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avril 2020

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La Brèche

Etats-Unis. Qui finance le Super PAC anti-Bernie Sanders?

Publié par Alencontre le 26 - février - 2020

Par Ilma Hasan

Plusieurs groupes extérieurs [1] tentent de ralentir l’élan de l’actuel leader des primaires démocrates à la présidence, le sénateur Bernie Sanders (Indépendant, Etat du Vermont). Ils dépensent des millions en achats publicitaires, alors que Sanders continue de dominer les sondages.

La campagne contre Sanders a été lancée par l’hybride [car disposant de deux comptes bancaires séparés pour deux types de dépenses] PAC Democratic Majority for Israel, un groupe modéré pro-israélien. Selon des documents récemment déposés auprès de la Commission électorale fédérale, celui-ci a dépensé plus de 1,4 million de dollars contre Sanders en publicités négatives, soit 800’000 dollars dans l’Iowa et 600’000 dollars dans le Nevada.

La plupart des contributeurs du PAC ont un passé marqué d’attribuer des dons aux candidats des deux partis (démocrates et républicains). Le plus gros donateur de ce PAC est Stacy Schusterman, PDG de Samson Resources, une compagnie pétrolière et gazière, qui a donné un million de dollars à ce groupe en 2019. Schusterman a une longue histoire de dons aux candidats démocrates, sauf en 2016 où elle a versé près de 130’000 dollars à 25 dépués républicains, dont 2700 dollars au président de la Chambre des représentants d’octobre 2015 au 3 janvier 2019: Paul Ryan (républicain, Etat du Wisconsin)

Le capital-risqueur [finançant des entreprises à risques et escomptant une plus-value rapide de son capital] Gary Mark Lauder a été le deuxième plus grand donateur du PAC hybride, avec 500’000 dollars. L’homme d’affaires new-yorkais Milton Cooper était le donateur suivant le plus important, avec 150’000 dollars. Actif dans les dons à divers démocrates, il a également versé 4000 dollars au sénateur Lindsey Graham (républicain, Caroline du Sud) et 2000 dollars au sénateur Bill Cassidy (républicain, Louisiane) en 2019.

Ron Zeff, fondateur et PDG de Carmel Partners, une société d’investissement immobilier [présente dans différents Etats], a fait un don de 100’000 dollars au PAC. Il avait auparavant versé plus de 70’000 dollars au GOP [Great Old Party – Parti républicain]. Ron Zeff a également fait un don à la campagne du candidat républicain à la présidence Mitt Romney, en 2012, contre le président Barack Obama.

La campagne de Sanders a déclaré avoir recueilli 1,3 million de dollars en un jour, ceci en réaction à la diffusion des publicités négatives du super PAC. Parmi les non-milliardaires en lice, Sanders est le seul candidat des primaires à avoir recueilli des sommes substantielles faites d’une masse de petits dons en janvier, sommes déclarées.

Mercredi, Mark Mellman [2], président du PAC Democratic Majority for Israel, a annoncé que le groupe ne fera plus de publicité contre Sanders ni ne contribuera à la course à la présidence après l’épuisement de ses achats de publicité au Nevada. Le groupe se concentrera plutôt sur les courses au Congrès des démocrates, a rapporté le Jewish Insider.

Mellman a déclaré: «Nous serons impliqués dans les élections au Congrès et dans certains cas, nous soutiendrons des démocrates qui se présentent contre des républicains et dans d’autres cas, nous appuierons des champions pro-israéliens se présentant contre des adversaires anti-israéliens.»

Le super PAC pro-Israël est étroitement affilié au Comité américain des affaires publiques d’Israël et certains de ses principaux donateurs sont des membres de premier plan du groupe, selon le site The Intercept.

Alors que le groupe de Mellman va passer, dès lors, au second plan, le comité mène une campagne anti-Sanders par le biais de publicités sur Facebook depuis l’année dernière. Il a récemment fait l’objet d’une enquête pour avoir accusé les «radicaux» du Parti démocrate de «faire avaler leurs politiques antisémites et anti-Israël au peuple états-unien». Le groupe s’est ensuite excusé pour «la formulation imprécise de cette publicité [qui] a déformé notre message et en a offensé plus d’un».

Un autre groupe destiné à stimuler les modérés, The Big Tent Project, disposerait d’un budget d’un million de dollars pour diffuser des publicités contre Sanders. Big Tent a dépensé 200’000 dollars de ce budget pour diffuser deux publicités tests, l’une au Nevada avec l’échéance du 22 février, et l’autre en Caroline du Sud, le 29 février. Or, Sanders a gagné les primaires au Nevada et est considéré comme le possible vainqueur en Caroline du Sud, selon la moyenne des sondages de FiveThirtyEight [selon cet institut, en date du 25 février, Sanders est crédité à l’échelle nationale de 27,5% des intentions de vote, Bloomberg 16,3%, Warren 12,9%, Buttigieg 10,5%, Klobuchar 5,4%, Steyer 2,3%, Gabbard 1,3% ; en Caroline du Sud, Biden est en première position avec 30,2%, mais Sanders remonte à 22,8%, quant à Bloomberg il se situe à 9,8%, Buttigieg à 8,4% et Warren à 8,2%].

Alors que l’une des publicités accuse Sanders de déverser des abjections parmi les communautés latinos, l’autre critique sa politique de Medicare for all [les personnes de plus de 65 ans ont droit à une assurance maladie aux Etats-Unis qui porte le nom de Medicare]. «Quel en sera le coût? Cela débouchera sur quatre ans de plus de Trump», affirme la publicité. Dirigé par Jonathan Kott, un ancien assistant du sénateur Joe Manchin (démocrate, sénateur de Virginie-Occidentale), le PAC Big Tent relève, selon la classification de l’IRS (service fiscal) du statut de 501(c)(4), c’est-à-dire une structure sans but lucratif qui n’est pas tenue de divulguer le nom de ses donateurs.

Sanders a longtemps remis en question la politique américaine envers l’Etat d’Israël et préconise une approche qui tienne compte à la fois de la sécurité israélienne et d’une perspective «pro-palestinienne». Ses critiques ont suscité une anxiété chez les démocrates pro-Israël et leurs partisans, ce qui a entraîné une vague de publicités anti-Sanders.

Comme Sanders devrait gagner les prochains caucus démocrates, les grands donateurs démocrates s’inquiètent de sa candidature à la présidence, a rapporté le site Politico. Certains démocrates craignent qu’une campagne anti-Sanders n’entraîne une augmentation des dons en provenance d’une base le soutenant et qui est fort engagée. Pour d’autres, il s’agit avant tout rendre impossible pour Sanders d’obtenir l’appui des électeurs modérés et de certains électeurs républicains, lors de la présidentielle. (Article publié sur le site Truthout, en date du 24 février 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

Ilma Hasan est membre du Center for Responsive Politics en janvier 2020. Elle a travaillé pour Newsweek et CNN.

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[1] Un PAC est un comité d’action politique (political action committee). Il s’agit d’une organisation privée dont le but est d’appuyer financièrement un élu ou un candidat à une élection et aussi de gêner, par une propagande intensive, un candidat. C’est le cas ici de la mobilisation financière contre Bernie Sanders.

Les PAC fédéraux ne peuvent allouer plus que 5000 dollars par candidat lors des élections primaires et de 15’000 dollars pour une formation politique.

Pour surmonter cette limite ont été mis en place des Super PAC depuis 2010 suite à une décision de la Cour suprême des Etats-Unis. Les plafonds de dons ont été supprimés pour les PAC considérés indépendants des partis politiques et des candidats aux élections. C’est ce genre de structure qui est mis en place dans la campagne contre Bernie Sanders. (Réd. A l’Encontre)

[2] Mark S. Mellman est le PDG un des plus importantes firmes de sondage et de communication – The American Association of Political Consultants – et PDG du Mellman Group qui a parmi ses clients des membres du Congrès, du Sénat, des gouverneurs d’Etat et des institutions étatiques et locales. Il a aussi été le stratège, en Israël, qui étayé l’ascension politique de Yaïr Lapid, qui passa du journalisme à la fonction de ministre israélien des Finances entre le 18 mars 2013 et le 2 décembre 2014. Il est aussi spécialisé dans le greenwashing, en commençant par Bill Clinton. Il conseille aussi Coca-Cola, MGM Resorts, United Airlines, etc. (Réd. A l’Encontre)

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