dimanche
30
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Roland Denis

Roland Denis

Par Roland Denis

Les votes ont clairement montré que le peuple du 27 février [le soulèvement du 27 février 1989 contre la politique néolibérale du social-démocrate Carlos-Andres Perez], le peuple loyal au message libertaire et à l’œuvre de justice de Chavez, a sauvé ce processus au moment même où il aurait pu s’effondrer, suite aux arrogances et aux monumentales erreurs qui se sont accumulées au cours des années.

Le vote de près de 50/50 a eu des antécédents au cours de ces 14 années. Toutefois, dans ce cas, compte tenu du taux élevé de participation électorale, ce n’est pas du tout la même chose: il s’agissait fondamentalement d’un exercice de loyauté à l’égard du projet révolutionnaire. J’insiste sur ce terme de loyauté car, dans ce cas, une grande partie du clientélisme politique acheté par la machinerie bureaucratique a abouti à détourner sans complexe des centaines de milliers des votes vers la droite.

Mais comme dans ce cas Chavez n’était pas candidat, nous pouvons assumer que la victoire très serrée a été garantie par l’immensité de l’ombre révolutionnaire projetée au cours de ces années en donnant une suprématie aux valeurs du changement.

Mais, en même temps, cette loyauté de ces derniers jours [les élections ont eu lieu le 14 avril 2013] a été vécue comme une tragédie; au même titre que ce qui était arrivé au cours des terribles années 1930 en Europe à des dirigeants comme Boukharine ou Zinoviev et à presque toute la direction bolchevique originelle, à tous ceux qui ont accepté d’être accusés comme étant de vils conspirateurs contre la patrie et contre la révolution ouvrière, uniquement pour sauver la «cause révolutionnaire», même si elle était dirigée par le despote Staline.

Ils ont donné leur vie et leur gloire – ils ont été fusillés – pour la cause ultime du peuple, du moins c’est ainsi que l’histoire les a préservés en les interprétant de cette manière.

On peut discuter si le geste dégradant de soumission au despote qu’ont consenti ces hommes au moment historique auquel ils ont vécu possède ou non un sens. Ce qui n’a en revanche pas de sens c’est que nous, cette moitié du peuple vénézuélien, nous vivions également ceci comme une tragédie, alors que les circonstances sont radicalement différentes, alors qu’il n’y a pas de despote et que ce ne sont pas nos vies individuelles que nous devons mettre en cause face à une gigantesque cause révolutionnaire.

Autrement dit, que la loyauté du vote exprimée ce 14 avril 2013 se transforme en un acte dont nous savons en notre for intérieur qu’il s’agit d’une cause perdue dans ce contexte politique, avec une direction qui s’est solidifiée sous la couche corporativo-bureaucratique qui s’est imposée. Néanmoins, comme un dernier geste et par haine de la vieille oligarchie si bien synthétisée par Henrique Capriles, il ne s’agit pas de se jeter à l’eau sans réagir et à faire de ce vote un «vote d’adieu», par soumission et par silence.

Dans notre cas, cette tragédie est inacceptable parce que, contrairement à ce qui se passait en URSS, il n’existe ici d’autre despotisme que le potentiel fasciste de la droite et que nous avons la capacité et le droit moral de dire basta! à toute cette réalité.

Cette réalité qui a entraîné la faillite monétaire, qui a provoqué – entre beaucoup d’autres – la mort du cacique Sabino [Sabino Romero, un dirigeant reconnu du peuple Yukpa qui demandait que les terres de ses ancêtres reviennent aux Yukpa, il a été exécuté début mars 2013], qui a suscité l’effondrement des salaires sous le coup de l’inflation.

Cette réalité qui s’exprime par la bureaucratisation de la direction populaire, par le langage moralisateur utilisé par ceux-là même qui nient un comportement moral au quotidien par leur corruption, par le verrouillage du débat et l’absence de transparence des vérités dans les moyens publics de communication, par le verticalisme co-optatif du parti (PSUV), par le fait que l’argent va aux banquiers et jamais au développement autogestionnaire d’immenses forces productives que nous pourrions favoriser, par le fait que les missions sociales se trouvent entre les mains de bandes bureaucratiques inutiles et arrogantes.

Notre faible majorité n’a pas le droit de se comporter comme Boukharine ou Zinoviev. Ici, le fait d’élever notre voix est au contraire une question de vie ou de mort de la révolution. Un fait est certain: la grande bourgeoisie a déjà toutes les possibilités de déchaîner de nouveau une guerre, mais cette fois face à un peuple démoralisé parce qu’il a perdu la guerre immédiate contre les monstres que nous avons nous-mêmes laissé grandir et qui ont fini par dominer le comportement réel et discursif du gouvernement.

Nous n’avons pas le droit de faire cela. Même ceux qui bénéficient de la manne monétaire que le gouvernement a accordée à tant de groupes de base n’en ont pas le droit. Le silence, l’autocensure, la criminalisation de la dissension et de la lutte, le fait de ne pas exercer avec dignité et sans relâche les droits populaires conquis, voilà la trahison originelle. La conséquence en est le changement de camp. C’est ainsi que nous nous détruisons sur le plan éthique jusqu’à perdre toute notre valeur.

Aujourd’hui nous devons par conséquent vivre la loyauté comme un espoir radical. Comme une autocritique profonde face au silence et au manque d’autonomie politique du peuple en lutte, face à la soumission que beaucoup de cadres, pourtant dédiés, du gouvernement acceptent et cela par loyauté à un idéal général qui n’a rien à voir avec leurs supérieurs. Comme une conscience du fait que nous nous trouvons aux portes d’une offensive fasciste qui peut sans grande difficulté déchaîner une immense conspiration en s’appuyant sur la trahison interne [au mouvement «chaviste»] qui se déclenche aujourd’hui. Elle a déjà commencé à fonctionner le 14 avril 2013, avec l’annonce de fausses avancées victorieuses à midi, ce qui a démobilisé au dernier moment la capacité d’entraînement que peuvent avoir les «multitudes mobilisées», comme cela s’est effectivement produit le 7 octobre [2012, lors de l’élection présidentielle].

Les quelque huit millions ou davantage de corps et de consciences qui ont réellement fait de la révolution leur désir et leur besoin vital constituent une ressource immense pour affronter ce qui arrivera, un merveilleux miracle de notre rébellion.

Mais il s’agit ici d’agir sans aucune compassion. Comme le disent les sorciers nagual mexicains, la compassion n’est que de la compassion envers nous-mêmes, un geste de peur et de faiblesse qui nous empêche de mobiliser les énergies intérieures nécessaires pour comprendre et affronter la réalité, en nous dédoublant dans les actions, en aidant d’autres opprimé·e·s à se soulever contre leur condition, sans compassion.

C’est pour cela qu’il s’agit d’un espoir radical dans lequel nous assumons depuis la racine notre condition de révolutionnaires, quoi qu’il arrive. Les défis les plus difficiles, la contre-révolution la plus agressive – comme celle qui a toujours existé depuis 24 ans – doit nous enrichir. Dans ce sens, ce qui s’est passé hier doit nous remplir d’allégresse, car il fallait un fait décisif, au bord d’un abîme définitif, pour faire renaître la véritable âme de l’histoire actuelle vénézuélienne, pour nous mettre face à l’épreuve de la vérité libératrice que nous avons défendue.

Depuis Nicolas [Maduro] jusqu’en bas, indépendamment de jugements sur qui est – et qui a été – le président et qui est le simple militant, mais en faisant tout bouger, nous sommes dans l’obligation d’entrer dans cette loyauté de l’espoir qui ne se soumet à rien, car nous n’avons pas le droit à la soumission. Mais actuellement et a priori, nous ne pouvons croire en personne. Ce privilège – qu’il fut ou non justifié – seul Chavez l’a eu, et il n’est plus là.

Chacun devra affronter dans les événements avec son intelligence, avec sa capacité de communication, d’organisation et de lutte, avec sa capacité à inventer sur son terrain toute cette politique, car aujourd’hui il est plus que jamais possible de créer une patrie libre et d’autogestion du peuple, armes à la main.

Vivre dans la joie et le défi de l’espérance, assumer pleinement ce qui est fort et beau et vaincre – enfin – l’oppression impérialiste et capitaliste. L’heure est à nouveau arrivée. Nous sommes Chavez! Mais dans ce cas il n’y a pas d’après.

(Traduction A l’Encontre)

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Cet article a été publié sur le site Aporrea. Roland Denis a été vice-ministre de la Planification sous Chavez (au début de son mandat) et une des figures du Mouvement du 13 avril.

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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