samedi
18
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

XL_41836890751c596f014de6_pro-morsiPar Jacques Chastaing

Le dimanche 23 juin 2013, le président égyptien Mohamed Morsi a rencontré le ministre de la Défense, Abdel-Fattah el-Sissi. Le porte-parole du gouvernement, Omar Amer, a indiqué à la chaîne de télévision Al-Hayat que le président Morsi avait coordonné avec le ministre de la Défense leur intervention en vue des manifestations du 30 juin. Cette affirmation d’Omer Amer fait suite à une phrase utilisée par el-Sissi lors d’une conférence donnée à des responsables de l’armée: «Les forces armées sont restées hors des questions politiques dans la période passée récente. Mais notre responsabilité nationale et morale envers le peuple nous oblige à empêcher que l’Egypte s’engouffre dans le tunnel sombre de troubles et de tueries, de sectarisme et d’écroulement des institutions d’Etat.» El-Sissi a lancé un appel aux différentes forces politiques afin qu’elles engagent un dialogue et qu’elles protègent l’avenir du pays. L’enjeu déclaré du 30 juin: obliger Morsi à démissionner, suite à un référendum qui a réuni plus de 17 millions de signatures.

La réaction du président Morsi et du premier ministre Hicham Qandil face à l’assassinat de quatre chiites dans le village de Zawyat Abou Mousalam, région de Giseh, dimanche, a été assez ferme. Ce n’est pas un tournant dans la politique de discrimination touchant les chiites, c’est plutôt un discours qui veut présenter les enjeux de la mobilisation du 30 juin comme relevant d’une bataille communautaire.

Il semble évident que l’échéance du 30 juin marquera un moment important du soulèvement en Egypte, mais dans ces mobilisations s’exprime aussi, en dehors de l’opposition à Morsi et de la contre-attaque des Frères musulmans, un manque de perspective plus claire dans le camp anti-Morsi, anti-pouvoir des Frères musulmans. C’est dans cet espace politique que l’armée peut, à nouveau, placer ses pions, au nom de la sécurité du pays, d’autant plus dans un contexte de crise socio-économique profonde.  (cau)

*****

En Egypte, la journée de vendredi 21 juin 2013 a été marquée par de nombreuses manifestations, contre-manifestations et affrontements divers. Dix-huit partis islamistes, dont les Frères musulmans, avaient organisé une manifestation nationale au Caire, en faisant venir des gens de toute l’Egypte. Ils ont déclaré la participation de plusieurs centaines de milliers de manifestants. Par contre, les opposants indiquent des chiffres à hauteur de quelques milliers. Au vu des photographies, si elles ne sont pas retouchées, le chiffre de plusieurs dizaines de milliers semble crédible.  Le but  proclamé de la manifestation était de dénoncer la violence et les violences dont les partis islamistes seraient les victimes!

Le plus burlesque, c’est que beaucoup défilaient avec casque, bouclier et gourdin pendant que d’autres faisaient des démonstrations d’arts martiaux… et ils ont agressé les journalistes. Des pacifistes, en somme! La presse occidentale a parlé de cette manifestation. Par contre, elle a maintenu le silence sur une autre manifestation anti-Morsi le même jour. En fait, il s’agit de plusieurs manifestations dans diverses villes en vue de la mobilisation centrale du 30 juin 2013. Au cours de ces diverses manifestations, des affrontements avec des forces gouvernementales ont eu lieu. Elles se sont déroulées dans les villes suivantes: Mansoura, Port-Saïd, Suez, Daqhliya, Kafr el Sheikh, Dosouk, Giza, Ismaïlia, Mahalla, Le Caire, Louxor…

Les Frères musulmans ont déclaré que 357 de leurs militants avaient été blessés par des manifestants anti-Morsi à Dosouk près de Kafr el Sheikh. Ils ont été assiégés dans une mosquée d’Alexandrie Al-Qaid Ibrahim. A Giza, c’est le siège du FJP (Parti de la liberté et de la justice), parti des Frères musulmans, qui a été attaqué. Au Caire, c’est la mosquée où Morsi était venu prier qui a été encerclée pendant que sa maison était la cible d’une manifestation des mères de victimes de la Révolution, obligeant le président à fuir. A Mahalla, le bâtiment des forces de sécurité a été assiégé. A Louxor, l’immeuble du gouvernorat est encerclé; le gouverneur ne pouvait pas y avoir accès. A noter que des touristes se sont associés aux manifestations.

Une occupation illimitée a commencé sur  la place devant le Ministère de la défense au Caire. Plusieurs manifestations et occupations sont programmées par un front de 34 partis et organisations dès le 22 juin, cela jusqu’au 30 juin ou/et jusqu’au départ de Morsi.

Vers un coup d’Etat militaire?

L’homme fort de l’armée et ministre actuel de la Défense, Abdel Fattah El-Sissi a déclaré dimanche 23 juin que la situation en Egypte était semblable à celle qui avait rendu nécessaire l’intervention de l’armée lors de la chute de Moubarak début 2011. Il a souligné que l’armée était prête à nouveau à intervenir dans les affaires politiques du pays. En même temps, le pape des chrétiens coptes égyptiens, Tawadros II, a autorisé ses ouailles à se joindre aux manifestations du 30 juin alors qu’il avait été sur la réserve en indiquant qu’une prise de position était impossible dans la mesure où les membres de sa communauté étaient «dispersés» dans quelque 50 partis.

Enfin l’assassinat le dimanche 23 juin de quatre chiites [1] attribué à des sunnites (les Frères musulmans) ressemble à une provocation militaire ou policière pour tenter de dresser les chiites contre les Frères musulmans avant le 30 juin. Par ailleurs, un des leaders de l’opposition du FSN (Front de salut national), Mahmoud Al-Alayli, a déclaré de son côté que si Morsi tombait, ce serait bien que l’armée prenne le pouvoir provisoirement afin d’assurer l’intérim jusqu’à de nouvelles élections présidentielles anticipées.

L’armée se prépare-t-elle à lâcher les Frères musulmans si les manifestations du 30 juin prennent un tour insurrectionnel et à prendre le pouvoir, ce qu’elle avait refusé de faire lors des manifestations de décembre 2012 malgré les sollicitations du FSN?

Samedi, une petite manifestation demandait à ce que l’armée prenne le pouvoir. Plusieurs manifestations avec la même orientation avaient eu lieu au cours des semaines précédentes. Cela indique que des anciens du clan de Moubarak poussent à cela, d’autant plus facilement que des dirigeants du FSN ne cessent de leur tendre la main et d’évoquer une gouvernance commune.

Cependant l’armée a déjà tenté un coup d’Etat en juin 2012, et a fini par reculer devant le soulèvement populaire que cette menace a provoqué. Ce qui a aussi fragilisé les réactions et l’adhésion aux ordres hiérarchiques de la part des soldats. Il en découla alors la possibilité pour les Frères musulmans de se saisir des instances gouvernementales. Il n’est pas certain qu’aujourd’hui les soldats soient plus fiables pour les autorités qu’à l’été 2012 et que le peuple dans la rue ne déjoue pas toutes ces manœuvres, comme il l’a fait jusqu’à présent. (24 juin 2013)

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[1] La communauté minoritaire chiite, dont l’ampleur quantitative est sujette à débat au sein de la société égyptienne, fait face à des discriminations et des persécutions de la part des partis islamistes sunnites. La publication Ahram Online (18 mars 2013) affirmait que, selon divers militants, «les médias égyptiens publient des histoires fausses concernant les chiites, les caractérisant comme des “mauvais garçons” qui travaillent pour l’Iran afin de diffuser l’islam chiite». Il ajoutait: «Personne ne fait attention aux souffrances de ces Egyptiens ou même à leurs droits en tant que citoyens.» Divers témoignages sur Ahram Online insistent sur la campagne anti-chiite des Frères musulmans.

Ces affirmations ont été documentées par Amnesty International et par un rapport de 2012 du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans la nouvelle Constitution égyptienne, à l’art. 219 ayant trait à la Loi islamique, il est fait référence aux doctrines sunnites, ce qui, d’une certaine façon, légalise les campagnes anti-chiites, ou l’utilisation politique, plus exactement, de cette thématique dans le champ des affrontements socio-politiques. (cau)

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