lundi
24
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Des travailleurs éthiopiens rassemblés près des bus de la ville, à Manfouha,  un quartier de Riyad, attendent d'être expulsés du royaume saoudien, le  10 novembre 2013.

Des travailleurs éthiopiens rassemblés près des bus de la ville, à Manfouha, un quartier de Riyad, attendent d’être expulsés du royaume saoudien, le 10 novembre 2013

Par Clarence Rodriguez

Des dizaines de milliers de sans-papiers originaires de l’Asie du Sud ou d’Afrique sont en ce moment détenus sur l’immense terrain de l’Université de Princesse Nora, au nord de Riyad, transformée pour la circonstance en centre de rétention.

On y passe devant mais interdiction de s’arrêter. Des policiers en faction devant l’entrée vous font comprendre que vous n’êtes pas les bienvenus. Inutile d’insister.

On a juste le temps d’observer ce qui se passe derrière ces remparts ajourés, hauts d’environ 5 mètres. On aperçoit au loin des hommes qui portent encore la veste jaune de la société qui les employait.

On devine qu’ils travaillaient sur les chantiers. Des silhouettes noires et fluettes déambulent sur le terrain poussiéreux. Ces femmes n’ont pas enlevé leur abaya, ce vêtement long et noir que l’on porte habituellement en public sans doute parce qu’elles avaient froid. Ces hommes et ces femmes marchent ou discutent ensemble, d’autres groupes sont assis à même le sol.

Un comble lorsque l’on sait que la mixité est interdite dans le royaume. Tous ces immigrés appréhendés par la police arrivent de tout le royaume, de Djeddah, La Mecque, al-Khobbar, ou Dammam. Depuis le 4 novembre c’est le même rituel: les bus de la compagnie SAPTCO emmènent ces milliers de clandestins à l’aéroport international de King Khaled.

À chaque fois, deux voitures de police sirènes hurlantes ouvrent la route comme pour les délégations officielles. Avant le dernier check-point et avant de quitter Riyad, il y a un panneau à l’effigie du roi Abdallah, d’un signe de la main le monarque tout sourire semble remercier les visiteurs. Tous les visiteurs.

Le début de la «chasse» à l’immigré·e en novembre

En de début du mois de novembre le quartier de Manfouha où résident de nombreux travailleurs illégaux originaires de l’Afrique était en ébullition. La campagne d’expulsion d’immigrés sans-papiers, menée par les autorités saoudiennes depuis le début de la semaine, a largement agité les ruelles de ce quartier déshérité du sud de Riyad.

A la suite de ces émeutes meurtrières entre forces de l’ordre et habitants du quartier, de nombreux travailleurs clandestins ont décidé de se rendre à la police. Avec femmes et enfants, ils ont pris les bus mis à leur disposition direction les centres d’accueil et d’hébergement pour immigrés afin de diligenter les procédures d’expulsion.

Les travailleurs en situation irrégulière avaient sept mois pour régulariser leurs papiers. Beaucoup ne l’ont pas fait. Des centaines de milliers de travailleurs immigrés illégaux sont donc expulsés du pays depuis une semaine. Des patrouilles de police et des inspecteurs du ministère du Travail continuent de perquisitionner les entreprises.

Conséquences radicales de cette campagne de répression, les clandestins ont peur. Ils ne sortent plus de chez eux, restent cloîtrés.

La vie quotidienne perturbée

Autre constat, des boutiques de Batha, un quartier de Riyad à forte population étrangère, ont été obligées de baisser leur rideau. On trouve de moins en moins d’éboueurs et les ordures s’entassent dans les rues de la capitale, devant les écoles.

On note aussi une pénurie d’enseignantes dans les écoles privées, et pour cause! Condamnées à ne pas conduire les femmes ne peuvent plus se déplacer faute de chauffeurs.

Autre constat, la main-d’œuvre bon marché a déserté les chantiers qui tournent désormais au ralenti.

Les autorités saoudiennes sont persuadées qu’en réduisant le nombre d’immigrés, estimés à 9 millions sur une population de 27 millions d’habitants, cela va favoriser l’emploi des Saoudiens dans le royaume, sachant que le taux de chômage est de 12,5%.

De leur côté, des experts saoudiens sont persuadés que le départ forcé de tous ces travailleurs étrangers devrait être bénéfique dans les années à venir pour l’économie du royaume. (RFI)

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1 commentaire

  1. duval1887 dit:

    Merci pour ces informations. La situation dans les pays du golfes est en effet explosive avec des proportions inédites de travailleurs immigrés exploités dans des conditions terribles. Cela se rapproche en fait d’une forme d’apartheid. Vivement que ces travailleurs s’emparent des droits qui leurs sont reniés et mettent à bas ces régimes autoritaires pour le plus grand bien de toute la région!

    Ecrit le 4 décembre, 2013 à 2013-12-04T16:31:41+00:000000004131201312

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Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

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