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La Brèche

«Nous voilà partis en guerre pour dix ans au moins…»

Publié par Alencontre le 22 - octobre - 2014
Lloyd Austin

Lloyd Austin

Par Claude Angeli

Pendant qu’à Washington le général Martin Dempsey, à la tête des armées US, et Chuck Hagel, le patron du Pentagone, ne cessent de clamer qu’une bonne guerre se gagne sur le terrain, les avions américains poursuivent leur occupation du ciel irakien et syrien. Jusqu’à aujourd’hui, c’est la limite fixée par Barack Obama, hormis certaines opérations barbouzardes, à ses généraux. Lesquels espèrent – déformation professionnelle ? – convaincre leur Président d’envoyer bientôt des troupes au sol, car rien ne permet d’imaginer que les forces irakiennes et kurdes parviendront seules à débarrasser la région de l’Etat islamique.

Le 19 octobre, le général Lloyd Austin, qui coordonne les frappes aériennes de la coalition, réalisées pour l’essentiel par des pilotes américains, a établi un premier bilan comptable. Soit, selon l’US Cetnral Command, 294 bombardements en Irak, entre le 8 août et le 15 octobre, et 229 en Syrie du 23 septembre au 15 octobre. Précision qui s’imposait : le général Austin a recensé, au total, 1300 bombes et missiles balancés sur la tête des djihadistes.

Notre chef pourrait mieux faire, affirment en substance ses officiers d’état-major, si les ordres n’étaient pas d’éviter les «dommages collatéraux» sur les populations civiles. Mais, en réponse à toute éventuelle critique sur ces bombardements trop modérés, si l’on ose dire, le général a tenu à signaler que les raids actuels de l’aviation US dépassaient en intensité ceux effectués aux pires moments de la guerre d’Afghanistan. Aujourd’hui encore, les talibans ne sont pourtant guère épargnés: en août 2014, ils ont reçu 437 bombes américaines (chiffre fourni par l’US Central Command).

SOS Téhéran

Le général Austin ne crie pas victoire pour autant. «Notre stratégie, dit-il, est en train de dégrader les capacités de ce groupe (sic) terroriste, mais elle exige du temps et de la patience.» Traduction d’un expert militaire : les djihadistes scrutent désormais le ciel et changent de tactique. Ils évitent les interventions «en masse», les convois importants et recourent à des véhicules civils pour tenter d’échapper aux surveillances aériennes et électroniques.

Des drones-espions participent à cette traque. En Irak, ces avions sans pilote, américains et britanniques, prennent soin de ne pas percuter en vol les quelques drones iraniens qui chassent, eux aussi, les djihadistes. Les Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, vient d’ailleurs de se rendre, cette semaine, à Téhéran pour obtenir «une coopération plus importante du gouvernement iranien, lui aussi dirigé par des chiites», dit-on au Quai d’Orsay [affaires étrangères]. A la Direction du renseignement militaire, certains officiers affirment même que cet appel au secours a été entendu: des unités iraniennes viendraient bientôt épauler les forces irakiennes et combattre de leur côté.

Le puissant voisin d’Irak s’inquiète sans doute des progrès de l’Etat islamique. L’autre semaine, une brigade djihadiste est parvenue à quelque 10 km de l’aéroport de Bagdad, avant d’être chassée par un raid d’hélicoptères américains. «Washington et Téhéran se rapprochent grâce aux djihadistes», ironise un diplomate.

Objectif Liban

Mais l’Irak n’est pas leur seul terrain de jeu. A en croire des responsables politiques et militaires libanais, l’Etat islamique, associé à ses collègues djihadistes du Front Al-Nosra, projette d’«ouvrir un nouveau front» dans leur pays, considéré comme «un maillon faible» dans la région, au même titre que la Jordanie. Et d’évoquer, pour preuve, de récentes infiltrations d’hommes armées venus notamment de Syrie.

Du Proche-Orient à l’Afrique, on explique toujours le danger islamique par la présence d’un méchant voisin. (Publié dans Le Canard enchaîné, mercredi 22 octobre 2014)

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