vendredi
28
juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

    Hamma Hammani, porte-parole du Front populaire

Hamma Hammani, porte-parole du Front populaire

Entretien avec Fathi Chamkhi

Cette deuxième conférence nationale du Front populaire s’est tenue à Hammamet. Elle a réuni environ 250 participants. Toutes les composantes du Front étaient présentes, dont les 24 coordinations régionales ainsi que des délégations de Suisse, d’Allemagne et de France. S’est manifestée lors de la conférence une volonté d’unité, de radicaliser le processus révolutionnaire et de mener le combat contre l’austérité.

Deux grands points étaient à l’ordre du jour: les questions d’organisations et l’orientation politique. Nous donnons, ici, un extrait résumé de cet entretien. (Alain Baron)

A propos de l’orientation politique du Front

Le texte politique

Le projet de texte concernait l’évaluation de l’expérience du Front de salut national (FSN) ainsi que les perspectives.

Beaucoup ont dit que l’expérience du FSN [1] avait été une catastrophe, d’autres estimaient par contre qu’elle avait été grosso modo juste car elle avait permis de déboulonner les islamistes.

Il a été décidé que le Front populaire allait se présenter aux élections législatives et présidentielles sous son propre sigle [2]. Certes, la prise de cette décision a été facilitée par le fait que Nidaa Tounes avait refusé de faire alliance avec qui que ce soit [3]. La proposition faite par certains de laisser la porte ouverte à une alliance «large», par exemple avec Al Massar [4] voire Nidaa Tunes, n’a pas été retenue. Pour la majorité des participant·e·s, la nécessité d’organiser la résistance et la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier ce type d’alliance.

Le refus du Front de participer au «dialogue économique»

Avant la Conférence nationale, la décision avait été prise de se retirer du «dialogue économique», et de ne pas se contenter d’un simple «gel de la participation» à celui-ci. Ce «dialogue» vise en effet à justifier une politique draconienne d’austérité incluant l’augmentation des prix des produits de première nécessité, entre autres les produits alimentaires.

Cette décision va dans la bonne direction, elle tranche avec les hésitations et les virages à droite de la période précédente.

Certaines interventions, dont celle de Raid-Attac, ont regretté que le Front populaire se soit contenté de faire une conférence de presse pour annoncer son retrait du dialogue économique: il aurait fallu également appeler à une grande manifestation.

Pour moi, il faut arrêter de dire des bêtises du genre que nous serions dans une étape où il faudrait se limiter à renforcer les libertés politiques en laissant de côté les revendications économiques et sociales.

Les questions d’organisation

La mutation du Front

Le FP est maintenant légalement un parti ayant un visa en tant qu’entité politique. Une campagne d’adhésion a été lancée. Le 1er juin 2014, on a distribué aux participant-e-s à la conférence environ 15’000 bulletins d’adhésion. Je pense qu’ils seront remplis dans les deux mois.

Maintenant, et pour la première fois, toutes celles et ceux qui sont d’accord avec la plate-forme peuvent adhérer concrètement en prenant une carte d’adhérent. Les gens n’appartenant à aucun parti, celles et ceux que nous appelons les indépendant·e·s, peuvent maintenant devenir membres à part entière. C’est le début d’une nouvelle aventure.

Cela met aussi le FP à l’abri d’une simple dissolution après les élections: même si un parti voulait quitter le FP, ce dernier aurait de fortes chances de survivre.

La place des indépendants

Des représentants des indépendants sont venus à la conférence. Ils ont pu y participer et se réunir pour décider qui allait les représenter au Conseil des secrétaires généraux.

Mais, petit à petit, il ne va plus y avoir «d’indépendants» et de «représentants de partis», parce tout le monde va être membre à part entière du Front populaire. Cela va permettre une nouvelle identité du Front populaire. Chacun·e se retrouvera devant la décision individuelle d’adhérer ou pas au FP.

En guise de conclusion

Ce n’est pas avec des mains qui tremblent et des pas hésitants que l’on fait l’histoire. Il faut que le Front défende ses positions.

Il y a eu lors cette conférence une volonté de cesser le virage droitier ainsi que d’être plus enracinés et plus concrets sur les questions économiques et sociales.

Maintenant le message est clair: le FP lance la campagne d’adhésion et se prépare aux élections. Ce qui a été discuté longuement est que cette campagne se mènera à travers des batailles concrètes contre l’austérité, la vie chère, le chômage, pour l’emploi, etc.

Il y a eu dans cette Conférence une très grande volonté d’unité. Alors que les autres forces politiques – comme Massar, Nidaa Tounes ou Ennahdha – hésitent à réunir des congrès ou des conférences nationales, le FP paraît soudé, unifié, décidé à se battre en accord avec les craintes des travailleurs et des masses populaires.

Le fait que des organisations comme Raid-Attac s’impliquent et travaillent au sein du Conseil des secrétaires généraux, a eu beaucoup d’importance pour essayer de corriger l’orientation du FP. Je suis plutôt optimiste sur l’avenir du Front. (Entretien réalisé et résumé par Alain Baron)

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[1] Le 13 octobre 2013 Fathi Chamkhi écrivait, à juste titre: «Il faut maintenir la pression contre Ennahda, par la poursuite des mobilisations populaires, afin de l’isoler davantage, de diminuer sa nuisance idéologique, de limiter sa nocivité politique et sociale, de la chasser du pouvoir pour booster le processus révolutionnaire. Au lieu de cela, la direction du Front Populaire, qui a réussi à se placer à la tête du mouvement révolutionnaire, s’est laissée entraîner dans la mauvaise direction par les partis bourgeois qui l’on rejoint dans le Front de salut national (FSN): celle de ce « dialogue national?» qui est une véritable planche de salut pour Ennahda, qui tombe à point nommé pour lui maintenir la tête hors de l’eau.» (Rédaction A l’Encontre)

[2] Selon l’agence TAP (Tunis Afrique Presse, en date du 5 juin 2014): «Hamma Hammami, porte-parole de la coalition politique, intervenant lors d’une conférence de presse à Tunis pour présenter les résultats de la 2e conférence nationale du Front populaire (31 mai- 1er juin 2014), a insisté sur l’ouverture du Front à toutes les forces progressistes, démocratiques et syndicales ainsi qu’aux femmes et aux jeunes. Il a ensuite annoncé «l’initiative du FP» pour «sortir le pays de la crise» et faire face, d’une part, aux forces rétrogrades (nationales, arabes et internationales) qui complotent contre la révolution et, d’autre part, à un gouvernement au service des «sphères financières internationales». (Rédaction A l’Encontre)

[3] L’AFP (Agence France Presse), en date du 19 mai 2014, indiquait: «Le bureau exécutif du parti a décidé (dimanche) que pour Nidaa Tounes, si l’élection à lieu, son candidat sera Béji Caïd Essebsi». Ce dernier, dont la carrière politique est fort longue, a rallié, après le coup de novembre 1987, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) du président Zine el-Abidine Ben Ali. Par la suite, il se retire de la vie politique publique et ressurgit lors du renversement de la dictature en janvier 2011. Après un rôle de Premier ministre en février 2011, et l’organisation d’élection à une assemblée constituante, il quitte son poste en décembre 2011. En juin 2012, il fonde le parti Nidaa Tounes qui réunit des forces bourgeoises historiques, opposées aux islamistes d’Ennhada. Les élections législatives et présidentielles, selon le président de l’instance électorale, Chafik Sarsar, devraient se tenir en novembre 2014 (Rédaction A l’Encontre)

[4] Al Massar (Voie démocratique et sociale) est le produit d’une fusion: entre Ettajid (Renouveau), qui a participé aux législatives depuis 1994, des indépendants du Pôle démocratique moderniste (Al Qotb) et le Parti du travail tunisien. (Rédaction A l’Encontre)

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Fathi Chamkhi représente Raid-Attac à la direction nationale du Front populaire.

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