mahsa Jîna Amini est décédée le 16 septembre 2022 à Téhéran.

Par Houshang Sepehr

Quatre ans se sont écoulés depuis l’assassinat de Jina Mahsa Amini par les autorités iranien.nes, un crime qui a attisé la colère longtemps contenue de millions de personnes et déclenché l’un des soulèvements les plus vastes et les plus radicaux de l’histoire contemporaine de l’Iran.

Jina, une jeune femme arrêtée au seul motif de lois réactionnaires imposant le port du voile, a perdu la vie alors qu’elle se trouvait aux mains de la police des mœurs de la République islamique. Mais le pouvoir n’est pas parvenu à ensevelir ce crime en silence. La diffusion des informations et des images bouleversantes de Jina a provoqué, dès le soir même, les premières manifestations devant l’hôpital Kasra de Téhéran.

Puis, lors de funérailles historiques, le cri «Femme, Vie, Liberté» s’est élevé du Kurdistan. Porté par la colère et la révolte, il s’est rapidement propagé à travers tout le pays, donnant naissance à l’un des plus vastes soulèvements populaires de l’histoire contemporaine de l’Iran.

La mort de Jina n’a pas été un simple fait divers: elle a révélé au grand jour la violence d’un système fondé sur l’oppression des femmes, la répression politique et la négation des libertés fondamentales. Son assassinat est devenu le catalyseur d’une révolte profonde, dans laquelle les femmes et la jeunesse ont pris la tête de la contestation et où s’est exprimée une colère sociale accumulée depuis des décennies.

L’assassinat de Jina a été l’étincelle, mais les conditions qui ont rendu ce soulèvement possible s’étaient formées au cours de plusieurs décennies. La pauvreté et les inégalités, l’exploitation féroce de la force de travail, les discriminations de genre, la répression politique, l’oppression des minorités nationales, les emprisonnements et les exécutions capitales avaient accumulé dans la société une colère profonde.

Le soulèvement de septembre 2022 a été l’explosion de cette colère longtemps contenue: celle d’une société qui ne voulait plus subir l’ordre établi. Il a une nouvelle fois placé la question de la révolution et celle du sujet révolutionnaire au cœur des rapports de force politiques en Iran. Il a également contraint les courants qui, pendant des années, avaient mené campagne contre l’idée même de révolution à se confronter à la volonté et à l’aspiration révolutionnaires de la société.

L’un des acquis majeurs du soulèvement de Jina a été de placer la liberté et l’émancipation des femmes au cœur de la lutte politique et sociale. En rejetant le voile obligatoire, en investissant courageusement les rues et en défiant les lois et les valeurs misogynes, les femmes et les jeunes filles se sont dressées non seulement contre une obligation vestimentaire, mais contre un système qui fait de leur subordination un élément constitutif de son ordre juridique, politique et culturel.

Le soulèvement a montré que la libération des femmes est indissociable de celle de toute la société. Quatre ans après l’assassinat de Jina, malgré les lois misogynes, les menaces, les arrestations et la répression sécuritaire, la République islamique n’est pas parvenue à faire reculer cette résistance. La société iranienne ne peut plus revenir à la situation d’avant septembre 2022: des millions de femmes et d’hommes ont, dans les faits, rejeté la légitimité des lois et des valeurs imposées par le pouvoir.

«Femme, Vie, Liberté» demeure ainsi une exigence vivante de liberté, d’égalité et d’émancipation.

Le soulèvement de Jina est né au Kurdistan iranien, mais il ne s’y est pas limité. De Saqqez, Sanandaj, Mahabad et Bukan, à Téhéran, Rasht, Chiraz, Ispahan, Machhad, Zahedan et des dizaines d’autres villes, la population est descendue dans la rue.

La République islamique a toujours cherché à isoler les luttes du Kurdistan et des autres régions opprimées en les présentant fallacieusement comme des expressions du «séparatisme», afin de justifier leur répression. Mais la solidarité qui s’est exprimée à travers tout le pays — notamment les voix venues du Sistan-et-Baloutchistan en soutien au Kurdistan — ainsi que la convergence des mobilisations des travailleurs et travailleuses, des femmes, des étudiant.e.s, des enseignant.e.s et des retraité.e.s ont fait échec à cette politique de division.

Le soulèvement de Jina a ainsi montré que la lutte contre l’oppression nationale, les discriminations de genre, la pauvreté, l’exploitation et l’autoritarisme politique converge en une même lutte pour l’émancipation de toute la société.

Face au soulèvement populaire, la République islamique a répondu par une répression sanglante: massacres, arrestations, torture, exécutions et déploiement massif de l’appareil sécuritaire. Des centaines de personnes ont été tuées et des milliers arrêté.e.s. Mais le reflux de la mobilisation dans la rue n’a nullement signifié la fin de la lutte.

La résistance des femmes, les luttes ouvrières persistantes, la mobilisation des retraité.e.s et des enseignant.e.s, ainsi que la détermination des familles en quête de justice montrent que les ressorts sociaux et politiques de la contestation restent profondément ancrés. La pauvreté et les inégalités se sont aggravées, la précarité et l’insécurité de l’emploi se sont étendues à des millions de travailleurs et de travailleuses, tandis que la répression et les exécutions sont devenues des instruments ordinaires du pouvoir pour préserver sa domination.

La lutte contre l’oppression des femmes ne peut se limiter à l’abolition du voile obligatoire. Elle doit s’attaquer à l’ensemble du système de domination patriarcale: abrogation de toutes les lois discriminatoires, égalité pleine et entière entre les femmes et les hommes dans tous les domaines, indépendance économique des femmes et rupture avec la culture patriarcale.

L’émancipation des femmes est inséparable de la lutte contre la pauvreté, l’exploitation et la domination de classe. Il ne peut y avoir de véritable liberté tant que subsistent les rapports d’exploitation et de domination. La libération des femmes participe ainsi pleinement au combat pour l’émancipation de l’ensemble de la société.

L’expérience des dernières années, et tout particulièrement celle du soulèvement de 2022, a démontré que le peuple iranien ne peut attendre sa liberté ni des puissances étrangères ni des forces réactionnaires. L’opposition de droite, avec ses mises en scène médiatiques et ses tractations diplomatiques, n’est pas parvenue à récupérer la dynamique de la contestation populaire et a essuyé un échec retentissant.

Tout en luttant pour le renversement de la République islamique, la majorité des peuples iraniens rejettent fermement toute tentative de fabriquer une alternative politique par le haut, de restaurer une quelconque forme d’autoritarisme ou de laisser aux puissances étrangères le soin de décider de l’avenir du peuple iranien. L’émancipation du peuple iranien ne peut être conquise que par sa propre mobilisation, son organisation et sa lutte collective.

La liberté ne se reçoit ni d’en haut ni de l’extérieur: elle se conquiert par la lutte consciente, organisée et indépendante du peuple lui-même. L’une des leçons fondamentales du soulèvement de Jina est que le courage et la mobilisation, aussi puissants soient-ils, ne peuvent transformer durablement la société sans organisation collective.

La véritable force de la société se construit lorsque les travailleurs et travailleuses, les femmes, les étudiant.e.s, les enseignants et les retraité.e.s créent et renforcent leurs propres organisations indépendantes et leurs structures de type conseil, sur les lieux de travail et dans les quartiers.

Ces organisations de masse ne sont pas seulement des instruments de lutte contre la République islamique: elles constituent aussi les bases du pouvoir populaire et de l’intervention directe des travailleurs/euses et de la population dans la gestion de la société à venir.

Le quatrième anniversaire de l’assassinat de Jina n’est pas seulement celui de la commémoration d’un crime: il est celui d’une lutte toujours vivante. Nous rendons hommage à la mémoire de Jina Amini et de toutes celles et ceux qui ont perdu la vie lors du soulèvement révolutionnaire de septembre 2022.

Transformons la mémoire de celles et ceux qui sont tombés en une force pour poursuivre le combat pour la liberté, l’égalité, la justice sociale et l’émancipation.

Il ne peut y avoir de société libre sans la liberté des femmes, ni de véritable liberté politique sans égalité sociale. L’émancipation de toute la société ne pourra être conquise que par la mobilisation consciente, organisée et indépendante des peuples eux-mêmes.

Honneur à la mémoire de Jina Amini et de toutes celles et ceux qui ont perdu la vie lors du soulèvement révolutionnaire de septembre 2022. (Publié par L’Echo d’Iran n°33, septembre 2026)

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Une situation de crise aiguë (2)

Le 31 août 2026 dans la ville de Gatchsaran, plusieurs jeunes demandeurs/euses d’emploi se sont rassemblé.es pour dénoncer la discrimination dans les pratiques d’embauche de la raffinerie de Lishter. Les forces de sécurité ont ouvert le feu pour les disperser, faisant au moins un blessé.

Par Babak Kia

Dans l’incapacité de remporter la guerre, Trump s’enlise. La République islamique d’Iran répond coup pour coup aux bombardements américains. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis et des élections législatives en Israël, Trump et Netanyahou ne peuvent reculer. Cela fait craindre une fuite en avant et une intensification de la guerre dans les semaines à venir.

La fermeture du détroit d’Ormuz, le blocus maritime et les sanctions imposées par les États-Unis, l’inflation galopante, la pauvreté et l’aggravation de la crise économique, ont conduit la société iranienne au bord de l’explosion sociale. La détérioration des conditions de vie s’accompagne de la militarisation du régime, de l’augmentation des exécutions et du renforcement de la répression.

Le pouvoir renforce son dispositif sécuritaire.

En témoigne le projet présenté au Parlement le 16 août, consacré à «l’infiltration des services de renseignement étrangers et d’officines». Trois jours plus tard, neuf hauts responsables du pouvoir judiciaire, des dirigeants de l’Organisation des prisons et de l’Inspection générale du pays, d’organes sécuritaires, des Gardiens de la révolution ou du Bassidj, ont été destitués et remplacés.

Cette prétendue «réforme» est avant tout destinée à renforcer la capacité répressive du régime face aux soulèvements à venir.

Le Guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a remplacé le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) de l’Iran par un ancien haut commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ce changement soudain à la tête du Conseil place Mohsen Rezaee au cœur du processus décisionnel en matière de sécurité nationale.

La nomination inattendue de Mohsen Rezaï, ancien haut commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique pendant la guerre Iran-Iraq, au «Conseil suprême de sécurité nationale», ou celle de Hossein Taëb à la tête du Bassidj en sont des exemples. Taëb, ancien chef du renseignement des Gardiens de la révolution, est une figure majeure de l’appareil sécuritaire iranien, associée notamment à la répression des soulèvements populaires et des opposant.es.

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Une économie en lambeaux

Washington renforce encore le blocus maritime et les sanctions. Le 20 août, les États-Unis ont annoncé de nouvelles mesures menaçant de lourdes sanctions les pays qui aideraient l’Iran à les contourner ou entretiendraient avec lui des relations commerciales. Si elles étaient effectivement mises en œuvre, la situation économique et sociale deviendrait encore plus critique pour l’immense majorité de la population.

Conséquences immédiates: nouvel effondrement de la monnaie nationale et nouvelle flambée des prix. Le blocus du détroit d’Ormuz affecte durement les importations. À titre d’exemple, la réduction des exportations de médicaments de l’Inde vers l’Iran.

En août 2026, une société pharmaceutique iranienne a annoncé une hausse moyenne de 117% sur 82 médicaments, certaines molécules augmentant de plusieurs centaines de pour cent. Ainsi, entre septembre 2025 et septembre 2026, le prix de l’amoxicilline a augmenté de 284%, celui de l’ibuprofène de 110%.

À cela s’ajoute une importante pénurie d’essence, qui pousse le régime à réduire les subventions et limiter la consommation. Cette situation illustre les difficultés croissantes de production, d’importation et de distribution des carburants.

L’inquiétude des dirigeants iraniens

Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, déclarait le 21 août: «Nous pouvons disposer de toute la puissance militaire que nous voulons, mais sans circulation financière, croissance économique et production nationale, nous ne pourrons pas tenir face à un peuple affamé.»

Le président Massoud Pezeshkian parle lui aussi d’une véritable guerre économique, militaire et sécuritaire. Il reconnaît la chute des importations et des exportations ainsi que les restrictions financières pesant sur les aides à la population, le versement des salaires et des prestations sociales. Il a également déclaré qu’«il vaudrait mieux mettre fin à la guerre dès aujourd’hui», mettant implicitement en cause la direction des Gardiens de la révolution, qui joue un rôle central dans la définition des orientations stratégiques du régime.

En réponse, les courants proches des Gardiens de la révolution et leurs médias accusent les critiques de la politique actuelle d’être des «laquais de Trump et de Netanyahou».

À quelques jours du quatrième anniversaire de la mort de Jina Mahsa Amini et du soulèvement «Femme, Vie, Liberté», le pouvoir redoute particulièrement une nouvelle mobilisation des travailleurs/euses, des femmes, de la jeunesse et des minorités nationales.

Pris en tenaille entre la violence de l’impérialisme étatsunien et celle de la dictature réactionnaire, les peuples d’Iran luttent pour leur survie, leur dignité et leur liberté. Ils ont besoin de notre solidarité anti-impérialiste. (Publié par L’Echo d’Iran n°33, septembre 2026)

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