jeudi
21
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

3091566Par Izquierda anticapitalista

Le 20 décembre 2013 le gouvernement du Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy a annoncé officiellement une «nouvelle loi de protection de la vie et des droits de la femme enceinte». Cette loi devrait mettre fin à l’avortement conçu comme un droit, un droit introduit en Espagne en 2010, sous le gouvernement du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) de José Luis Rodriguez Zapatero. La loi de 2010 autorisait les IVG (interruptions volontaires de grossesse) au cours des quatorze premières semaines de gestation, jusqu’à vingt-deux semaines en cas de malformation du fœtus. C’est un retour aux principes en vigueur entre 1985 et 2010, lorsque 90% des femmes, selon les enquêtes les plus sérieuses, pratiquaient l’IVG en invoquant un risque pour leur santé mentale, façon de contourner l’interdiction. Or, le projet du Ministère de la justice – qui répond aux promesses électorales du PP faites à l’Eglise et à des franges les plus réactionnaires – limite les IVG à deux cas: risques pour la santé physique ou psychique de la mère et grossesse en cas de viol. Le projet de loi ne prend plus en compte les malformations du fœtus, car Alberto Ruiz Gallardon, le ministre de la Justice, soutient «qu’il n’y a pas de conçus nés de première et de deuxième catégorie». Et Gallardon de préciser que si une malformation a des conséquences sur la santé psychique de la mère, elle pourrait donner lieu à un avortement avant la vingt-deuxième semaine de grossesse. Ce qui a suscité un débat très ample dans certains milieux médicaux (voir El Pais du 23 au 24 décembre 2013, pp. 32-33). En outre, de nombreux obstacles sont mis à l’invocation d’un risque psychique pour la mère. Il en découle que la présidente des cliniques accréditées pour l’interruption de grossesse, Francisca Garcia, a déclaré qu’il serait pratiquement impossible pour les femmes ayant invoqué un risque psychique d’avorter en tenant compte de cette nouvelle loi. Elle conclut: «Nous nous attendions à une mauvaise loi, mais celle-ci est la pire que nous pouvions imaginer.» Par contre, pour Gallardon «c’est une grande avancée», car la loi tient compte «de l’intérêt de la mère» et de la «défense du conçu non né». Pas étonnant que Gallardon ait reçu l’appui de l’intégriste Forum des familles qui est contre l’IVG. Le débat et la bataille sur cette loi renvoient non seulement à la question des droits fondamentaux pour les femmes, mais à un ensemble de causes portant sur l’évolution régressive du système de santé publique (entre autres, ici, le besoin d’un étayage clinique et psychosocial de qualité pour les femmes –  et parfois leur entourage – voulant recourir à une IVG, en particulier les mineures), sur les politiques d’austérité dans tous les domaines, comme sur ladite «inflexion à droite» (sic) d’une droite déjà fort à droite. Nous publions, pour information, ci-dessous, la prise de position des militantes membres d’Izquierda anticapitalista de l’Etat espagnol. (Réd. A l’Encontre)

*****

Notre corps, notre décision

Une fois de plus nous devons expliquer où se situe le débat. Une fois de plus l’Eglise et les secteurs les plus conservateurs incriminent celles qui font usage de leur liberté en les criminalisant. Il ne s’agit pas de savoir à quel moment commence la vie. Dans ce domaine, la science a davantage à dire que l’Eglise.

Ils ne défendent pas la vie. Ils ne se préoccupent guère des femmes qui meurent suite à des avortements clandestins, de celles qui ne peuvent pas se permettre une grossesse parce qu’elles n’ont pas de travail, pas plus qu’ils ne se préoccupent du droit à l’éducation, à la santé, à un logement, à une vie digne, ni de celles qui sont dans le monde réel. Ils se taisent face aux politiques d’austérité et de démantèlement des conquêtes sociales. Ce n’est pas de la vie qu’ils se soucient: ce qui les intéresse c’est le contrôle du corps de la femme, de sa capacité de reproduction. Pour eux, il s’agit de remettre en question la capacité des femmes à décider de leur corps et de leur sexualité, de revenir aux rôles traditionnels dans lesquels les femmes doivent être soumises, d’imposer un modèle de sexualité lié à la reproduction et qui réduit la sexualité à la seule hétérosexualité.

Nous ne voulons ni un retour en arrière, ni continuer comme jusqu’à maintenant

Le Parti Populaire (PP de Mariano Rajoy) nous menace d’une nouvelle loi proposée par le Ministère de la Justice [Alberto Ruiz Gallardon] et non par celui de la Santé. Cette loi éliminerait la possibilité d’avorter librement au cours des 14 premières semaines de grossesse, elle introduirait un système de conditions plus restrictif que celui de la loi précédente, datant de 1985. Cela nous met dans une situation de réintroduction d’une pénalisation de l’avortement. Le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) avait fait quelques pas, mais n’avait pas osé s’affronter à la pression de l’Eglise et n’avait pas rompu avec la logique de privatisation [de du système de santé].

• 98% des avortements sont pratiqués hors du domaine de la santé publique, dans des cliniques privées et cliniques accréditées pour l’IVG (ACAI). Certaines Communautés autonomes ne les pratiquent pas, dans d’autres l’intervention est payée et ensuite remboursée. On avorte dans un autre centre de santé, dans une autre ville, comme si on faisait quelque chose de mal.

• Une fois qu’on se rend chez son médecin, on a trois jours pour y réfléchir, on reçoit une enveloppe contenant des informations qui sont loin d’être impartiales (sont proposés des avantages fiscaux, une adoption). On remet donc en question la décision de la femme comme si nous étions des hystériques impulsives, incapables de prendre seules une décision.

• Il n’existe pas d’accès gratuit à des contraceptifs. La prévention est fondamentale. Il s’agit d’un droit fondamental.

• Il n’existe pas non plus d’éducation sexuelle et affective, susceptible de fournir des réponses à des situations réelles. La seule information qui est diffusée concerne les maladies sexuellement transmissibles et les aspects biologiques de la reproduction. Or, la sexualité fait partie de notre identité, elle va bien au-delà de la reproduction.

• Beaucoup de soignants qui invoquent l’objection de conscience lorsqu’ils travaillent dans le secteur de la santé publique effectuent des avortements dans le privé. La morale passe au deuxième plan lorsqu’on peut faire des affaires, mais ces accommodements ne sont valables que pour eux. Aux autres, ils imposent une moralité absurde qui punit ce qui ne cadre pas avec leurs définitions réductionnistes de la sexualité, de la famille, etc.

• Des coupes budgétaires dans les aides éducatives, dans l’assistance sociale, l’assujettissement, les licenciements, les expulsions… limitent nos droits dans tous les domaines. Les coupes budgétaires et les mesures affectent en premier lieu les femmes dans la mesure où elles se trouvent déjà dans une situation désavantagée et parce qu’elles sont les principales bénéficiaires des services publics.

La nouvelle loi du PP constitue un nouveau tour de vis

A nouveau, le projet de loi du PP fera du fait que femme décide de sa maternité constituera un délit. Il nous obligera à être mères sauf si nous pouvons démontrer que nous avons été violées ou que nous courrons un grave risque, en condamnant à mort celles qui ne peuvent pas voyager à Londres pour avorter. Il met sous tutelle les mineures puisqu’il les considère capables d’être mères, mais pas de décider de le devenir, alors qu’elles peuvent le faire pour n’importe quelle autre intervention chirurgicale.

Cette nouvelle attaque n’est pas isolée, elle fait partie de la même logique que d’autres mesures que nous subissons: les restrictions budgétaires, les licenciements et la précarité. Le capitalisme a besoin de contrôler nos corps pour survivre et pour sortir de cette crise. Le capitalisme profite de la position des femmes sur le marché de l’emploi pour générer plus de précarité au travail et de l’étendre à toute la classe travailleuse, en chargeant les femmes des travaux ménagers, des enfants, des personnes malades ou dépendantes, tout en effectuant des coupes dans le domaine public et en précarisant encore davantage les conditions de vie des femmes et de l’ensemble de la population.

La nouvelle loi est un tour de vis de plus, car le droit de décider fait partie des droits et des conquêtes sociales, syndicales et politiques qui gênent les profits du capital; droits qu’ils sont en train de démanteler. Il faut que celles et ceux qui luttent et résistent, jour après jour, pour défendre notre dignité prenions conscience de l’enjeu. Nous devons faire nôtre la lutte féministe pour le droit de décider et récupérer la rue. Pour le droit à l’avortement libre et gratuit!

Notre proposition: des droits reproductifs et sexuels pour toutes et tous

• Droit à l’autodétermination sur notre corps et notre sexualité: sans immixtion ni de la part de l’Etat, ni de celle de l’Eglise. Reconnaissance de notre capacité à décider si et à quel moment nous voulons ou non être mères, sans mise sous tutelle, sans période imposée de réflexion, que nous soyons mineures ou majeures

Dépénalisation de l’avortement: Nous revendiquons que l’avortement soit retiré du code pénal et que nous ayons le droit à décider de nos corps sans aucune limitation. Décider n’est pas un délit, c’est un droit.

Avortement libre et gratuit: Il faut mettre fin aux accords avec les cliniques privées. L’interruption volontaire de grossesse doit être disponible dans la santé publique, pour toutes les femmes

Accès gratuit aux contraceptifs: dans les centres éducatifs, dans les centres de santé et dans les centres de services sociaux.

• Education sexuelle: pour que chacune puisse jouir de sa propre sexualité, sans risques, avec autonomie et responsabilité, rupture avec l’hétéro-normativité. Le plaisir n’est pas un péché.

• Droits reproductifs pour toutes: Il faut lever la restriction qui exclut la reproduction assistée pour les femmes célibataires et lesbiennes. Il n’y a pas qu’un seul modèle de famille.

• Défense de la vie face à l’austérité et de la précarité. Nos vies valent plus que leurs profits.

(Traduction A l’Encontre, publié par Izquirrda anticapitalista de l’Etat espagnol le 19 décembre 2013)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Le 21 septembre une nouvelle journée de mobilisation contre le «Code du travail à la Macron» aura lieu en France. Le 22 septembre, le Conseil des ministres examinera les ordonnances de Ia «loi travail XXL». Puis le Président signera et le Parlement n’aura rien à dire, de facto. Donc seule l’action directe prend toute sa place. Et les explications, par exemple, que donnent du contenu de cette contre-réforme les membres du Syndicat des Avocats de France

8. L'accord d'entreprise primera sur la loi et le contrat de travail

9. Casser la loi

10. La fusion des instances représentatives du personnel

11. Diluer la négociation collective

12. Le fonctionnement des instances représentatives du personnel

13. Le recours au référendum

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org