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Tunisie. L’assassinat de Brahmi et de nouvelles batailles en vue

Publié par Alencontre le 26 - juillet - 2013
La dépouille de Mohamed Brahmi conduit à l'hôpital pour préparer ses funérailles

La dépouille de Mohamed Brahmi conduit à l’hôpital pour préparer ses funérailles

Par Rédaction A l’Encontre

La centrale syndicale tunisienne, l’UGTT (Union générale tunisienne du travail), a appelé à la grève générale vendredi 26 juillet après l’assassinat du député de l’opposition de gauche Mohamed Brahmi [1], abattu jeudi près de Tunis.

La compagnie Tunisair et sa filiale Tunisair Express ont annoncé l’annulation de tous les vols programmés vendredi. Des centaines de personnes ont manifesté dans le centre de la capitale et en province, notamment à Sidi Bouzid, région natale du député, dont la famille et les partisans accusent les islamistes au pouvoir d’être derrière le meurtre.

Le parti islamiste Ennahda a démenti toute implication. Cet assassinat intervient près de six mois après celui de Chokri Belaïd, autre figure de la gauche. Sa famille avait aussi accusé Ennahda, qui avait là encore démenti. Dans un entretien donné au quotidien français Le Monde, le président tunisien, Moncef Marzouki, accuse ceux qui ont tué Chokri Belaïd d’être derrière le meurtre de M. Brahmi.

Ce dernier, très critique des islamistes, avait démissionné le 7 juillet de son poste de secrétaire général du Mouvement populaire, mouvement qu’il a fondé, en déclarant que sa formation avait été infiltrée par les islamistes. Le pouvoir avait imputé le premier crime à un groupuscule islamiste radical. A l’étranger, les gouvernements de France, des Etats-Unis, de Suisse, de l’Algérie et le Parlement européen ont dénoncé l’assassinat. La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a demandé «une enquête rapide et transparente».

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Les 24 juillet 2013, selon l’Agence France Presse (AFP), un ministre tunisien a affirmé à la presse que les commanditaires de l’assassinat, le 6 février, de l’opposant Chokri Belaïd avaient été identifiés.

«Nous avons identifié les commanditaires et les auteurs de l’assassinat de Chokri Belaïd», a dit le ministre conseiller politique du chef du gouvernement tunisien, l’islamiste Noureddine B’hiri, à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres.

M. B’hiri a ajouté que les détails seraient révélés «bientôt» par le ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou, sans donner de date.

Le meurtre de Chokri Belaïd, un critique virulent du parti islamiste Ennahda au pouvoir, a été imputé fin février à un groupuscule islamiste radical par le chef du gouvernement Ali Larayedh, alors ministre de l’Intérieur.

Les autorités tunisiennes ont publié le 13 avril les photos de cinq hommes soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat de cet opposant et lancé un appel à témoins pour les retrouver.

Un communiqué du ministère de l’Intérieur identifiait Kamel El Gathgathi, 39 ans, comme principal suspect et évoquait quatre complices: Ahmed Rouissi (46 ans), Salmane Marakchi (30 ans), Marouane Ben Haj Salah (33 ans) et Ezzedine Abdelaoui (38 ans).

L’assassinat, sans précédent en Tunisie, a choqué et provoqué une profonde crise politique qui a finalement conduit à la démission fin février du gouvernement de Hamadi Jebali et à la formation d’un nouveau cabinet dirigé par Ali Larayedh.

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Le quotidien français Libération, en date du 26 juillet 2013, écrit sous la plume d’Isabelle Hanne: «La foule est déjà là, hurlante et suante sous un soleil de plomb, aux abords de l’hôpital Mahmoud-Matri, dans la banlieue nord de Tunis. La dépouille du député Mohamed Brahmi, opposant au parti islamiste Ennahda au pouvoir, est arrivée «à 12 h 25», précise une infirmière en blouse blanche, regardant sa montre. Membre de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et fondateur du Courant populaire (Attayar Achaabi) créé il y a quelques jours à peine, l’opposant de 58 ans a été assassiné vers midi en sortant de chez lui à Cité El-Ghazala, un quartier résidentiel de la classe moyenne. Selon la chaîne de télévision Watanya, Mohamed Brahmi a été abattu de onze balles tirées à bout portant. Les tueurs se seraient ensuite enfuis, à deux sur une moto.

Même modus operandi que pour l’assassinat d’un autre opposant, Chokri Belaïd, tué le 6 février: lui aussi par balles, lui aussi devant son domicile, lui aussi par des tireurs à moto. Son meurtre avait entraîné une grave crise politique dans le pays, menant à la démission du Premier ministre, Hamadi Jebali, et à la cession des ministères régaliens à des personnalités «apolitiques». Malgré quatre arrestations et cinq suspects en fuite, le meurtre n’a pas été élucidé. Mais mercredi, le conseiller du Premier ministre islamiste, Nourredine Bhiri, a indiqué que les commanditaires de l’assassinat de Belaïd avaient été identifiés, et que leur identité allait être «bientôt» révélée par le ministre de l’Intérieur. Renforçant l’analogie entre les deux assassinats, la veuve de Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui, en larmes, est venue à l’hôpital hier après-midi pour rendre hommage au défunt.

«Un vrai militant». «C’est notre pays qui est assassiné pour la deuxième fois», témoigne une jeune femme, très émue. Un brancard maculé de sang gît à l’entrée de l’hôpital. La foule, dehors et dedans, scande des slogans anti-Ennahda, et anti-Rached Ghannouchi, son leader historique. «Ghannouchi, assassin !», «Le peuple veut la chute du régime», hurlent-ils, très en colère. «Je suis certaine que c’est l’œuvre des intégristes, d’Ennahda et de ses sympathisants» , assène sans preuves Chedia, une enseignante quinquagénaire, qui se dit «extrêmement choquée par cette catastrophe». «Qui d’autre qu’Ennahda a intérêt à le tuer?» s’interroge-t-elle.

L’homme avait en effet proféré de vives critiques à l’encontre du parti islamiste au pouvoir. «C’était un vrai militant, il était capable de faire des déclarations radicales contre Ennahda», note-t-elle encore. «Il n’avait pas peur, il disait ce que les autres n’osaient pas dire» , ajoute un homme.

Ils sont désormais plusieurs centaines à occuper les couloirs de l’hôpital, dans une chaleur épouvantable, entre effluves d’anesthésiques et de transpiration, entre mouvements de foule et hurlements. Quelques députés de l’ANC font leur apparition, plus ou moins chahutés par des Tunisiens hors d’eux. Les couloirs en carrelage blanc semblent trempés de sueur et de larmes. «Faire ça le jour national de la République, se lamente un médecin de Tunis, en référence au 56e anniversaire, hier, de la proclamation de la République. C’est fait exprès. On veut enterrer la République !» La sœur du défunt, contactée par l’AFP, a affirmé: «Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd.»

L’épouse et la fille de Mohamed Brahmi se sont assises dans un petit couloir de l’hôpital. Un attroupement se forme autour d’elles. Sa fille, une jeune femme brune qui pleure comme elle hurle, se lance dans une longue diatribe, appelant «la Tunisie à se soulever contre le pouvoir en place, comme en Egypte» et accusant, sans preuves là non plus, les autorités. Le contexte égyptien, avec la chute du président islamiste, Mohamed Morsi, est dans toutes les têtes.

Bombardé de critiques, le chef de file d’Ennahda, Rached Ghannouchi, a parlé d’un «crime contre la Nation et contre le processus démocratique», lors d’une interview pour une radio tunisienne. «La question qu’il faut se poser, c’est à qui profite le crime? a-t-il ajouté. Aucun Tunisien ne peut être heureux aujourd’hui, et encore moins Ennahda et le gouvernement, qui ont le plus à perdre d’une telle instabilité.»

Après l’assassinat de Chokri Belaïd, le parti islamiste avait également été directement mis en cause par les proches de l’opposant. Mohamed Brahmi venait de quitter le parti nationaliste de gauche Ecchaab (Le Peuple), qu’il disait infiltré par les islamistes. Il avait créé début juillet un nouveau mouvement politique, le Courant populaire.

Sous d’assourdissants «Allah akbar», la dépouille de Mohamed Brahmi, enveloppée dans un fin linceul blanc, est portée par la foule vers une ambulance. Son corps doit être emmené dans un autre hôpital à Tunis, pour y être autopsié. Dans la cohue, on aperçoit le père d’Amina, la jeune Femen tunisienne emprisonnée pour avoir tagué le muret d’un cimetière à Kairouan, en protestation contre un congrès du principal mouvement jihadiste tunisien, Ansar al-Charia. «Je suis venu, parce que je soutiens toutes les forces progressistes du pays», lance Mounir Sboui, qui précise que sa fille est très amie avec celle de Mohamed Brahmi. Son voisin, un bachelier de 19 ans, parle d’«une opportunité donnée au peuple de s’unir. Nous les jeunes, on va faire des manifestations, on va faire tomber le régime».

grève2Ce vendredi a été proclamé journée de deuil national. Plusieurs mouvements politiques et syndicaux appellent à la grève générale. Quelques centaines de personnes se sont réunies, hier après-midi, devant le ministère de l’Intérieur avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis, pour dénoncer l’assassinat. Des manifestants ont mis le feu au local d’Ennahda à Sidi Bouzid, berceau de la révolution, ville d’origine et circonscription du député Brahmi. «La boucle est bouclée, sourit tristement une jeune femme, dans un couloir de l’hôpital. Tout a commencé à Sidi Bouzid, et tout reprend à Sidi Bouzid. La question, c’est: “Est-ce qu’on va avoir droit à un assassinat politique tous les six mois?”»

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Le 26 juillet à 9h09, l’AFP soulignait: «La nouvelle de l’assassinat a secoué les Tunisiens en cette journée chômée marquant le 56e anniversaire de la République [2]. Jeudi après-midi, des centaines de personnes ont manifesté dans le centre de la capitale et en province, notamment à Sidi Bouzid, région natale du député, dont la famille et les partisans accusent les islamistes du parti Ennahda au pouvoir d’être derrière cet assassinat. Ces derniers ont démenti toute implication.

Après une accalmie à l’heure de rupture du jeûne de ramadan, les rassemblements ont repris dans la soirée et des gaz lacrymogènes ont été tirés quand les manifestants ont voulu installer une tente pour un sit-in «jusqu’à la chute du pouvoir islamiste». A Sid Bouzid, les manifestants ont envahi le siège du gouvernorat et incendié des bureaux. Là aussi, la police les a dispersés à coups de bombe lacrymogène. Dans la même région, à Menzel Bouzaïane, les manifestants ont saccagé les locaux du parti islamiste en criant… A bas les obscurantistes, Ennahda et salafistes», en référence aux groupes islamistes radicaux.»

Selon La Tunisie numérique ce matin 26 juillet 2013: «La vie dans le gouvernorat de Zaghouan était quasiment à l’arrêt ce vendredi en marge d’une grève générale observée par les habitants de la ville et ce en guise de protestation contre le licenciement abusif des employés d’une usine implantée dans la région. Plusieurs établissements publics ainsi que les commerces ont fermé leurs portes livrant la ville à une paralysie totale. Par ailleurs, une marche de protestation a été organisée dans la zone industrielle de la région réclamant la réintégration de tous les employés.»

Selon El Watan du 26 juillet 2013: «Dans une allocution télévisée, le président tunisien Moncef Marzouki a parlé d’une “deuxième catastrophe nationale” après la mort de Belaïd.?«Les responsables de ce drame veulent montrer que la Tunisie (…) peut basculer elle aussi (dans la violence), ils veulent démontrer que le Printemps arabe a échoué», a-t-il déclaré en référence à l’Egypte où des violences meurtrières ont lieu depuis le renversement par l’armée le 3 juillet du président islamiste.?Le chef du gouvernement Ali Larayedh a appelé les Tunisiens au calme, soulignant que cet assassinat «ne doit pas être exploité pour semer le trouble et inciter les Tunisiens à s’entre-tuer».

«La Tunisie est libre, dégagez les Frères», ont scandé des manifestants dans la capitale, en référence aux relations étroites entre Ennahda et la confrérie des Frères musulmans en Egypte.?«Ghannouchi assassin», «Ennahda doit tomber aujourd’hui, «l’Assemblée constituante doit être dissoute», ont-ils crié sur l’avenue Habib Bourguiba, dans le centre-ville de Tunis aussitôt la nouvelle de l’assassinat connue.»

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Moncef Marzouki

Moncef Marzouki

Le Monde s’est entretenu (propos recueillis par Florence Beaugé) avec le président Moncelf Marzouchi. Voici le texte de cet entretien:

L’assassinat de Mohamed Brahmi intervient cinq mois après celui d’un autre opposant politique, Chokri Belaïd, déjà une idée de l’identité ou des commanditaires de cette nouvelle action?

Moncef Marzouki: Nous étions justement en train de finir d’élucider l’assassinat de Chokri Belaïd et nous avions déjà une idée là-dessus. Les assassins commencent à paniquer. Ils voulaient faire diversion avec une autre affaire. La date du 25 juillet n’a pas été choisie par hasard. C’est l’anniversaire de la République tunisienne, mais ce n’est pas tout.

Tout le monde était réuni à l’Assemblée constituante pour dire que l’on était dans la dernière ligne droite de l’élaboration de la nouvelle Constitution. La date des élections législatives et présidentielle sera bientôt annoncée. On vit le dernier quart d’heure de la période intérimaire. Ce n’est donc pas un hasard, je vous le répète, si cet assassinat a eu lieu aujourd’hui. Il est important pour certaines personnes de montrer que le printemps arabe est en panne partout, alors que justement en Tunisie consensus national est extrêmement fort que règne la paix civile. C’est tout cela qu’on veut détruire.

Vous dites que la paix civile règne en Tunisie, mais c’est la deuxième fois cette année qu’un opposant est assassiné dans le pays…

En effet, et c’est chaque fois la même opération de déstabilisation. L’objectif est de faire en sorte que le processus n’aille pas jusqu’au bout.

Pour vous, ce sont les mêmes personnes qui ont commandité ces deux assassinats?

Il n’y a pas de doute: ce sont les mêmes. Il y a un lien politique entre ces deux affaires – déstabiliser la Tunisie, l’empêcher de réussir sa transition – et la volonté de semer la zizanie entre les forces politiques.

Le ministre du chef du gouvernement a dit hier que l’identité des tueurs de Chokri Belaïd ou des commanditaires serait bientôt révélée. Vous confirmez que vous connaissez leurs noms?

Oui, mais je ne peux pas vous les donner maintenant. Nous avons encore besoin de ramasser des preuves, et il reviendra au ministre de l’intérieur de faire cette annonce.

Quand cette annonce sera-t-elle faite?

Je ferai tout pour que cette information soit divulguée le plus rapidement possible.

Il y a des manifestations et même des violences, en ce moment même, en Tunisie, en particulier à Sidi Bouzid. Qu’allez-vous faire pour empêcher qu’un bain de sang se produise, comme l’a prédit, il y a quelques heures, le secrétaire général de la Centrale syndicale UGTT?

Je vais m’adresser au pays ce soir et appeler au calme. Il ne faut pas donner raison à ceux qui veulent mettre la Tunisie à feu et à sang. Moi-même, je suis retourné par cette affaire. Mohamed Brahmi était un homme que je connaissais personnellement. Il était venu quatre ou cinq fois dans mon bureau. Je comprends l’émotion des gens, mais elle doit être contenue et canalisée. Les assassins cherchent, justement, des débordements. L’émotion est légitime. Les débordements, eux, sont illégitimes.

Est-ce que vous ne craignez pas, ce soir, que la Tunisie bascule dans un scénario «à l’égyptienne»?

Non, absolument pas. Les ingrédients n’y sont pas. Le consensus existe en Tunisie. Nous avons reçu toutes les forces de l’opposition. Le dialogue est permanent. Quant à l’armée tunisienne, elle est professionnelle et disciplinée. Elle ne s’est jamais mêlée de politique.

Jusqu’à présent, nous avons réussi à éviter tous les débordements. L’agressivité politique est restée canalisée dans les institutions ou dans les médias à l’inverse de ce qui se passe ailleurs. La Tunisie est déterminée à achever sa transition démocratique, et je pense qu’elle y réussira. (26 juillet 2013)

_____

[1] Mohamed Brahmi était coordinateur général du Courant populaire – Attayar Achaabi (nassérien). Il avait été élu en octobre 2011 à l’Assemblée nationale constituante sur les listes du Mouvement du peuple (Hraket Echaab) dont il était jusqu’à peu le secrétaire général. Brahmi avait récemment quitté le Mouvement du peuple, parce que ce parti avait décidé de quitter le Front populaire. Il a alors participé à la fondation du Courant populaire.

Petit récapitulatif de la mouvance nassérienne en Tunisie
• Depuis novembre 1988 existait légalement l’Union Démocratique Unioniste qui ne s’opposait pas à Ben Ali.
• Des militants nassériens luttaient par contre aux côtés de la gauche contre le régime à l’époque de Bourguiba et à celle de Ben Ali au sein du mouvement estudiantin, dans les syndicats, dans le cadre des associations des droits de l’homme…
Ils ont participé à partir du 16 janvier à la fondation du Front du 14 sous le nom de «Mouvement des Unionistes Nassériens».
• En mars 2011, le problème de participer ou pas à la «Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution» d’Iyadh Ben Achour les a ensuite divisés:
Les nassériens se sont présentés aux élections d’octobre 2011 séparés: Mouvement du Peuple et Mouvement du Peuple Unioniste Progressiste.
• Salem Labiadh est devenu ministre de l’éducation nationale.
• Les deux organisations ont ensuite fusionné sous le nom de Mouvement du peuple.
• Le 10 mars 2013, c’est-à-dire un mois après l’assassinat de Chokri, le Mouvement du peuple a décidé de rejoindre le Front Populaire.
• Vers le 15 mars, début d’un débat interne au sujet de l’appartenance au Front.
• Mis en minorité, Mohamed Brahmi et Mourad Amdouni (également député) quittent le parti et créent le Courant populaire. (Par Dominique Lerouge)

L’avocate et opposante tunisienne Leïla Ben Debba, hier, devant un hôpital, après  l’annonce de l’assassinat de Mohamed Brahmi.

L’avocate et opposante tunisienne Leïla Ben Debba, hier, devant un hôpital, après l’annonce de l’assassinat de Mohamed Brahmi

[2] Premières réactions à l’assassinat de Mohamed Brahmi

Jeudi 25 juillet

13h – Mohamed Brahmi député démissionnaire du parti Echaab (début du mois de juillet) et fondateur du parti Courant Populaire (Attayar Achaabi) a été assassiné ce matin en sortant de chez lui à Cité El Ghazela, Ariana, nous a déclaré Mohsen Nabti, membre du comité fondateur du Parti Attayar Achaabi. Mohamed Brahmi aurait été abattu par 11 balles, selon Mohsen Nabti, qui se trouve actuellement au domicile du défunt.

13h35 – Av. Habib Bourguiba: La police bloque l’entrée du ministère de l’Intérieur. Manifestation spontanée: environ 200 personnes présentes.

13h55 – Hôpital Mahmoud Matri: Environ 300 personnes présentes dont des personnalités publiques: Mohamed Jmour, du parti Watad, Mehdhi Ben Gharbia, de la coalition démocratique, le député Brahim Kassas, l’avocate Leila Ben Debba, l’avocate Saida Garrach, la syndicaliste Thouraya Krichen. Hamma Hammami était également présent, il est resté un peu moins d’une heure puis a été escorté par des gardes du corps.

13h58 – Hôpital Mahmoud Matri: Plusieurs appels spontanés pour un rassemblement devant l’ANC.
Un rassemblement de tous les partis démocratiques est prévu à 15h au siège du Front Populaire.

14h15: Communiqué du porte-parole de la Présidence de la République: qui condamne l’assassinat du député Mohamed Brahmi, «un crime réalisé le jour de l’anniversaire de la République» au moment où l’ANC est en train de travailler à terminer la phase de transition, explique le communiqué. Il est également question de la situation de l’Egypte où la violence a pris le pas sur le processus démocratique.
Le communiqué appelle les Tunisiens à ne pas tomber dans le piège de la violence.

14h40: Domicile de Mohamed Brahmi: les voisins parlent en fait de 5 balles tirées et non de 11 balles, sur les coups de 12h10. Une des filles de Mahmoud Brahmi a déclaré sur radio Kalima, avoir vu deux agresseurs sur une moto.

14h45: Radio Mosaïque Déclaration de Rached Ghannouchi, leader du parti Ennahdha: “C’est un meurtre contre l’Etat tunisien et la démocratie. On cherche à travers ça à mettre la Tunisie dans l’instabilité et pousser les Tunisiens à s’accuser les uns et les autres.” (…)
“Ceux qui ont commis ce meurtre sont les opposants de la démocratie. La révolution tunisienne était pacifique, on cherche a la rendre sanguinaire alors que nous sommes en train de finir la Constitution et mettre en place les institutions qui vont mener le pays vers des élections libres…” (…)
“Nous demandons la mise en place d’une coalition nationale contre la violence.”

14h45 – Av. Habib Bourguiba: Le cortège parti de devant le siège de l’UGTT vient de rejoindre l’avenue. Environ 500 personnes et la foule grossit.

15h10 –  Siège du Front populaire: début de la conférence en présence de nombreux militants et en présence de représentants des partis du Front populaire, de Nidaa Tounes et de Doustourna.

15h10 – Sidi Bouzid, Place Mohamed Bouazizi: Rassemblement devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid. Début d’affrontement entre les manifestants et les forces de l’ordre. La majorité des manifestants sont des militants du parti Front Populaire et de Attayar Achaabi.

15h20 – L’UGTT: appelle à la grève générale demain 26 juillet.

15h25 – Mosaique Fm: Ahmed Nejib Chebbi, du parti Joumhouria demande la mise en place d’un gouvernement de salut national.

15h40 – Hôpital Mahmoud Matri: Nourreddine Hached, le fils aîné du syndicaliste Farhat Hached, arrive devant l’hôpital.

15h50 – Av. Habib Bourguiba: Des manifestants ont fait reculer un bus de policiers en tapant dessus.

16h00 – Sidi Bouzid Le siège du gouvernorat est en feu.

16h00 – Av Habib Bourguiba: Entre 1000 et 1500 personnes devant le Ministère de l’Intérieur.

16h10 – Hôpital Mahmoud Matri: Sortie du corps de Mohamed Brahmi

16h15 – Siège du Front Populaire: Publication d’un communiqué du Front populaire. Lors de la conférence Hamma Hammami, porte-parole du parti à appeler à:
• la désobéissance civile,
• la chute du gouvernement,
• la dissolution de l’ANC,
• la création d’un gouvernement de salut public,
• la grève générale le jour de l’enterrement du martyr.
Des discussions ont lieu pour savoir quel jour les militants se réuniront pour manifester, devant l’ANC ou sur l’avenue Bourguiba.

16h30 – FIDH: Publication d’un communiqué par la FIDH.

16h50 – Ariana: Le cortège continue d’accompagner le corps vers l’hôpital Charles Nicolle. Pour l’instant le cortège se trouve à l’entrée d’Ariana.

17h15 – Ariana: Le cortège se trouve à l’entrée d’Ariana, il est bloqué par des voitures de police, qui l’empêchent de passer par l’avenue Habib Bourguiba.

17h25 – Ariana: La police est intervenue pour séparer deux personnes qui se sont battues devant l’ambulance. Les forces de l’ordre en ont profité pour faire passer de force l’ambulance et l’envoyer vers la Route X, en direction de l’hôpital Charles Nicolle.

18h – Sfax: Un collectif de partis politiques et d’organisations de la société civile se sont réunis au siège du Parti Unifié des Citoyens Démocrates pour appeler:
• tous les citoyens à la désobéissance civile,
• les membres de l’ANC à démissionner,
• la dissolution de l’ANC et de toutes les institutions émanants de cette assemblée (gouvernement et présidence)
• la formation d’un gouvernement de salut national,
• la dissolution de tous les partis politiques d’inspiration religieuse pour leur implication dans des meurtres et des assassinats et la dissolution de toutes les organisations paramilitaires qui agissent sous leurs ordres ( LPR…)
• les institutions policière et militaire à respecter la neutralité politique
et appellent tous les citoyens à rejoindre le sit-in ouvert au siège du gouvernorat de Sfax.

18h55 – Av. Habib Bourguiba – Tunis: La plupart des manifestants ont déserté l’avenue, alors que l’heure de la rupture du jeûne approche. Une cinquantaine de manifestants étaient encore présents devant le ministère de l’Intérieur.

20h57 – Tunis: Les Jeunes militants du Front Populaire appellent à un sit-in ouvert devant l’Assemblée constituante à partir de 21h ce soir.

21h05 – Av. Mohamed V – Tunis.

21h30 – Communiqué de Tunisair: La compagnie aérienne déclare suspendre tous ses vols demain 26 juillet. ” Suite à l’avis de grève générale en Tunisie: Tunisair et Tunisair Express informe leur aimable clientèle que tous les vols programmés de et vers la Tunisie dans la journée du 26 juillet sont annulés.”

21h36 – Av. Habib Bourguiba: La police vient de tirer des bombes de gaz lacrymogène sur les manifestants à l’avenue Habib Bourguiba créant un mouvement de panique.

22h14 – Av. Habib Bourguiba – Tunis: La police a fait un usage disproportionné du gaz lacrymogène tirant sur les manifestants et les passants sur l’avenue et sur les rues adjacentes.

22h21- Bardo devant l’ANC: La police renforce ses rangs devant l’ANC. Situation normale aux alentours du bâtiment.

22h30 – Local UGTT Tunis: Rassemblement devant le siège de l’UGTT

22h40 – Av. Habib Bourguiba: Nouveaux tirs de gaz lacrymogène sur l’avenue Bourguiba

22h45 – Local de l’UGTT Tunis: Départ des manifestants en direction de l’ANC

23h – Place Mohamed Ali, UGTT Tunis: Jet de pierres sur les manifestants. Des individus ont attaqué les manifestants présents devant le local de l’UGGT en leur lançant des pierres. Il s’agirait d’un groupe de jeunes gens. Des manifestants ont riposté.
Situation très tendue place Mohamed Ali, Bab Bhar et rue Mongi Slim
Selon des témoins sur place il s’agirait de membres de la Ligue de Protection de la Révolution.
Par ailleurs des témoins sur place affirment que des policiers récupèrent les pierres qu’ils jettent sur les manifestants.
La police a à nouveau fait usage de gaz lacrymogène.

23h20 Sidi Bouzid: Affrontements violents entre la police et les manifestants place Mohamed Bouazizi, devant le siège incendié du gouvernorat. Présence massive des forces de l’ordre.

23h25 – Sousse: “Une marée humaine appelle à la chute du régime, maintenant à Sousse”

23h35 – Place Mohamed Ali, UGTT Tunis: En réponse aux agressions des manifestants affluent par dizaines près du local de l’UGTT.

23h45 – Place Mohamed Ali, UGTT Tunis: Les manifestants retournent sur l’avenue Habib Bourguiba.

Vendredi 26 juillet

00h00 – Gafsa: Les affrontements continuent à ce moment même devant la grande surface “Carrefour” au centre-ville. Les manifestants ont fermé plusieurs accès au centre-ville avec des pneus brûlés.
Plus tôt dans la soirée, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat portant des slogans appelant à “renverser le pouvoir”. L’armée, en faction devant le bâtiment, a dû tirer en l’air à balles réelles pour dissuader les manifestant d’invertir les lieux. La police a plusieurs fois chargé les manifestants pour les disperser et a fait usage de gaz lacrymogène.
Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le local d’Ennahdha au centre-ville de Gafsa.

00h00 – Bizerte: Rassemblement de centaines de personnes devant le gouvernorat de Bizerte.

Vendredi 26.07.13 – 00h10 – Av Habib Bourguiba

Vendredi 26.07.13 00h30 Av. Jean Jaurés Tunis: Des manifestants se dirigent à pied vers l’ANC

Vendredi 26.07.13 01h00: Said Ayadi du parti #Joumhouri annonce dans un communiqué publié sur sa page Facebook, la démission de plus de 100 membres du parti.

Vendredi 26.07.13 01h15 – Bab Saadoun TUNIS: Environ 300 manifestants se dirigent vers l’ANC.

Vendredi 26.07.13 01h45 – ANC Bardo: Les manifestants viennent d’arriver devant l’Assemblée et ont décidé de faire un sit-in.

Vendredi 26.07.13 1h50 – Présidence de la République: La Présidence vient de publier un communiqué annonçant la journée de vendredi 26 juillet journée de deuil national.

Vendredi 26.07.13 2h25 – ANC Bardo: Les manifestants sont en train d’organiser leur sit-in. Ils seraient environ 200. (Par Nawaat de Tunisie)

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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