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La Brèche

Grèce. Après l’accord du 23 février 2015, premier bilan et questions

Publié par Alencontre le 25 - février - 2015
Alexis Tsipras: le programme de Thessalonique noyé?

Alexis Tsipras: le programme de Thessalonique noyé?

Par Stathis Kouvelakis et Kostas Lapavitsas

Le 24 février 2015, Stathis Kouvelakis – membre du Courant de gauche de Syriza, courant qui dispose de quatre ministres, dont Panagiotis Lafazanis qui critique l’accord – dans un entretien donné au site ijsbergmagazine expliquait ainsi l’accord passé le 23 février par le gouvernement d’Alexis Tsipras: «Il y a une strangulation mise en place contre le gouvernement grec via le maillon le plus faible qui est le système bancaire. La pression est allée croissante lors des réunions de l’Eurogroupe [ministres des Finances] pour que la Grèce accepte le cadre memorandaire, et si l’Allemagne a été la plus vindicative – avec la part de spectacle qui accompagne ces moments – aucune différenciation n’est apparue de la part des autres pays européens. Personne ne s’est opposé à l’Allemagne.»

Cela dit, Kouvelakis souligne, à juste titre, les différences d’option dans la coalition qu’est Syriza: «Il faut être clair. Un certain nombre de points qui faisaient l’objet de débats au sein de Syriza ont été tranchés de façon négative [par cet accord]. L’idée selon laquelle on pourrait rompre avec les politiques d’austérité en faisant l’économie d’une confrontation avec l’Union européenne a été invalidée dans les faits. La ligne majoritaire au sein de Syriza a évité de répondre clairement à un éventuel refus de négocier de la part des créanciers de la Grèce. Elle a également pensé que les partenaires européens seraient obligés d’accepter la légitimité de Syriza et par conséquent les demandes du gouvernement grec. Et on voit bien que ce n’est pas le cas. Il y a eu des illusions de la part de la ligne dominante de la direction de Syriza quant aux possibilités de changer les choses dans le cadre actuel de l’Union européenne. Ces institutions ont révélé leur vrai visage, qui est celui d’imposer des politiques néolibérales extrêmement dures et des politiques qui conduisent à la marginalisation économique et sociale de pays entiers. Il y a un véritable blocage qui ne relève pas uniquement du psychologique, mais bien de la stratégie politique. Syriza, comme la quasi-totalité de la gauche radicale européenne, partage l’idée d’une réformabilité, d’une transformation de l’intérieur des institutions européennes existantes.»

Stathis Kouvelakis

Stathis Kouvelakis

Il apparaît évident que lors d’une telle négociation – dont un des facteurs est la mobilisation populaire en Grèce et la solidarité internationale – il faut disposer d’un Plan B bien préparé qui ne doit certes pas faire l’objet d’une campagne de propagande. Mais il doit être préparé et articulé pour le présenter et l’appliquer. Ce Plan B n’a pas été élaboré – et même a été refusé explicitement – par la direction de Syriza.

Stathis Kouvelakis précise à ce propos: «Syriza s’était arc-bouté de plus en plus clairement dans une position qui refusait la rupture avec l’euro, à la fois comme une éventualité, mais aussi comme une possible arme à brandir lors des négociations. On a vu en réalité qu’à aucun moment Varoufakis ou Tsipras n’ont utilisé cette éventualité. Ce courant refuse de prendre la mesure de ce qui fait la réalité des institutions et du processus d’intégration européenne, processus qui porte le néolibéralisme dans son code génétique. Ces institutions ont été créées pour verrouiller les politiques néolibérales et les soustraire au contrôle populaire. On ne peut pas rompre avec les politiques d’austérité et les mécanismes de mémorandum sans entrer dans une confrontation avec l’Union européenne, et le cas échéant sortir de la zone euro. La Grèce a montré lors des négociations qu’elle craignait plus le «Grexit» que ses interlocuteurs, et ça, c’est une erreur fatale.»

Un large débat a lieu actuellement au sein de Syriza. La réaction de Tsipras tend à imposer une discipline de vote à la fraction parlementaire. Face au refus de députés, entre autres celui de Gianna Gaitani (voir sur ce site l’article en date du 20 février 2015), la direction Tsipras hésite sur la voie formelle à emprunter. Dans tous les cas, comme le souligne Kostas Lapavitsas dans l’article ci-dessous, s’impose un débat le plus large dans les instances de Syriza – ce week-end, 28 février-1er mars, doit se tenir un Comité central – et dans les rangs de Syriza.

Tsipras avec Yannis Dragasakis qui a été dans le gouvernement de coalition entre le KKE  et la droite en 1990

Tsipras avec Yannis Dragasakis qui a été
dans le gouvernement de coalition entre le KKE
et la droite en 1990

L’argument d’Alexis Tsipras – «Nous avons besoin de temps pour souffler» – ne suffit pas. La fonction de cette formule: 1° éviter de répondre, par exemple, à des questions telles que les pose Kostas Lapavistsas conjointement aux membres du Courant de gauche, du Red Network (DEA, Appo) et de très nombreux membres de Syriza ; 2° faire de la politique du gouvernement un fait accompli… qui va imposer un corset à l’ensemble de l’orientation future du gouvernement.

La réaction des salarié·e·s, de tous ceux qui attendent autre chose qu’un simple «filet de sécurité» pour les «plus pauvres», dans le style des politiques de la Banque mondiale, risque de bousculer les plans des Yannis Varoufakis, Yorgos Stathakis et Yannis Dragasakis, les ministres-conseillers du gouvernement. (Rédaction A l’Encontre)

*****

Cinq questions (Kostas Lapavistsas)

L’accord de l’Eurogroupe n’est pas complété, en partie parce que nous ne savons pas encore quelles sont les «réformes» que le gouvernement grec proposera aujourd’hui (lundi 23 février) et quelles sont celles qui seront acceptées.

Mais, nous qui avons été élus sur la base du programme de Syriza et qui considérons que les propositions de Thessalonique (du 14 septembre 2014) sont un engagement que nous avons pris envers le peuple grec, nous sommes profondément préoccupés. Et il est de notre devoir de présenter nos préoccupations.

Le contour général de l’accord est le suivant.

Kostas Lapavitsas

Kostas Lapavitsas

La Grèce demande la prorogation de l’accord courant qui est fondé sur une série d’engagements [propres aux conditions imposées dans les mémorandums].

Le but de la prorogation est de permettre d’achever l’évaluation de l’accord courant et de donner le temps d’élaborer un nouvel accord probable.

La Grèce soumettra immédiatement une liste de «réformes» qui seront évaluées par les «institutions» et sur lesquelles un accord sera conclu au mois d’avril. Si l’évaluation est positive, les fonds qui n’ont pas encore été donnés au titre de l’accord courant seront dégagés, de même que seront restitués les bénéfices réalisés par la BCE.

Les fonds disponibles au Fonds de stabilité financière (ESF) serviront exclusivement à couvrir les besoins des banques et ne seront plus sous contrôle grec.

La Grèce s’engage de remplir pleinement et en temps utile toutes ses obligations financières envers ses partenaires.

La Grèce s’engage à assurer les excédents «adéquats» afin de garantir la viabilité de la dette sur la base des résolutions de l’Eurogroupe de novembre 2012. L’excédent 2015 tiendra compte de la conjoncture économique de 2015.

La Grèce n’annulera pas de mesures, ne procédera pas à de changements unilatéraux susceptibles d’avoir un effet négatif sur les objectifs budgétaires, la reprise économique ou la stabilité financière tels qu’évalués par les «institutions».

Sur cette base, l’Eurogroupe [ministres des Finances] entamera les procédures nationales [décisions des pays membres de l’Eurozone] en vue d’une prorogation de quatre mois de l’accord en cours et invite les autorités grecques à engager immédiatement la procédure en vue de la réalisation de son évaluation.

Il est difficile de discerner comment, au travers de cet accord, il sera possible de réaliser les mesures annoncées à Thessalonique qui incluent l’annulation de la majorité de la dette et le remplacement immédiat des mémorandums par le Plan national de reconstruction.

Nous qui avons été élus avec Syriza, nous nous sommes engagés pour la réalisation de ce Plan indépendamment des négociations concernant la dette car nous estimons nécessaire de relancer l’économie et de soulager les souffrances de la société. Il est donc nécessaire à présent d’expliquer comment cela sera réalisé et comment le nouveau gouvernement sera en mesure de changer la situation tragique dont il a hérité.

Pour être plus précis, le Plan national de reconstruction incluait quatre piliers représentant, pour la première année, le coût suivant:

Lutte contre la crise humanitaire (1,9 milliard).
Relance de l’économie par le biais d’allégements fiscaux, le remaniement des «prêts au rouge», la création d’une banque de développement, la restauration du salaire minimum à la somme de 751 euros (total: 6,6 milliards).
Plan pour l’emploi public, impliquant 300’000 emplois (3 milliards pour la première année et 2 autres milliards à la seconde).
Changement du système politique par le biais d’interventions dans les collectivités locales et au Parlement.

Les sources de financement prévues pour la première année, étaient les suivantes:

Liquidation des dettes envers le fisc (3 milliards).
Lutte contre l’évasion fiscale et le trafic de marchandises (3 milliards).
Fonds de stabilité financière (3 milliards).
Cadre national stratégique pour le développement et autres programmes communautaires (3 milliards).

Compte tenu de la communication de l’Eurogroupe, je pose les questions suivantes.

Plan national de reconstruction

Comment le Plan national de reconstruction sera-t-il financé si les 3 milliards du Fonds de stabilité financière sont dorénavant hors du contrôle grec? Ces fonds n’étant plus disponibles, il sera d’autant plus impérieux de collecter des sommes importantes grâce à la lutte contre l’évasion fiscale et à la liquidation des dettes envers le fisc, dans un très bref délai. Dans quelle mesure cette perspective est-elle réalisable?

Annulation de la dette

Comment l’annulation de la dette pourra-t-elle avancer si la Grèce s’engage à rembourser intégralement et en temps utile toutes ses obligations financières envers ses partenaires?

Levée de l’austérité

Comment pourra-t-il y avoir une levée de l’austérité si la Grèce s’engage de réaliser des excédents primaires [excédent budgétaire avant paiement du service de la dette] «adéquats» afin de rendre «viable» l’énorme dette courante. La «viabilité»  de la dette – telle qu’estimée par la troïka – était précisément la raison de la chasse absurde aux excédents primaires. Etant donné que la dette ne sera pas significativement réduite, comment arrêterons-nous d’avoir des excédents primaires qui sont catastrophiques pour l’économie grecque et qui constituent l’essence de l’austérité?

Surveillance et coût budgétaire

Comment sera-t-il possible de réaliser des changements progressistes dans le pays si les «institutions» exercent une surveillance stricte et interdisent les actions unilatérales? Les «institutions» permettront-elles de réaliser les piliers du programme de Thessalonique étant donné qu’ils ont un impact budgétaire direct ou indirect?

La négociation future

Qu’est-ce qui aura précisément changé au cours de quatre mois de la «prorogation» pour que la nouvelle négociation avec nos partenaires ait lieu à partir de nouvelles et meilleures positions? Qu’est-ce qui évitera la dégradation de la situation politique, économique et sociale du pays?

Les moments sont absolument cruciaux pour la société, la nation et, bien entendu, pour la Gauche. La légitimité démocratique du gouvernement est fondée sur le programme de Syriza. La moindre des choses est d’avoir un débat ouvert dans les organes du parti et dans le groupe parlementaire. Nous devons fournir immédiatement des réponses pertinentes à ces questions pour conserver le soutien et la dynamique que le peuple grec nous imprime. Les réponses qui seront données dans les jours qui viennent détermineront l’avenir du pays et de la société. (Article publié le 23 février 2015 sur le blogspot.co.uk de Kostas Lapavitsas, publié le 24 mai par Okeanews)

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