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août 2017

A l'encontre

La Brèche

La bombe nucléaire, Israël et l’Afrique du Sud

Publié par Alencontre le 17 - juin - 2010

Par Hannah Rubenstein

L’ouvrage de Sasha Polakow-Suransky «L’alliance occultée: Les liens secrets d’Israël avec l’Apartheid sud-africain» [1] publié le mois passé, dévoile des preuves de première main relatives à l’offre d’ogives nucléaires faite par S. Peres au ministre sud-africain de la Défense P.W. Botha en 1975. Botha a été premier ministre et le premier président de la République d’Afrique du Sud de 1984 à 1989.

S. Polakow-Suransky, chef de rédaction de la publication étatsunienne prestigieuse Foreign Affairs, a passé en revue plus de 7000 pages de documents des archives du gouvernement sud-africain tenus secrets jusqu’à récemment, et auquel il a eu accès après avoir invoqué la Promotion of Access to Information Act, l’équivalent sud-africain du Freedom of Information Act (FOIA) aux Etats-Unis. [Loi américaine entrée en application en 1967. Fondée sur le principe de la possibilité d’accès à quiconque en fait la demande, quelle que soit sa nationalité].

Le gouvernement israélien a tenté sans succès d’interdire à Suransky l’accès à ces documents.

Le socle de l’assertion de Suransky repose sur le procès-verbal d’une rencontre ultra-secrète qui a eu lieu le 31 mars 1975 entre Peres et Botha. Dans la transcription de ce document, publié à fin mai 2010, par le quotidien britannique The Guardian, on peut lire: «Le ministre Botha a exprimé de l’intérêt pour un nombre limité d’unités de Chalet, sous réserve que les charges correctes soient disponibles» (Chalet était le nom code pour les missiles israéliens Jericho dotés de charges nucléaires).

«Le ministre Peres a affirmé que les charges correctes étaient disponibles en trois tailles. Le Ministre Botha l’a remercié et a dit qu’il demanderait conseil». On pense que les «trois tailles» des «charges correctes» font allusion aux armes conventionnelles, chimiques et nucléaires.

Israël n’a jamais admis détenir des armes nucléaires, même s’il est communément admis qu’il possède un arsenal substantiel. Les documents dévoilés constituent les premières preuves de l’existence d’un arsenal nucléaire israélien.

Suite à cette rencontre, l’un des participants, le chef d’état-major Général R.F. Armstrong, a rédigé un mémo détaillant les bénéfices que l’Afrique du Sud pouvait tirer de l’acquisition d’ogives nucléaires: «En tenant compte des avantages d’un système d’armement tel que celui qui nous est proposé, on a fait un certain nombre de suppositions: a) que les missiles seront armées avec des ogives nucléaires en RSA (République d’Afrique du Sud) ou achetées ailleurs.»

Selon Suransky, l’association du procès-verbal de la réunion et du mémo subséquent fournit une preuve directe de l’offre d’Israël à l’Afrique du Sud.

Peres réfute cette affirmation, en disant que cette accusation a été fabriquée de toutes pièces puisqu’il «n’y a pas de document israélien ni de signature israélienne sur un document indiquant que de telles négociations ont eu lieu». Il a ajouté que Suransky a basé sa conclusion «sur une interprétation sélective de documents sud-africains et non sur des faits concrets» et «qu’il n’existe aucune base dans la réalité pour confirmer ces affirmations».

Outre le procès-verbal de la séance du 31 mars, Suransky a découvert un accord militaire ultra-secret, connu sous le nom de Secment, qui avait été conclu quelques semaines auparavant. Cet accord – signé par les deux parties – comprend une clause indiquant que «l’existence même de cet accord… sera tenue secret et ne sera pas dévoilé par les deux parties».

Afrique du Sud n’a finalement pas acheté les missiles à Israël, en partie à cause du coût. Il a cependant développé des bombes nucléaires, très certainement avec l’aide d’Israël. La collaboration en matière de technologie militaire entre les deux pays a été bien documentée depuis plusieurs décennies – d’après Suransky «presque jusqu’à la veille de l’inauguration de Mandela». Il affirme que cette coopération s’est poursuivie malgré les déclarations publiques d’Israël condamnant le régime d’apartheid.

En fait les comparaisons entre le gouvernement d’apartheid de l’Afrique du Sud et les actuels rapports d’Israël avec ses habitants palestiniens ont pris de l’élan ces dernières années. Et ces comparaisons seront certainement exacerbées par l’attaque de la flottille humanitaire qui s’est produit le 31 mai, et qui a été largement critiquée.

Le livre de l’ex-président états-unien Jimmy Carter «La paix, pas l’apartheid», a lancé le débat en comparant les deux pays, et l’ouvrage a été violemment critiqué par des partisans pro-israéliens.

Suransky fait la même comparaison, en notant les ressemblances entre les initiatives de colonisation, les politiques redéfinissant la citoyenneté et la création de conditions similaires pour les Palestiniens à celles des townships (bidonvilles). Mais c’est son commentaire sur les implications futures de l’augmentation disproportionnée de la population de Palestiniens en Israël qui est le plus pertinent.

Si la croissance démographique se poursuit au rythme actuel, les Palestiniens deviendront le groupe majoritaire d’Israël et les Juifs seront une minorité. Comme dans le cas de l’apartheid en Afrique du Sud, une minorité règnera alors sur la majorité. Selon Suransky il est «inexact» de comparer les deux gouvernements, mais il affirme qu’il existe «des ressemblances». Selon Suransky l’administration israélienne devrait prendre cela comme un avertissement «plutôt que comme une menace». (Traduction A l’Encontre)

* Cet article a été publié par IPS en langue anglaise et espagnole.

1. The Unspoken Alliance: Israel’s Secret Relationship with Apartheid South Africa, Pantheon Books, New-York, May 2010

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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