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France. Les élections européennes: stupeurs ou tremblements?

Publié par Alencontre le 24 - avril - 2014

marine-le-pen-pere-jean-mariePar Hubert Huertas

La campagne européenne s’engage dans une certaine indifférence et un certain effroi… L’hypothèse d’un Front national à un très haut niveau, voire carrément en tête [France2, le 24 avril 2014, annonce que la liste de Marine Le Pen arriverait en tête des listes – devant l’UMP et le PS; le Front de gauche est crédité de 8%], est possible, mais à relativiser. Depuis vingt ans, les européennes ont l’habitude de créer des stupeurs d’un soir, qui se réduisent à des tremblements, quelques semaines ou quelques mois plus tard. À une exception près: 1984…

A peine remis de leur cécité municipale, les instituts de sondage, toujours extralucides, nous proposent désormais leurs visions pour les européennes, avec l’annonce d’un duel entre l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire) et le Front national, le PS étant à la ramasse. Ils ont moins de chance de se tromper. Leurs pronostics sont moins aléatoires pour les élections générales que pour les élections locales.

La perspective d’une forte poussée de l’extrême droite est clairement envisageable. En mai 2014, le parti de Marine Le Pen pourrait bel et bien créer l’événement. Mais attention, cet événement prévisible doit être placé dans son contexte. Sur l’échelle de Richter des séismes politiques, les élections européennes provoquent plus souvent des secousses passagères que des fractures définitives.

Si les européennes pesaient en profondeur sur le destin des hommes et des partis politiques, Bernard Tapie [1] serait en effet devenu président de la République, et les radicaux de gauche auraient mangé le parti socialiste. En 1994, Tapie avait frappé les esprits avec ses 12 %, à une encablure du PS de Michel Rocard [2] à la dérive. Un an plus tard, pourtant, Lionel Jospin (PS) sortait en tête au premier tour des élections présidentielles [en avril 1995, Lionel Jospin réunit 23,3%  des suffrages exprimés, Chirac 20,8% et Balladur 18,6%; au second tour Chirac l’emporte sur Jospin avec 52,6% contre Jospin avec 47,4%]

En 1999, c’est Charles Pasqua [3] et Philippe de Villiers qui montraient leurs muscles à la télévision. C’en était fini du RPR (Rassemblement Pour la République) mené par un «loser», Nicolas Sarkozy, scotché à 12,8 % quand les souverainistes de droite atteignaient les 13, 08, et que la liste Chasse et pêche d’un certain Jean Saint-Josse, qui tenait le monde au bout de son fusil, rassemblait presque 7 %. Tsunami! Fracture! Plus rien ne serait jamais pareil, disaient les commentateurs.

Trois ans plus tard, le RPR remportait la présidentielle, se transformait en UMP (Union pour une Majorité Populaire), et conservait tous les pouvoirs après avoir gagné les municipales en 2001…

Et 2009, quelle émotion! Le raz-de-marée d’Europe écologie, 16,2 %, qui talonne un PS humilié, mené par Martine Aubry. Une montée fantastique qui laisse présager des rééquilibrages majeurs à gauche. Trois ans plus tard, François Hollande est élu président de la République, et les écologistes, représentés par Eva Joly, plafonnent à 2,3 %.

Tout se passe comme si les élections européennes étaient vécues comme une récréation, voire un défouloir, en cas de crise à droite ou à gauche. En 1994, les socialistes venaient de subir une défaite historique; en 1997, le RPR avait raté la dissolution [4]; en 2009, le PS sortait à peine du calamiteux congrès de Reims [de novembre 2008], suite à la défaite de Ségolène Royal en mai 2007 [face à Sarkozy].

Autant les grandes élections nationales mettent en jeu un réflexe de vote utile, autant ce rendez-vous européen paraît vécu comme un vote inutile, dans lequel on manifeste son humeur plutôt que ses choix, et son indifférence plutôt que son appartenance. Dans un contexte d’abstention croissante en France, les élections européennes, qui sont passées de 60 à 40 % de participation en un tiers de siècle, sont les plus délaissées.

Est-ce à dire qu’une victoire de Marine Le Pen lors des élections européennes [du 25 mai] aurait une portée minime? Oui et non. Oui, en regard de ce qui précède, et qui invite à relativiser les résultats. Non, car les feux de paille européens ont tout de même connu une exception.

En 1984, un parti presque inconnu avait fait sensation. C’était le Front national de Jean-Marie Le Pen, 11 % dans toute la France, 21 % à Marseille, ville de Gaston Defferre [4], devant le PS… Trente ans plus tard, le FN est toujours là, et, le mois dernier, il a refait le même coup aux socialistes marseillais. (23 avril 2014, publié sur le site Mediapart]

____

[1] Au plan politique, B. Tapie a été député de la Ve circonscription des Bouches–du–Rhône de 1989 au 26 décembre 1992; puis ministre de la Ville, sous Mitterrand du 26 décembre 1992 au 28 mars 1993; enfin député de la Xe circonscription des Bouches-du Rhône du 2 avril 1993 au 5 septembre 1996. (Réd. A l’Encontre)

[2] Michel Rocard, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire de mai 1981 à mars 1983; de l’Agriculture de mars 1983 à avril 1985; Premier ministre, toujours sous Mitterrand, de mai 1988 à mai 1991; premier secrétaire du Parti socialiste d’octobre 1983 à juin 1994. Il sera, par la suite, député européen de juillet 1994 à janvier 2009. Il fut aussi sénateur des Yvelines d’octobre 1995 à novembre 1997. (Réd. A l’Encontre)

[3] Au-delà des affaires politico-financières qui ont marqué (officiellement) sa fin de carrière, Charles Pasqua a été dès 1959 – avec Jacques Foccard (expert en Francafrique) et Achille Peretti (gaulliste issu de la Résistance et «homme d’action») – un des créateurs du SAC (Service d’Action Civique) qui a servi à de multiples tâches de «neutralisation» d’opposants à la politique de Gaulle. Il sera ministre de l’Intérieur de 1986 à 1989, sous la présidence de Mitterrand et le gouvernement de Jacques Chirac II. Il aura la même fonction sous le gouvernement d’Edouard Balladur, toujours sous la présidence de Mitterrand. Il sera député européen de juillet 1999 à juillet 2004. En 1992, il se prononce pour le Non (de droite) lors du référendum sur le Traité de Maastricht, en alliance avec le vendéen et souverainiste de droite dure Philippe de Villiers. Ce dernier sera aussi un des animateurs du Non de droite au Traité constitutionnel de 2005. Pasqua, après s’être séparé de Devilliers, remplira une «fonction» de sénateur des Hauts-de-Seine jusqu’en 2011. (Rédaction A l’Encontre)

[4] Chirac dissout l’Assemblée en avril 1997;  le PS gagne les élections législatives avec Lionel Jospin. Ce dernier perdra la présidentielle de 2002: Chirac arrivant en tête avec 19,88%,  Le Pen deuxième avec 16,86% et Lionel Jospin, troisième avec 16,18%; au second tour Chirac l’emporte avec 81, 21% des suffrages. (Rédaction A l’Encontre)

[5] Gaston Defferre (1910-1986), maire de Marseille en 1944-1945 et, sans discontinuité, de 1953 à 1986; président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, il fut ministre de l’Intérieur sous la présidence de Mitterrand de 1981 à 1984, puis du Plan de 1984 à mars 1986. (Rédaction A l’Encontre)

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